Hotel Europe

Hôtel Europe de Bernard-Henri-Lévy, mise en scène de  Dino Mustafic

 

4486772_6_043c_jacques-weber-dans-la-piece-hotel-europe-de_18b7a423bbcd3f46f25edb862900dca6 L’écrivain-philosophe et personnalité politique, avait déjà fait jouer, dans ce même et merveilleux petit  théâtre  de l’Atelier,  il y a quelque vingt ans, une pièce de lui,  Le Jugement dernier. « Le théâtre est de tous les genres littéraires celui qui permet l’intervention la plus directe sur les choses, le genre le plus politique », et « C’est une arme dans la nouvelle bataille que nous menons ensemble pour le retour de la Bosnie dans l’Europe », dit Bernard-Henri Lévy.
Soit;  même si ce genre de proclamation ne mange pas de pain… N’est pas en effet Le Bread and Puppet ou Le Living Theater qui veut et, mieux vaut avant de se lancer dans ce genre d’aventure, avoir une vraie réflexion dramaturgique.
Quand le Théâtre de l’Unité joue ses désormais bien connus cabarets/revues politiques, dits kapouchniks sans vedette, il fait salle comble un soir par mois, à Audincourt près de Montbéliard.La prochaine édition en novembre sera la 98 ème: c’est vite fait en une journée, avec quelques costumes  et accessoires, mais ce cabaret politique (sans aucune vidéo!) est autrement plus convaincant, et plus drôle, que ce préchi-précha de monologue écrit sur un coin de table pour énarques et cadres parisiens. Audincourt, ce n’est pas un pays riche et la place n’est pas à 39 €! Chacun donne ce qu’il peut à la sortie.
Allez-y faire un tour, BHL, c’est à deux heures de Paris par TGV, moins loin que tous les pays pour lesquels vous prenez régulièrement l’avion pour semer la bonne parole, vous verrez ce que peut dire un théâtre intelligent, réellement populaire et qui met le doigt où cela fait mal, notamment sur le plan politique… Fermons cette parenthèse.
Le philosophe a écrit, on le sait, de nombreux livres, notamment  La Barbarie à visage humain, et a souvent été pris à partie par, entre autres, Pierre Vidal Naquet ou Cornélius Castoriadis  qui lui reprochaient  ses positions éloignées  de toute véritable philosophie… et son bavardage chic et choc!

BHL s’était  aventuré du côté du cinéma et du théâtre mais avait vite compris son erreur. Mais ici, il persiste et signe à soixante-cinq ans, avec un pamphlet assez affligeant, même s’il semble se croire apte à disserter sur le monologue de théâtreOn est le 27 juin 2014, à Sarajevo, où on  commémore le déclenchement de la guerre de 14. Un homme, sans doute un écrivain et  journaliste politique (en fait, et bien entendu, on le comprend très vite, c’est le double de BHL), qui  essaye d’écrire sur son ordinateur un discours sur les valeurs de l’Europe.  C’est un homme, massif, plus très jeune, avec de beaux cheveux blancs qui  doit prononcer ce discours à Sarajevo,  à l’occasion du centenaire du déclenchement de la guerre en 1914. Sarajevo, où il se trouvait déjà, vingt ans plus tôt, pendant  les combats qui meurtrirent le pays de 92 à 95. Et c’est Jacques Weber qui  a le même âge, à quelques mois près, que BHL),   qui interpréte son personnage.
La pièce a été créée le 27 juin 2014 au Théâtre national de Sarajevo. Ici, sur le plateau, rien qu’un petit bureau contemporain très chic, ou par moments, un lit noir, tout aussi contemporain, et une baignoire grise, où Weber se trempe tout habillé (Ah! Ah! Ah! Que c’est drôle!). Il débite, avec tout le métier qu’on lui connaît  mais sans trop y croire, en cabotinant un peu moins  que d’habitude quand même,  un cocktail philosophico-politique d’une écriture et d’une facilité affligeantes, avec Tintin à Moulinsart et une parodie du célèbre discours de Malraux au Panthéon accueillant les cendres de Jean Moulin, des souvenirs personnels de BHL en particulier, de l’ancienne ambassadrice américaine Pamela Harriman qui semble l’avoir fasciné, une controverse entre Husserl et Heidegger, et  un peu de Jacques Derrida (BHL  a été reçu huitième à l’ agrégation de philo et tient sans doute à nous le rappeler).
Comme il est aussi réellement cultivé, on a donc droit à un petit cours de mythologie, avec l’histoire de  la belle princesse orientale Europe, enlevée par un Zeus maquillé en taureau ailé. On a l’impression que  BHL, qui ne sait visiblement pas ce que théâtre veut dire, fait des ronds dans l’eau pendant presque deux heures, et tire sur tout ce qui bouge: l’Europe  est ici traitée  de  » gâteuse et poutinisée « , et considérée comme fort utile, quand il s’agit de sauver le thon rouge en Méditerranée. Et selon lui, incapable de prendre des décisions politiques, solides et à longue terme. Bosnie, la Syrie ou l’Ukraine: les années passent mais elle aurait encore décidément tout faux. Mais lui doit savoir…
On a, en fait, l’impression qu’il veut régler ses comptes, (lesquels on ne saura jamais), et sans que l’on entendre  vraiment où il veut en venir. De toute façon, désolé, cette mauvaise soupe réchauffée, aux allures mondaines, malgré des accents pseudo-dramatiques, ne nous concerne en rien. Et l’époque où il aurait fallu porter non à la scène mais dans la rue, cette tragédie, avec théâtre documentaire à l’appui, est sans doute bien révolue! Le théâtre politique ne supporte pas la congélation: on apprend cela dans n’importe quel  fac de théâtre.
Il y a aussi, sans doute pour faire théâââtre contemporain pour non initiés bourgeois, sur le mur-écran en fond de scène, un méli-mélo d’images vidéo mal ficelé (on fait actuellement quand même mieux!): d’abord lui, lui, lui BHL, plus jeune, mais déjà en chemise blanche sans cravate (son immuable vêtement de travail de nouveau philosophe!) et tel qu’on le verra tout à l’heure à la sortie du théâtre. Au cas où on pourrait encore hésiter à reconnaître ce personnage qui a tout fait et réussi, seul comme un grand et sans le moindre budget (????),pour devenir une  figure médiatique.
Passent ainsi en vrac, et sans vrai fil rouge,mais  en très gros plan (facile et cela fait toujours de l’effet, même si cela écrase Jacques Weber!): Silvio Berlusconi avec ses minettes de service, Marine Le Pen, des dizaines de cadavres de bosniaques  et d’émigrés africains échoués sur les plages de notre continent incapable de les accueillir, etc…
Ces images sont soi-disant retransmises par l’ordinateur à la pomme… mais le metteur en scène, qui a bâclé le travail, ne réussit même pas à faire coordonner les gestes de Jacques Weber et les images! De toute façon, les rapports entre vidéo et langage oral, déjà pas faciles et souvent ratés,  aurait mérité un vrai travail dramaturgique qui, ici, passe à la trappe. Pathétique.
..
BHL semble éprouver un véritable besoin de reconnaissance dans le théâtre contemporain. Mais désolé, son texte- d’une grande naïveté- n’est en rien fondé sur un quelconque langage scénique, c’est bien là où cela fait mal et le spectacle tout entier  est fondé sur  l’accumulation facile de simples anecdotes,  et sur un  fatras, aussi inutile qu’égocentrique, de phrases creuses aux accents  parfois populistes.
Par ailleurs, comme le niveau de la mise en scène et de la direction d’acteurs frise le degré zéro, on s’ennuie ferme pendant les presque deux heures que dure cette mauvaise plaisanterie! Et ce n’est pas une question de génération! Les deux très jeunes filles assises devant nous, dormaient, elles, d’un sommeil réparateur, et elles avaient bien raison…

