Intérieur de Maeterlink

Intérieur de Maeterlink compter.php?f=115224&c=festivals-ete%2F2014&t=Avignon%20%3A%20Claude%20R%E9gy%20reste%20clo%EEtr%E9%20en%20son%20for%20%93Int%E9rieur%94&r=Festivals%20d%27%E9t%E9%202014&u=%2Ffestivals-ete%2F2014%2Favignon-claude-regy-reste-cloitre-en-son-for-interieur%2C115224Intérieur de Maurice Maeterlink, mise en scène de Claude Régy

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 Claude Régy avait déjà monté Intérieur de Maurice Maeterlinck en 1985 au Théâtre Gérard Philipe mais ce spectacle ne nous avait pas spécialement marqué…
C’est une pièce très courte mais montée comme au ralenti, sur la mort d’une adolescente qui s’est noyée dans un étang,  que l’on doit annoncer à ses parents.
L’œuvre de l’écrivain belge (1862-1949) qu’admirait beaucoup Tadeusz Kantor qui avait monté de de lui, par deux fois, La Mort de Tintagiles, dont le thème, l’assassinat d’un enfant est proche de celui d‘Intérieur.


Dans cette pièce, il y a, comme toujours, quand se produit ce genre de tragédie, des gens qui savent ce qui s’est passé,  et d’autres non. Et,  bien entendu, on espère toujours  ne pas être celui ou celle qui sera chargée de le dire aux proches.
Claude Régy est un grand monsieur; il aura fait découvrir plein d’auteurs et non des moindres,  et a toujours gardé une rigueur exemplaire dans son travail, tout en emmenant ses acteurs et son public, là où peu savent le faire… On l’a suivi,  pas toujours quand, de plus en plus, ses spectacles ressemblaient parfois davantage à des essais scéniques qui auraient dû être réservés à quelques amis et professionnels.
Claude Régy,  à  92 ans,  a été très honoré, quand on lui a proposé  de monter un spectacle avec de grands acteurs japonais dont la plupart ont travaillé dans le théâtre nô,  et il a cru que cette équation pouvait fonctionner. Mais cette fois, le système Régy semble quelque peu grippé. Déjà, cela commence mal: il se croit obligé de nous faire comprendre qu’un spectacle de lui, cela se mérite, et nous fait attendre plus d’un quart d’heure debout.
Puis la charmante hôtesse japonaise nous demande qu’une fois entrés dans la salle, nous nous taisions jusqu’au commencement du spectacle… Ce qui est aussi rappelé à l’entrée sur de grandes pancartes. Cela veut-il dire que nous avons le droit de parler après le début du spectacle???  Mais la climatisation, elle, a quand même,  fait un bruit inconvenant. Passons!

Sur le beau et grand plateau inondé de silence, et dans une obscurité presque totale,  nous avons droit à une magnifique peinture aux lumières d’aube grise, avec la création de deux univers: d’abord, sur le devant de la scène, une  belle plage de sable blanc, où sont debout deux puis trois locuteurs, vêtus, lui, d’une grande chasuble et elle, d’une robe longue, les cheveux longs tombant sur les épaules, qui vont dire, en les distillant à la syllabe près, les courtes  phrases de Maeterlink, en japonais bien sûr, dont la plupart mais pas toutes sont surtitrées « afin de se préserver l’atmosphère du spectacle  » (sic!). Donc,  atmosphère, atmosphère… comme disait Arletty dans sa célèbre réplique!
Dans le fond, également debout, près du corps d’un adolescent que l’on vient déposer sur le sol, deux jeunes femmes, elles aussi en robe longue grise, et longs cheveux tombant sur les épaules, veillent  sur ce  corps  lui,  habillé de blanc, le tout dans une lumière sépulcrale.. Les références à la peinture et au ténébrisme sont ici évidentes:  Le Caravage bien sûr,  mais aussi Bassano, José de Ribera, De la Tour…
D’un côté donc, comme dans le théâtre bunraku, il y a une séparation dans l’interprétation: des interprètes oraux et, dans le fond, des interprètes gestuels. Sans l’aide d’aucune musique, ni d’aucune bande-son. Dans le silence total observé par le public, on entend même d’abord les chaussons des personnages crisser sur le sable.

La plupart des acteurs viennent du théâtre nô et, dit Claude Régy, « sont d’une disponibilité exceptionnelle et ont tout à fait accepté de se défaire de leur habitudes ». Paroles, gestes et déplacements sont ici d’une extrême lenteur, comme dans un mauvais rêve. Avec, pour le metteur en scène, un refus absolu de toute psychologie et une sorte de volonté de mettre en condition  le spectateur par le silence et la lenteur extrême du jeu. C’est un choix que l’on peut respecter mais il faut y être tout à fait disponible. Chaque phrase peut prendre alors une force évidente, même surtitrée,  et  même si on n’est pas vraiment  un grand fanatique du théâtre de Maeterlink.

