La Colère du tigre

La Colère du Tigre, de Philippe Madral,  mise en scène de Christophe Lidon

 

brasseur-aumont-2826440-jpg_2460278_652x284Pourquoi Monet et Clémenceau habitent-ils La Colère du Tigre? En 1918, à l’initiative de son vieil ami Clémenceau, Monet décide de remettre à la France ses Nymphéas destinés à l’Orangerie des Tuileries. Retardé par une cataracte, le peintre terminera son œuvre magistrale en 1926, juste avant sa mort. Mais ce retard  a mis  en  colère  Clémenceau.
En 1923, le vieux Tigre, gloire de la République française, vit retiré dans sa petite maison de Vendée, en bord de mer. Près de lui, sa cuisinière Clotilde, et Marguerite Baldensperger dont il est amoureux, l’éditrice d’un ouvrage qu’il rédige.
L’ami Monet arrive et bouscule un peu ce trio, quand il dit qu’il renonce à finir les Nymphéas destinés à l’Orangerie. Mais Clémenceau ne capitule pas devant les méfaits de la vieillesse et incite Monet à poursuivre inlassablement son œuvre.
Auparavant, à Giverny, Monet a rempli son vaste jardin de fleurs et de plantes rares et a fait construire un petit pont japonais au-dessus d’un étang où s’étalent des nymphéas. Il y traque l’« instantanéité » à travers des séries, Les  Meules, Les Peupliers, La Cathédrale de Rouen aux célèbres lumières,  et Les Nymphéas aux paysages d’eau exposés chez Durand-Ruel.
Dans un grand et nouvel atelier lumineux donnant sur son jardin, Monet peindra  encore de vastes tableaux de ces fameux nénuphars. Il en saisit les reflets, les frémissements de l’eau, les éclats de la lumière, en variant sa technique, des larges coups de brosse aux touches en virgule : « Il décompose le ton, déploie l’espace au maximum, brise les masses et les surfaces. »  et plutôt que d’en capter l’éphémère, le peintre exprime la sensation à travers la durée.
La mise en scène de Christophe Lidon tient  bien la route, accompagnée par des décors à la manière de Monet de Catherine Bluwal et les costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian qui diffusent un bel halo impressionniste. Vieil ours, un peu fou et turbulent, Claude Brasseur – tigre ou bien dragon – mais  crédible dans son pragmatisme rejette la vieillesse avant  de l’accepter. Quant à Michel Aumont/Monet, il a l’air un peu hagard, absent au quotidien du monde, pleinement dévolu à son seul art, aux couleurs et aux variations de lumière.
Les deux amis ont la main verte, et s’échangent entre Giverny et la Vendée, des plants de fleurs et de légumes qu’ils font pousser dans leur jardin. Clémenceau ne peut s’empêcher de déclarer : « C’est comme ça que nous plantions ces pauvres garçons dans les tranchées. Certains sont morts et n’ont jamais germé, d’autres s’en sont sortis. Pourquoi ? Pourquoi la vie est-elle sortie ici, et pas là ? »
Les seconds rôles sont travaillés: Sophie Broustal en jolie intellectuelle et Marie-Christine Danède,  en femme rustique, revêche et sûre admiratrice du Tigre. Malgré une bonne dose de naïveté, ce spectacle sur l’art et l’amitié retient l’attention…

 Véronique Hotte

 Théâtre-Montparnasse,  du mardi au samedi à 20h30, matinées samedi à 17h30 et dimanche à 15h30 Tél : 01 43 22 77 74.
Le texte de la pièce est édité à L’Avant-scène théâtre.

 


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