Que peut-on sauver de ce désastre programmé pour quatre mois, (à condition qu’il y ait assez de public pour bien vouloir acquitter les 39 € demandés, ce qui serait étonnant)? Pas grand-chose, sinon quelques images vidéo et, à la fin, de beaux accents de sincérité chez Jacques Weber, quand il entame sa dernière tirade: « Rendez-nous des visages! Rendez-nous des visages! »
Pour le reste, autant en emporte la brise de septembre; le théâtre contemporain en a vu, et en verra d’autres mais on reste quand même confondu devant tant de médiocrité et de suffisance, et on sort de là, assez abattu! Tous aux abris! Et bref,  six mois de prison avec sursis pour BHL, selon la célèbre formule de Jacques Livchine, pour nous avoir infligé un tel pensum!
Enfin, consolons-nous, il y a de bonnes choses dans la vie, (même si la Bible a menti:  ce n’est pas un long fleuve tranquille!) et, en tout cas, après cette épreuve,  on a droit en passant au sourire généreux et réconfortant de Charles Dullin  sur la très belle photo accrochée dans le petit hall. Mais on se demande comment (on peut le deviner) cet Hôtel Europe, long, long, comme un jour sans espoir, a pu débarquer dans ce qui a été autrefois son théâtre.
Cherchez l’erreur! Enfin passons. Mais quelle tristesse!

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atelier place Charles-Dullin,  T : 01-46-06-49-24. Du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30.


Archive pour 17 septembre, 2014

Le Temps d’aimer la danse

Le Temps d’aimer la danse,

articlePar une météorologie estivale, le public est bien au rendez-vous, pour la vingt-quatrième édition de ces rencontres de danse de Biarritz. Elles accueillent dix-huit spectacles dans les différentes salles de la ville, ainsi que des chorégraphies en plein air (gratuites et qui ont révélé de très beaux moments en ce début de festival). En particulier sur place Bellevue qui donne sur la grande plage du casino et sur le phare, avec Dantzaz, deux séquences chorégraphiques dirigées par deux anciens danseurs de chez William Forsythe.
  Sur l’esplanade du Casino, nous avons apprécié le travail des lauréats des rencontres inter-universitaires de danse : ces étudiants se sont révélés plein d’énergie et de grâce.  Le même jour, la célèbre Gigabarre réunit,  sur la grande plage du Casino, des amateurs, pour quelques mouvements synchronisés, déambulant  autour d’une barre de danse de 110 mètres, pendant 30 minutes.
Trois spectacles ont marqué ce premier week-end: Cartel par le chorégraphe Michel Schweizer dont nous vous parlerons prochainement, Passo d’Ambra Senatore que nous avions vu au théâtre des Abbesses en 2012 ( voir Le Théâtre du Blog) et qui a connu un grand succès public. Enfin, trois troupes lauréates du concours (Re)connaissance, qui permet à des pièces courtes récentes, sélectionnées par un jury, de tourner ensemble, pour une saison, dans plusieurs  structures partenaires du projet, comme la Maison de la Danse à Lyon, ou  Micadanses à Paris.
 Le public de Biarritz peut aussi participer à des ateliers de danse et à des rencontres publiques qui semblent malheureusement trop courtes. Pendant dix jours,  Biarritz Culture et Thierry Malandain, directeur artistique du festival ont permis  à un public varié et souvent très jeune, ce qui est bon signe, de vivre pleinement sa passion. C’est beau une ville qui danse!

Jean Couturier

A Biarritz jusqu’au 13 septembre.  www.letempsdaimer.com

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