On ne badine pas avec l’amour

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On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset, mise en scène de Christophe Thiry

 

En 1833, George Sand rencontre Alfred de Musset qui devient son amant ; ils rompent huit mois plus tard au cours d’un voyage à Venise, mais ils renoueront plusieurs fois, brièvement.  Un an plus tard, se révèle l’art intense de Musset, un des grands dramaturges de l’ère romantique, qui écrit coup sur coup Fantasio, On ne badine pas avec l’amour et Lorenzaccio, sans compter une série de poèmes.
Seize ans plus tard, George Sand, auteure de La Petite Fadette (1849) dit de son héroïne qu’ «…elle courait après tout le monde (…) soit pour rire, jouer et badiner avec ceux qui étaient de bonne humeur … »  La Petite Fadette et Musset: deux mêmes personnages à l’humeur espiègle et fraîche, et aimant folâtrer.
Accomplissement d’une œuvre d’art ou plaisir de l’existence – l’inconstance amoureuse, les excès de l’alcool -, Musset est pourtant rattrapé par ses faiblesses. À trente ans, usé trop tôt par la vie, son œuvre brillante est achevée. Mais quelle merveille littéraire, d’une plume au goût sûr, et à l’esprit acéré. Savoir s’amuser et plaisanter, certes,  mais souffrir des écartèlements du métier de vivre: Musset éclaire l’existence d’une lumière cruelle…
Tout commençe sur un air de légèreté autour des retrouvailles de deux jeunes cousins et amis d’enfance, Camille (Anna Sorin) et Perdican (Sébastien Ehlinger). Auprès du jeune homme, veille un précepteur, le comique Blazius, et auprès de la jeune fille, la régente Dame Pluche, bas-bleu  (Lucile Durant au jeu acidulé).
Au château, dans l’entourage du Baron, sévit un personnage grotesque, Bridaine (Francis Bolela), curé gourmand, qui revendique la première place à table, jalouse  Blazius   et  l’accuse  d’ivrognerie. Le Baron, plutôt bonhomme et conciliant, a l’intention de marier les jeunes gens. Mais  Camille sort de son couvent, et même si elle éprouve une attirance réelle pour son cousin, elle cache ses sentiments et préfère revêtir le masque infantile de la froideur, en refusant qu’on l’effleure. Mensonges et déguisements. Perdican riposte, par dépit amoureux, en séduisant la jolie servante du château, Rosette (Marion Guy). Mais On ne badine pas avec l’amour, comédie sombre et désabusée, s’achève sur la mort  de l’innocente Rosette, sœur de lait de Camille.
Badinage, marivaudage, malentendus et méprises, la passion contrariée fait tourner les têtes et les cœurs, et Christophe Thiry a su  faire danser avec panache l’élan de la jeunesse. La troupe  juvénile  possède  un véritable jeu choral, et les comédiens jouent la partition avec brio, saveur, et singularité.  Saluons aussi la vivacité naturelle de Koso Morina qui interprète le chœur.
Une statue de jardin s’élève ici, une fontaine sacrée est repliée là, et les acteurs encore se rassemblent dans un geste chorégraphique à l’unisson, ou bien s’isolent pour mettre valeur un détail de tableau. Bras levés, sculptures et portraits en pied, déplacements collectifs gracieux et silencieux, replis vifs de stratégie, les comédiens composent  un univers cruel et poétique,  où les chansons ont leur place.
Un joli moment de théâtre.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre du Lucernaire,  jusqu’au 2 novembre, du mardi au samedi à 21h30. T. : 01 45 44 57 34

 

 

 

 

 


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