C’est un travail d’acteurs  impressionnant qui  exige un grand métier, (l’extrême qualité des saluts à la fin, quelle merveille!) et une concentration de haut niveau. Curieusement, la plupart du  public reste attentif, et deux personnes seulement sont sorties pendant ces quatre-vingt minutes; beaucoup d’autres, c’est vrai,  somnolaient.
Dans le vacarme de la ville et loin des récentes logorrhées bernard-henri-léviennes, cette chorégraphie quasi silencieuse qui fait penser parfois au Bob Wilson d’autrefois, lui aussi très influencé et depuis longtemps par le Japon, cela fait du bien. On a un peu l’impression d’entrer dans un couvent médiéval , quelque part très loin dans le fin fond de l’Aveyron…

  Intérieur est un spectacle d’une  grande  sophistication esthétique, (trop sans doute! Et le metteur en scène semble s’être souvent fait plaisir) et malheureusement dénué de toute émotion, alors même que le thème de la mort et de la douleur est constamment présent.
« Par ce jeu sur intérieur/extérieur, Maeterlink réussit à faire émerger le mélange de l’inconscient et de l’inconscient » dit Claude Régy. Soit! Mais, si on peut se permettre,  Claude Régy,  ce n’est pas du tout évident! Peut-être ne sommes-nous pas suffisamment préparés à ce genre d’exercice, mais le temps parait quand même bien long, même s’il y a peu de spectacles à Paris qui ont cette exigence et  cette beauté.

Alors y aller ou pas? Vous pouvez tenter l’expérience, mais 1)mieux vaut être un adepte des spectacles de Claude Régy et être conscient que c’est un de ses spectacles, qui, comme toujours est très peu éclairé, et qui demande donc une extrême attention.  2) Mieux vaut, dans le doute, y aller seul : c’est un coup à se brouiller avec n’importe quel vieil(le) ami(e) 3)  Eviter en tout cas d’y emmener votre vieille tata, même si elle raffole du Japon, de  la  cuisine japonaise (il y a des cours prévus pour elle!), des films d’Ozu,  et  des romans japonais comme ceux de Kawabata auquel une belle exposition est d’ailleurs consacrée en ce moment à la Maison de la Culture du Japon.
Voilà, à vous de choisir. On attend vos commentaires…

Philippe du Vignal

 

Maison de la Culture du Japon jusqu’au 27 septembre

 

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Archive pour 21 septembre, 2014

On ne badine pas avec l’amour

_PAL8575 c-Bernard-Michel PALAZON

On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset, mise en scène de Christophe Thiry

 

En 1833, George Sand rencontre Alfred de Musset qui devient son amant ; ils rompent huit mois plus tard au cours d’un voyage à Venise, mais ils renoueront plusieurs fois, brièvement.  Un an plus tard, se révèle l’art intense de Musset, un des grands dramaturges de l’ère romantique, qui écrit coup sur coup Fantasio, On ne badine pas avec l’amour et Lorenzaccio, sans compter une série de poèmes.
Seize ans plus tard, George Sand, auteure de La Petite Fadette (1849) dit de son héroïne qu’ «…elle courait après tout le monde (…) soit pour rire, jouer et badiner avec ceux qui étaient de bonne humeur … »  La Petite Fadette et Musset: deux mêmes personnages à l’humeur espiègle et fraîche, et aimant folâtrer.
Accomplissement d’une œuvre d’art ou plaisir de l’existence – l’inconstance amoureuse, les excès de l’alcool -, Musset est pourtant rattrapé par ses faiblesses. À trente ans, usé trop tôt par la vie, son œuvre brillante est achevée. Mais quelle merveille littéraire, d’une plume au goût sûr, et à l’esprit acéré. Savoir s’amuser et plaisanter, certes,  mais souffrir des écartèlements du métier de vivre: Musset éclaire l’existence d’une lumière cruelle…
Tout commençe sur un air de légèreté autour des retrouvailles de deux jeunes cousins et amis d’enfance, Camille (Anna Sorin) et Perdican (Sébastien Ehlinger). Auprès du jeune homme, veille un précepteur, le comique Blazius, et auprès de la jeune fille, la régente Dame Pluche, bas-bleu  (Lucile Durant au jeu acidulé).
Au château, dans l’entourage du Baron, sévit un personnage grotesque, Bridaine (Francis Bolela), curé gourmand, qui revendique la première place à table, jalouse  Blazius   et  l’accuse  d’ivrognerie. Le Baron, plutôt bonhomme et conciliant, a l’intention de marier les jeunes gens. Mais  Camille sort de son couvent, et même si elle éprouve une attirance réelle pour son cousin, elle cache ses sentiments et préfère revêtir le masque infantile de la froideur, en refusant qu’on l’effleure. Mensonges et déguisements. Perdican riposte, par dépit amoureux, en séduisant la jolie servante du château, Rosette (Marion Guy). Mais On ne badine pas avec l’amour, comédie sombre et désabusée, s’achève sur la mort  de l’innocente Rosette, sœur de lait de Camille.
Badinage, marivaudage, malentendus et méprises, la passion contrariée fait tourner les têtes et les cœurs, et Christophe Thiry a su  faire danser avec panache l’élan de la jeunesse. La troupe  juvénile  possède  un véritable jeu choral, et les comédiens jouent la partition avec brio, saveur, et singularité.  Saluons aussi la vivacité naturelle de Koso Morina qui interprète le chœur.
Une statue de jardin s’élève ici, une fontaine sacrée est repliée là, et les acteurs encore se rassemblent dans un geste chorégraphique à l’unisson, ou bien s’isolent pour mettre valeur un détail de tableau. Bras levés, sculptures et portraits en pied, déplacements collectifs gracieux et silencieux, replis vifs de stratégie, les comédiens composent  un univers cruel et poétique,  où les chansons ont leur place.
Un joli moment de théâtre.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre du Lucernaire,  jusqu’au 2 novembre, du mardi au samedi à 21h30. T. : 01 45 44 57 34

 

 

 

 

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