Camille, Camille
Camille, Camille, Camille de Sophie Jabès, mise en scène de Marie Montegani
Camille Claudel, artiste maudite, a été sortie de l’oubli par de nombreuses biographies, quelques pièces de théâtre et deux films, l’un avec l’inoubliable Isabelle Adjani, l’autre avec Juliette Binoche. Sa vie est « un roman [...] même une épopée. [...] Je suis tombée dans le gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar », écrit-elle en 1934, alors qu’elle est internée depuis vingt et un an (elle le restera jusqu’à son décès, en 1943).
Ici, trois comédiennes la font revivre à trois moments décisifs de son existence: Camille la démente, au seuil de la mort, en proie au délire de persécution; Camille, la jeune fille passionnée de sculpture, élève de Rodin, prête à céder aux avances du maître; Camille, l’amante bouleversée, quelques jours avant son internement, sombrant dans une folie destructrice.
La démultiplication du personnage permet à l’auteure de bousculer une chronologie par trop réaliste, pour composer un portrait kaléidoscopique fondé sur la synergie entre les actrices et des couleurs de jeu contrastées. Elles interviennent en alternance ou simultanément, ce qui impulse un rythme syncopé au spectacle, et chacune parvient, dans son registre, à donner vie à un texte efficace mais sans grand relief. Formant un trio étrange, fantômes les unes des autres, notamment quand elles dialoguent ensemble…
Une vidéo projetée en fond de scène et le discret univers sonore et musical qui l’accompagne, ouvrent un espace fantasmagorique. Mais dommage! l’apparition d’un messager dans le film vient perturber et redoubler la notion de tragique qui sous-tend déjà ce spectacle en trois temps, dont on retiendra surtout le jeu de Vanessa Fonte, Nathalie Boutefeu, et Clémentine Yelnik.
Mireille Davidovici
Théâtre du Lucernaire 53 Rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris T. 01 45 44 57 34 jusqu’au 22 novembre
Le texte de la pièce est publié chez Lansman.
