La Grande Nouvelle d’après Le malade imaginaire

La Grande Nouvelle d’après Le Malade imaginaire de Molière de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien, mise en scène de Philippe Adrien

 

maladeCe n’est pas une adaptation de cette comédie-ballet en trois actes absolument mythique, la trentième et dernière pièce de Molière, dont la première eut lieu le 10 février 1673  au Palais-Royal. Le quatrième soir,  son auteur mourait, après avoir incarné une dernière fois le rôle d’Argan.
Et, selon les mots désormais fameux du registre de La Grange : « Ce mesme jour, après la comédie, sur les 10 heures du soir, Monsieur de Molière mourust dans sa maison rue de Richelieu, ayant joué le roosle dudit malade imaginaire fort incommodé d’un rhume et fluction sur la poitrine [...] »
Ici, c’est très honnêtement revendiquée, une sorte de réécriture de cette pièce, que Philippe Adrien avait déjà monté il y a treize ans, à partir d’un thème universel, la crainte absolue de la maladie et de la mort. Bien entendu, Le Malade imaginaire, encore souvent jouée, doit pour être encore crédible, tenir compte de  la vertigineuse évolution scientifique, même depuis un siècle. N’importe quel patient aujourd’hui en sait dix fois plus sur son corps et sur les possibilités de se soigner que le plus doué des médecins du temps de Molière.
Reste bien entendu, et toujours de plus en plus d’actualité, la maladie, la souffrance physique et la peur viscérale de disparaître, et donc, la folle volonté de vivre le plus longtemps possible (mille ans comme l’espère ce nouvel Argan!),  grâce aux dernières réussites de la pharmacopée, et  donc de guérir, avec ce qu’on appelle maintenant une « thérapie ciblée », quel qu’en soit le prix, comme ce récent traitement contre un cancer,  à 200 € (sic) le comprimé quotidien pendant neuf mois!

  Argan est un grand bourgeois, hypocondriaque et  toujours  accroché à son ordinateur/prothèse de santé,  qui  quémande un éventuel rendez-vous avec son médecin personnel. Il a une seconde épouse délirante qui vient de subir une opération de chirurgie esthétique,et qui  on l’apprendra ensuite, est un trans, et Angèle, une fille de seize ans qui ne supporte évidemment pas sa belle-mère. Au grand dam de son père, elle veut devenir à tout comédienne et aussi financer le film de son amoureux, une espèce d’homme d’affaires, beaucoup plus âgé qu’elle (chose des plus courantes actuellement), avec l’argent de l’héritage de sa mère.
Il y a aussi le coach d’Aline et  Marc, le frère d’Argan, un médecin homéopathe, et semble-t-il, quelque peu tenté par des aventures homosexuelles.
Arrive Antoine, un beau jeune homme africain qu’Argan prend pour le plombier qu’il n’est pas,  et auquel il intime l’ordre de déboucher d’urgence ses toilettes, d’autant qu’il est pris de violentes diarrhées… Dans un décor d’appartement contemporain, caricaturé avec humour par Jean Haas, les  deux-coauteurs  ont donc eu la volonté de créer une sorte de  divertissement, à partir du délire et des ennuis familiaux de cet hypocondriaque d’Argan.
Et cela fonctionne, comme on dit? Non pas vraiment! On ne voudrait pas être méchant mais tout cela  est bourré de  stéréotypes faciles,  et le dialogue est souvent truffé  de mots d’auteur. Bref, désolé, c’est un peu comme si le nouveau boulevard était  arrivé.
Certes, Bauer sait écrire un dialogue, c’est évident. Malheureusement, ce semblant de pièce (deux heures durant, c’est bien long!) part dans tous les sens, et on regarde cette suite de petites scènes mal reliées entre elles,  sans que l’on se sente en rien concerné. Ainsi, et entre autres, sont assez pénibles les nombreux débouchages de toilettes, et  réparations de panne électrique  auxquelles on ne croit pas un instant!
Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien disent qu’ils se sont crus autorisés à réécrire la pièce de Molière et bien sûr, ils en ont le droit; là où cela va beaucoup moins moins bien et où on sent comme une sorte de timidité dramaturgique, c’est quand  les deux co-auteurs  essayent de  compenser les insuffisances du scénario avec des gadgets: fumigènes,  affichages et sons  électroniques, vidéos grand format, aussi  inutiles que  poussiéreuses).
Il y  aurait fallu pousser les choses plus loin et aller vers une forme beaucoup plus délirante, proche de la comédie musicale (à l’origine, Le Malade imaginaire était une comédie-ballet!),  à la façon des spectacles que savait créer le metteur en scène américain John Vaccaro  dans les années 70. Ici, sauf à la fin quand on lit l’avenir dans le corps d’un lapin ou quand les personnages se mettent tous à danser, nous restons dans un entre-deux peu convaincant…
Reste, heureusement et  comme toujours chez Philippe Adrien, une formidable leçon de direction d’acteurs, avec un trio exemplaire: Patrick Paroux (l’Arnolphe de  L’Ecole des femmes),  très  juste et très  fin, et deux jeunes gens des plus remarquables, chacun dans un style différent: d’abord, Pierre Lefevbre, le jeune homme longiforme qu’Argan prend pour le plombier si attendu. Diction impeccable, présence et vérité physique tout à fait étonnantes: bref, on ne voit que lui dès qu’il entre sur le plateau: brillant mais discret, ce qui n’est pas incompatible). Et qu’il soit le fils du metteur en scène ne change rien à l’affaire.
Et il y a aussi Lison Pennec, (Angèle, la fille d’Argan). Espiègle, insupportable, fielleuse: aussi brillante que Pierre Lefebvre , elle sait tout faire avec beaucoup d’intelligence scénique mais sans aucun cabotinage, et bouge comme peu de jeunes actrices  savent le faire.
Ces trois excellents comédiens arrivent à sauver ce semblant de spectacle encore brut de décoffrage, qui devrait quand même un peu- mais très peu- se bonifier. Mais dommage! Le texte restera toujours en-dessous du niveau de flottaison.  On ne vous poussera donc  pas à y aller.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Tempête jusqu’ au 12 octobre 2014, du mardi au samedi 20h, le dimanche 16h.

 


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