J’ai tout de Thierry Illousz

J’ai tout de Thierry Illouz, mise en interprétation de Christophe Laparra

2251407945052Christophe Laparra, après Avignon,  a repris ce solo d’après le roman de Thierry Illouz paru chez Buchet-Chatsel  où il met en scène un personnage très agité dans ce qui semble être une gare désaffectée ou vidée de ses occupants.
Il tient en joue « quelqu’un » et on ne saura jamais qui, voire même si ce
« quelqu’un » existe vraiment. Il monologue devant sa victime et se vante « d’avoir tout », d’avoir « quarante mille ». Et cette fortune présumée fait de lui un homme supérieur jusqu’à l’excès, et il ne va cesser de montrer à son otage quel homme supérieur il est, et quelle sorte d’intouchable, il est devenu. Dans une logorrhée où il fait questions et  réponses, il ne laisse aucun répit à cette bien curieuse victime.
La carapace se brise quand
même à plusieurs reprises, quand il évoque son travail perdu et son amour envolé. Mais son flot de paroles nous éclaircit peu,  et plus il parle,  moins on en sait : que fait-il ici,  est-il  si riche qu’il le dit ? Quel est son passé ? Qui est son otage et quel sort lui réserve-t-il ?
Le texte est écrit comme un tunnel, on y entre au début et on comprend vite qu’on n’y sentira pas un brin d’air
avant la fin, c’est d’une écriture très serrée, sans espoir et sans variation, guidée par un leitmotiv de haine et de colère envers le monde entier.
Mais ce qui peut être très louable  dans un texte écrit, ne l’est pas toujours  sur une scène, et ici, 
on souffre de n’avoir aucune perspective jusqu’au dénouement, et d’avoir à l’attendre en absorbant la violence du personnage comme un sac de sable qui retient les coups du boxeur, et en nous installant donc dans une position de victime.  Puisqu’il veut nous faire croire que c’est nous qui sommes directement menacés par  son revolver…
  Malgré cette réserve, il faut souligner l’état de tension permanente de Christophe Laparra, qui fait déjà les cent
pas, quand nous entrons dans la salle. Nous le sentons trembler de colère et  transpirer d’agitation;  il parvient
presque à nous faire peur, et on n’ose à peine quitter la scène des yeux. Une rampe de tubes fluos au sol à l’arrière-scène qui donne une lumière froide,  une autre  petite rampe fluo  balbutiante et un lustre qu’il s’amuse à faire virevolter qui lui éclairent le visage.  Ces lumières très réussies contribuent  à  créer un lieu interlope et glauque qui rappelle l’univers de Bernard-Marie Koltès.
 C’est un spectacle exigeant qui procure une tension réelle, et où on se sent forcément mal…  A chacun donc d’évaluer son degré de masochisme,  mais il faut tout de même souligner les  qualités intrinsèques de ce  J’ai tout.

Julien Barsan

Théâtre de Belleville jusqu’au   20 septembre. .


Archive pour 22 septembre, 2014

J’ai tout de Thierry Illousz

J’ai tout de Thierry Illouz, mise en interprétation de Christophe Laparra

2251407945052Christophe Laparra, après Avignon,  a repris ce solo d’après le roman de Thierry Illouz paru chez Buchet-Chatsel  où il met en scène un personnage très agité dans ce qui semble être une gare désaffectée ou vidée de ses occupants.
Il tient en joue « quelqu’un » et on ne saura jamais qui, voire même si ce
« quelqu’un » existe vraiment. Il monologue devant sa victime et se vante « d’avoir tout », d’avoir « quarante mille ». Et cette fortune présumée fait de lui un homme supérieur jusqu’à l’excès, et il ne va cesser de montrer à son otage quel homme supérieur il est, et quelle sorte d’intouchable, il est devenu. Dans une logorrhée où il fait questions et  réponses, il ne laisse aucun répit à cette bien curieuse victime.
La carapace se brise quand
même à plusieurs reprises, quand il évoque son travail perdu et son amour envolé. Mais son flot de paroles nous éclaircit peu,  et plus il parle,  moins on en sait : que fait-il ici,  est-il  si riche qu’il le dit ? Quel est son passé ? Qui est son otage et quel sort lui réserve-t-il ?
Le texte est écrit comme un tunnel, on y entre au début et on comprend vite qu’on n’y sentira pas un brin d’air
avant la fin, c’est d’une écriture très serrée, sans espoir et sans variation, guidée par un leitmotiv de haine et de colère envers le monde entier.
Mais ce qui peut être très louable  dans un texte écrit, ne l’est pas toujours  sur une scène, et ici, 
on souffre de n’avoir aucune perspective jusqu’au dénouement, et d’avoir à l’attendre en absorbant la violence du personnage comme un sac de sable qui retient les coups du boxeur, et en nous installant donc dans une position de victime.  Puisqu’il veut nous faire croire que c’est nous qui sommes directement menacés par  son revolver…
  Malgré cette réserve, il faut souligner l’état de tension permanente de Christophe Laparra, qui fait déjà les cent
pas, quand nous entrons dans la salle. Nous le sentons trembler de colère et  transpirer d’agitation;  il parvient
presque à nous faire peur, et on n’ose à peine quitter la scène des yeux. Une rampe de tubes fluos au sol à l’arrière-scène qui donne une lumière froide,  une autre  petite rampe fluo  balbutiante et un lustre qu’il s’amuse à faire virevolter qui lui éclairent le visage.  Ces lumières très réussies contribuent  à  créer un lieu interlope et glauque qui rappelle l’univers de Bernard-Marie Koltès.
 C’est un spectacle exigeant qui procure une tension réelle, et où on se sent forcément mal…  A chacun donc d’évaluer son degré de masochisme,  mais il faut tout de même souligner les  qualités intrinsèques de ce  J’ai tout.

Julien Barsan

Théâtre de Belleville jusqu’au   20 septembre. .

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