Tu oublieras aussi Henriette

Tu oublieras aussi Henriette, une fantasmagorie de Corine Miret, Jean-Christophe Marti, Stéphane Olry, librement inspirée de Ma vie, de Jacques Casanova de Seingalt, texte et mise en scène de Stéphane Olry

 

HenrietteL’oubli comme souvenir : selon Casanova, qui raconte bien, invente un peu, et ne se soucie pas que ses amies de rencontre mentent, elles aussi, ce sont les mots qu’aurait gravés de la pointe de son diamant, une mystérieuse aristocrate aixoise, après leur rencontre. Tu m’oublieras : comme si la supposée Henriette se plaçait dans la légende de Casanova en s’effaçant de sa vie.
Aventure très romanesque: elle quitte  son mari, un « monstre » (on la croit, à écouter ce qu’en dit le mémorialiste), se déguise en officier et s’enfuit avec un amant, puis est sauvée des supposées griffes de son séducteur d’escroc et ramenée vers les siens par un intermédiaire discret et raisonnable.
Il y avait là de quoi faire : Rome, Venise, Parme, Genève,  au grand galop…
Mais ce n’est pas là que Stéphane Olry s’est laissé conduire. Écrivant tous les jours à la terrasse d’un même café, il y sympathise avec une autre habituée, Clara, qui se présente comme serveuse et qui lit Céline, le matin. Ils se donnent rendez-vous dans d’autres cafés, mais ne s’échangent ni numéro de téléphone ni adresse électronique. Un nouveau roman s’écrit, qui, peu à peu, envahit l’autre et prend sa place. De cette double histoire, est né un micro-opéra au charme presque naïf, en « ligne claire ». Le personnage de l’auteur est joué par le musicien Jean-Christophe Marti (et son piano «non pareil» en direct), et celui de Clara par la chanteuse Elise Chauvin.
Et c’est beau : le lyrisme n’a pas besoin de la belle phrase du XVIIIe siècle ni des masques vénitiens dorés que l’on devine dans l’ombre, il s’épanouit au bord du trottoir. Stéphane Olry promène un Casanova souriant et désabusé, en robe de chambre, qui jette le regard bienveillant du premier sur ce que, lui,  est en train d’écrire et du second sur ce qu’il a profondément inspiré : « Voilà les plus beaux moments de ma vie. Ces rencontres imprévues, inattendues, tout à fait fortuites, dues au pur hasard et d’autant plus chères qu’elles ne sont dues qu’au hasard ».
Un quatrième larron vient jouer, en homme ou en femme –transformations à vue bien logiques dans ce monde de fantasmagorie- la confidente ou le raisonneur : « L’histoire de Casanova et d’Henriette, c’est moi qui l’ai écrite, puisque c’est moi qui en  ai inscrit le point final ».
Mais ce qui fait de ce montage, de ce glissement d’histoires, un véritable opéra, c’est la danse de Corine Miret. Franchement contemporaine, et appuyée, si l’on ose dire, vu sa légèreté, sur la danse baroque, elle crée un pont aérien au-dessus du temps. Masquée, démasquée, la danseuse se fait aussi comédienne avec une grâce presque inquiétante.
Ensemble, sans la moindre emphase, sans se presser, et avec un humour raffiné, les interprètes, disons, les personnes qui sont sur le plateau, créent une émotion d’une acuité rare.

 Christine Friedel

  henriette2Reprise donc au Théâtre de l’Aquarium,  et cette fois dans un espace scénique beaucoup plus vaste. Mais là, désolé, nous n’avons pas dû voir le même spectacle que notre amie Christine avec laquelle pourtant nous sommes très peu souvent d’accord…Nous étions seulement 33, et à la fin, 30, à avoir quitté la merveilleuse douceur d’une flânerie sous les marronniers de la Cartoucherie, pour subir cette chose qui n’a cessé de développer un ennui abyssal.
La faute à quoi? D’abord au texte assez prétentieux de Stéphane Olry qui,  dans un aller et retour permanent entre le présent, celui de Clara, un jeune serveuse de restaurant, et l’époque des aventures de Casanova, ne fonctionne pas vraiment. Et cela, malgré la gestuelle et l’excellente diction des comédiens! Eclairage des plus réduits, mise en scène statique, musique, créée en direct sur un piano droit en hauteur comme pour le sauver des eaux de Venise? mais pas vraiment passionnante, bref, l’auteur de cette ébauche de roman qui s’écrit devant nous, ne semble pas avoir grand chose à nous dire, et tout se passe comme s’il devait remplir une heure quarante de spectacle.
 » On est assis à la terrasse du café, fait alors irruption un spectre qui danse. Et ces instants volés à l’ordinaire d’une terrasse de café parisien se transmutent en fantasmagorie  » dit très sérieusement l’auteur.  Non, désolé, aucune fantasmagorie, et ce spectacle des trois maîtres d’œuvre: Corine Miret, Stéphane Olry et Jean-Christophe Marti, ne se transforme ici en rien d’autre qu’en un redoutable ennui…
On a en effet vite l’impression qu’avec les mêmes interprètes, mais cette fois réunis autour d’une table de repas , le texte des Mémoires de Casanova à la main, (façon célèbre mise en scène d’Antoine Vitez pour ce formidable théâtre-récit qu’était Catherine (1975), d’après Les Cloches de Bâle de Louis Aragon),  cela aurait pu être tout à fait intéressant. Comme à un rare et court moment de ce spectacle, où Casanova retrouve, à son insu et par hasard, l’une de ses anciennes conquêtes,  et où, enfin!, il se passe quelque chose entre les personnages.

  Mais non, le temps  d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard, comme disait Louis Aragon et, dix minutes après le début, on s’ennuie sec. Sans doute avec une pareille matière, il y avait de quoi faire, Casanova a souvent inspiré les metteurs en scène (pour le meilleur et souvent pour le pire) mais ici, ce n’est pas franchement le cas, et cette heure quarante n’en finit pas de finir, sans grand rythme, sans progression,  sous  un éclairage des plus faiblards qui se voudrait intimiste mais qui, en fait, est terriblement maladroit pour un plateau trop grand pour créer une véritable intimité avec le public. Les acteurs ont bien du mal à imposer leurs personnages, surtout dans des costumes aussi approximatifs! (les masques sont eux plus intéressants), et un texte sans grande qualité dramatique qui se prend très au sérieux.
Humour raffiné,  émotion rare, dit Christine, on veut bien! Mais on n’a rien perçu de tout cela;  on va encore sans doute nous répliquer que  nous n’avons rien compris, que nous  sommes bien sévères (les critiques ne sont jamais assez sévères, disait Charles Dullin), que surtout, nous ne sommes pas tombés sur le bon soir, qu’il n’y avait pas assez de public!  Peut-être, mais on en doute, et même si cette pseudo-scénographie devait fonctionner un peu moins mal sur un plus petit plateau. Danger bien connu des reprises ailleurs que dans le lieu de création!
Une chose est sûre! Nous n’oublierons jamais Henriette!!! Enfin la Cartoucherie, un beau soir de printemps,  a toujours et encore quelque chose de magique, et cela console de cette soirée ratée mais quand même pas point de vous dire d’y aller.

Philippe du Vignal

L’Échangeur jusqu’au 21 octobre.T: 01 43 62 71 20.
Reprise au Théâtre de l’Aquarium, T: 01 43 74 99 61, jusqu’au 19 avril, puis au Centre Culturel André Malraux de Vandœuvre-les-Nancy.

 

 


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