Tempus fugit?

Cirque Plume 7 - ∏ Yves Petit

Tempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu par le Cirque Plume, écriture, mise en scène, scénographie et direction artistique de Bernard Kudlak

 Emportée par le vent, la plume est symbole de légèreté, de souplesse et de grâce. Bernard Kudlak, le chef historique du Cirque Plume, rappelle que dans l’art funèbre égyptien, la plume était mise sur la balance de la justice pour la pesée du cœur, métaphore de sa légèreté et de la fragilité de l’harmonie humaine. Ainsi, venues des hauteurs de la scène, les plumes de Tempus fugit ? chutent lentement, comme des traces de vie  soulevées par une brise délicate, sur un piano lui-même suspendu dans les airs, en clair objet de désir.
  Ce sont des plumes merveilleuses qui volètent sur le plateau et vers la salle -  artistes et spectateurs réunis. Des plumes d’ailes d’ange ou « de fée en voyage », selon l’expression de George Sand. Le piano finit par toucher  un sol de plaques tectoniques vivantes qui se soulèvent, puis se rétractent comiquement pour un éloge de l’instabilité. Mais les valeurs du Cirque Plume, à travers le temps, perdurent : fragilité du présent, idée du partage, humilité existentielle, responsabilité de l’artiste et du citoyen.
  En exergue au spectacle (le dixième déjà!) et anniversaire des trente ans du cirque Plume,  Bernard Kudlak dit: « Nous avons été la jeunesse du silence et de l’horreur…, celui des parents et de la reconstruction qui  pesait sur nos épaules. Nous avons été enfants pendant les crimes de la décolonisation,… enfants des valeurs et des espoirs du Conseil national de la Résistance, des valeurs ouvrières, socialistes, républicaines, chrétiennes progressistes, de l’éducation populaire. »
Les compères de la première heure de Bernard Kudlak  sont aujourd’hui rejoints par  huit jeunes circassiens venus de Bruxelles, de Montréal et de France, soit une bande de treize sur le plateau. Sans parler des techniciens pour les montées et descentes de rideaux, souffles de vent sur les voiles blanches en partance, installation du mât chinois et du fil  pour la ballerine équilibriste,  et des instruments: ici, jazz et pop-rock s’en donnent à cœur joie.
Pas cabotins pour un un centime, tous sont d’un talent aussi sobre qu’éblouissant. Sept francs-comtois: Nicolas Boulet, Grégoire Gensse, Alain Mallet, Benoit Schick, Brigitte Sepaser, Laurent Tellier Dell’Ova et le frère de Bernard, Pierre Kudlak; une Savoyarde: Sandrine Juglair; trois Américains: Mick Olsbeke, Diane Renée Rodriguez et Molly Saudek et une Canadienne: Marie-Eve Dicaire.  Et encore Maxime Pythoud et le compositeur Benoit Schick.
Le titre Tempus fugit ? Une ballade sur le chemin perdu fait référence à l’artisanat du poème mais aussi au terme d’horlogerie « le chemin perdu ». Les Kudlak, originaires de la région de Montbéliard, sont des familiers du terme qualifiant l’espace entre les deux points de l’ancre, le repos et la chute, le tic et le tac… Une jolie promenade poétique à se réapproprier ou à réinvestir.
La poésie est sentiment, et existe avant le langage. Il suffit pour le spectateur d’observer et de prêter l’oreille : les mots et les gestes disent ici beaucoup plus que dans un poème. Les filles, aériennes en petite robe d’été fluide aux couleurs pastel, dansent sur le fil, montent sur le trapèze ou épousent le mât chinois. Les garçons, eux, jonglent, font les clowns, jouent des sonorités de gorge, font la toupie avec une roue Cyr, multiplient les cabrioles et se métamorphosent enfin en instrumentistes enjoués.
Après les applaudissements, public et artistes admirent une installation pendulaire de boules de verre, un collier scintillant, une chenille de lumière dont les touches se croisent dans un ballet d’entrelacs d’ombres et d’éclats de pierres précieuses. Paysage poétique et émotion esthétique, le spectacle est éloquence – mouvements collectifs et solos, fresques de couleurs,  sons, silences et révélations de cadences.
Poème, danse, jonglage, acrobatie, équilibrisme, trapèze, musique et humour… Que demander de plus ?

 Véronique Hotte

 

Espace Chapiteaux à La Villette, jusqu’au 28 décembre. T : 01 40 03 75 75

 

 

 

 


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