L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche, mise en scène Yann Dacosta

L’Affaire de la rue de Lourcine, d’Eugène Labiche, mise en scène de  Yann Dacosta

 

4260701516Labiche, avec son nom d’innocent, est un grand pervers : il fait rire le bourgeois avec ce qui l’effraie terriblement, quand il lui met le nez dans ce qui sort de la trappe levée par le rire. Lequel s’étrangle  et devient plutôt jaune.
Prenez l’affaire en question : Lenglumé et Minstingue qui « en tiennent une sévère »,  se réveillent dans la même alcôve, et qui pis est,  dans la même « lacune », dans le même trou de mémoire.
Que s’est-il passé ? Surtout, ne rien dire à Madame de leurs excès de boisson : première peur. Mais pourquoi ces objets mystérieux dans leurs poches, pourquoi cette poussière de charbon ? Deuxième peur. La lecture du journal -préparé pour allumer le feu joue trop bien son rôle et met un sacré feu à la baraque- leur apprend qu’une charbonnière a été assassinée et dépecée par deux pochards. Eux, bien sûr !
Troisième peur, plus funeste : il faut éliminer les éventuels témoins. Et ainsi de suite. Au demeurant, l’épouse, bonne poire, n’a rien d’effrayant en elle-même,  mais elle est l’épouse, le drapeau de la respectabilité (et peut-être la porteuse d’un dot conséquente ). Ajoutez un valet juste un peu insolent : rien de grave mais  les deux amis,  qui se sentent coupables d’une cuite  inavouable,  se montent le bourrichon.

Le génie de Labiche est d’avoir construit ce vaudeville sur le pire : la peur de ne pouvoir sauver les apparences , la peur tout court, qui mène au crime, plus sûrement encore que la philologie selon Eugène Ionesco, et qui fournit le schéma des romans policiers américains des années cinquante.
Dans son texte de présentation, Yann Dacosta l’a très bien compris. Sur  scène, c’est autre chose. Le cauchemar commence par une boîte de nuit décadente post- pompidolienne (que feu l’ancien président de la République nous pardonne), continue avec une piscine sur la scène, avec grandes éclaboussures mais quand même pas de culs nus…
Il ne manque qu’un feu d’artifice et des girls emplumées (Lenglumées ?) pour que cela atteigne la grande revue de music-hall. Spectaculaire. Bons musiciens, acteurs au galop entre des portes capitonnées, qui donc, ne claquent pas… Mais on rit peu:le public très âgé, parce qu’il est quand même choqué, le public jeune,  parce que tout cela lui paraît un peu vieux. Quant au public d’âge moyen,  parce que, sans  doute l’imagerie du cauchemar (là, pas de tromperie sur la marchandise : c’est en effet d’une laideur cauchemardesque) déjoue les horreurs de la situation.
L’écart entre la mesquinerie des personnages et l’ampleur de leur consentement à la culpabilité et au crime,  n’ouvre pas les abîmes espérés. La cruauté humaine, les ravages causés par  la trouille et  l’égoïsme, recouverts par une imagerie post ou neo-kitsch, ne font pas, ou trop peu, jaillir l’étincelle du rire. Et,  si tout est d’entrée « décomplexé », si la tabous ont sauté d’avance, l’occasion d’être saisi de vertige jusqu’à en mourir de rire, est manquée…
Ce sera pour une autre fois!

 Christine Friedel

 Théâtre de l’Ouest parisien, jusqu’au 12 octobre, T:  01 46 03 60 44

 

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