Le Cabaret de l’austérité

Le Cabaret de l’austérité, de Zohar Wexler, d’après des textes et chansons de Gilad Kahana


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Le titre – séduisant et racoleur -  et sa programmation certains jours de la semaine seulement – auraient dû nous inciter à plus de méfiance, méfiance aussitôt renforcée quand on  voit, en entrant dans cette salle de 150 places, qu’il y a dix-huit spectateurs. Cherchez l’erreur…
Sur une petite scène toute en longueur et sans profondeur, un espace, à jardin, réservé à des portants de costumes et à de mini-tables de maquillage, au centre, une sorte de banc qui encombre le plateau, avec, dans le fond un écran pour vidéos, et à cour, trois musiciens aux guitares et à la batterie derrière un tulle tendu.

  Cela commence par un sketch, dans une rue représentée par une vidéo, entre un homme chômeur et une femme qui lui demande un peu d’argent, avant de lui dire qu’elle occupe un emploi bien payé. Ah! Ah! Ah! Que c’est drôle et fin! Les sketches suivants, qui ont  pour cadre un appartement, un trottoir ou un bureau… sont  tous tous aussi frappés au coin de la vulgarité, et ne dépassent pas le degré zéro de l’écriture sur l’échelle de Richter.
D’austérité, on ne parle guère; en revanche, on s’ennuie ferme! Ces pauvres petites scènes, nous prévient-on
, « sont tirées des chroniques de Gilad Kahana, parues dans la presse israélienne à la suite en 2011 à Tel-Aviv, d’une vague de protestation, qui rappelle les Indignés d’Espagne, d’Italie ou de Grèce. » M. Gilad Kahana est, parait-il, une  vedette de la chanson pop en Israël. On veut bien le croire mais une chose est sûre: il écrit théâtralement comme un sabot.
Et, tenez-vous bien, on nous précise que « c’est une première mondiale (SIC!) ponctuée par les chansons écrites et composées par l’auteur et que ce « spectacle protéiforme ( RE-SIC!)  se joue à trois, quatre ou cinq comédiens et musiciens ». Le soir où nous y étions, il y avait trois musiciens qui jouaient sans conviction, l’un d’entre eux chantant au micro de temps à autre. Et quatre acteurs (  » dont les rôles changent d’une représentation à l’autre créant un spectacle unique à la manière du cabaret » (RE-RE-SIC!)…:  Julie Pouillon, bonne comédienne qu’on préfèrerait voir ailleurs, et Flora Taguiev; et  Zohar Wexler qui  a aussi commis une pseudo-mise en scène, aussi bâclée que prétentieuse, et un autre acteur non identifié.
On les voit changer de costumes et de perruques sans arrêt sur cette petite scène encombrée, les dieux du théâtre  savent pourquoi! Cela doit faire moderne dans l’esprit de Zohar Wexler qui signe sans aucun état d’âme: « concept, traduction, mise en scène et décors »!  Tous aux abris! Que sauver de ce naufrage? Uniquement, le travail des comédiens, qui, mal dirigés  font ce qu’ils peuvent pour éviter  au spectacle de couler. Il devrait y avoir un des prix du Syndicat de la critique pour récompenser ce genre de performance!
Reste à savoir comment une chose aussi insignifiante qu’ennuyeuse, a pu trouver un théâtre pour l’accueillir, et quelques spectateurs/trices qui, à part une (sans doute une amie d’un des comédiens) s’ennuyaient ferme. Sans doute, grâce à une prévente habile aux familles et aux copains, tous priés d’envoyer un petit chèque… Mais, bon, il y a quand même une justice, cela ne suffit heureusement pas!
  Au fait, on a oublié de vous donner cette information capitale: malgré l’ovation debout du couple Bruni/Sarkozy et la venue de Manuel Vals et de François Hollande, (si, si, c’est vrai!), le spectacle de B.H.L. au théâtre de l’Atelier va s’arrêter, comte-tenu de l’énorme affluence …
La faute à qui? Au public évidemment, qui n’a rien compris à cette merveille du théâtre contemporain dont nous vous avions dit l’intérêt tout à fait exceptionnel (voir Le Théâtre du Blog). Que c’est triste! Sortez vos mouchoirs avant d’envoyer un mot de condoléances à B.H.L. Le meilleur fera gagner deux places à son auteur pour le prochain  spectacle du philosophe
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Philippe du Vignal
Théâtre de la Reine blanche 2 bis Passage Ruelle 75018 Paris
 

Archive pour 18 octobre, 2014

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble

Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, création collective des Chiens de Navarre, mise en scène de Jean-Christophe Meurisse

  slide1-chiensdenavarre2La magie opère parfois entre un lieu, comme  le Théâtre des Bouffes du Nord et un spectacle comme celui des  Chiens de Navarre. Envahi par cette troupe de saltimbanques déchaînés, il accueille Quand je pense qu’on va vieillir ensemble,  une  rencontre poétique, sociale et politique sans concession.
Le spectacle a vu le jour en février 2013 et n’a cessé depuis d’évoluer, selon leur principe artistique:
« La représentation, disent-ils, n’est que le prolongement des répétitions,et sans point d’achèvement ».
Ils ne pouvaient  trouver mieux comme cadre pour laisser vivre et offrir au spectateur, avec autant d’audace et de liberté, la violence, l’idiotie du conformisme, l’obscénité, mais aussi l’intelligence, le romantisme, la tendresse et surtout l’humour qui parcourent les différents tableaux et leurs personnages, très prégnants…
Le spectacle, sans cesse en mouvement, est joué par des acteurs dotés d’une belle énergie. Et, avec peu de choses, sur le plateau mais toutes parfaitement maîtrisées : un sol couvert de terre sombre et  de brindilles, avec ça et là, quelques objets, dont des palissades en bois à moitié renversées, ou adossées au mur du fond de scène… et selon les situations, des chaises, ou une chambre aménagée de bric et de broc.
Ce lieu fort des Bouffes du Nord, avec ce sol ainsi habillé, devient tantôt une forêt, tantôt un terrain vague, tantôt une salle de réunion, etc…. Les éclairages de Vincent Millet, d’une grande finesse dramaturgique et la talentueuse création sonore de Julie Leprou, participent de cette magie théâtrale.

Mais à quelle(s) histoire(s) sommes-nous invités à prendre part? Les Chiens de Navarre tentent ainsi l’expérience spectaculaire de la réconciliation avec soi-même. « Pour mieux interroger l’enfant triste qui claque des dents en nous », dit Jean-Christophe Meurisse qui se définit au sein du collectif comme le chef de meute !
  Mélancolie et colère à la fois, donnent un spectacle extrêmement physique et risqué. Le  public, stupéfait, parfois choqué ou attendri, ou bien mort de rire, assiste à une série de tableaux denses en émotion, perturbants et souvent très drôles. Dès le début, la représentation  est « mordante » et, alors qu’elle n’a pas encore commencé, le public entre dans la salle, accueilli par des grognements, cris, interpellations, et injures lancés par une bande d’individus monstrueux. Tous semblables à des vampires, ou animaux féroces, mi-homme, mi-chiens, ensanglantés, à moitié dévêtus, avec une gueule et des dents à la Nosferatu. Le conte, et l’horreur, le fantastique: l’on se demande un peu perplexe, ce qui nous attend…
  Après cette mise en condition, les scènes se succèdent : entre autres, un couple en pleine scène de ménage, une formation de thérapie de groupe pour réussir un entretien d’embauche ou pour reprendre confiance en soi, et être performant et surtout le meilleur en toutes circonstance de la vie, bien sûr ! Tous ces personnages, issus de notre réalité quotidienne, sociale et intime, nous font part de cette « humanité imparfaite et fragile », et ont  recours sans aucune limite,  à une provocation, sexuelle, corporelle et/ou langagière.
  Les Chiens de Navarre n’en sont pas à leur première manifestation à la fois étonnante d’agressivité, éprise de liberté dans un geste  et une volonté de recherche dramatique et artistique. Toutes leurs créations sont construites sur un travail d’impros; un canevas se tisse au fur et à mesure des répétitions et représentations, et cela leur arrive d’avoir recours, à un texte comme source d’inspiration, par exemple ici, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier  de Stig Dagerman, avec, entre autres phrases: « Deux choses me remplissent d’horreur : le bourreau en moi et la hache au-dessus de moi ».
  Le spectacle provoque en profondeur notre conscience et notre corps. Cette « pièce improvisée « , cette sorte de performance entraîne le public dans des contrées existentielles déstabilisantes. La compagnie, marginale il y a peu encore, a l’art, à travers une langue poétique, un humour et une dérision poussés à l’extrême, de faire surgir et entendre une parole politique sans détour. Parole tragique en mouvement et sans cesse réinterrogée, au fil des (re)présentations de chacun de leurs spectacles…
Le théâtre est ici pleinement un art vivant ! Et politique… 

 Elisabeth Naud

Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis Boulevard de La Chapelle 75010 Paris  T : 01 46 07 34 50, jusqu’au 18 octobre; en novembre et décembre en France. Puis en 2015, en France et en Belgique


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