Sœur, je ne sais quoi frère

Soeur, je ne sais pas quoi frère
 de Philippe Dorin, mise en scène de Sylviane Fortuny

imageInutile de chercher ici une logique, hormis la présence de cinq comédiennes qui ont entre dix et soixante-quinze ans, mais rien de ressemblant ,si ce n’est qu’elles sont sœurs et soudées, comme les doigts de la main, par un secret de famille. Sans oublier la poupée de la gamine, en bout de chaîne.
Pas de continuité narrative non plus: les situations se succèdent, sans lien les unes avec les autres, comme improvisées, et, qui loin d’éclaircir la fable, l’opacifient. Qu’est-ce qui se cache au fond du placard, les enfermant dans l’atmosphère étouffante d’un gynécée , en attente d’une figure masculine, prince charmant ou papa manquant, le père s’étant absenté, même si son ombre plane toujours?
Sommes-nous, dans une grande maison assiégée de la Russie tsariste, menacée par les communistes et leurs grands couteaux ? Dans un conte qu’elles jouent à se raconter, en le ponctuant de petites ritournelles en forme de comptines? Résoudre l’énigme dissimulée dans un entrelacs de fausses pistes, voilà qui tient en haleine!
Les cinq sœurs trouveront bientôt une petite clef providentielle qui leur permettra d’échapper l’une après l’autre à cette situation bizarre, par la petite porte de derrière.  Elles  se libèrent enfin les unes des autres, rompant ainsi le cercle infernal des cadavres qui gisent au fond des armoires…
Philippe Dorin livre une fois encore un texte ouvert à toutes les interprétations, un riche champ de manœuvre pour le metteur en scène, les comédiennes, et  le public. Il distille un mélange de poésie et de concret, que Sylviane Fortuny  a traduit finement en images, en alternant, dans un décor dépouillé, ambiances lunaires et terre-à-terre.
Les adultes prennent autant de plaisir à ce spectacle que les enfants (à partir de neuf ans) à qui il est destiné. À voir et à lire !

Mireille Davidovici

Théâtre Paris-Villette -– 75019 Paris, 28 octobre -7 novembre ; T. 01 40 03 74 20
 Argenteuil, Le Figuier blanc – 95,  9-12 novembre; T. 01 34 23 58 00
- Sablé sur Sarthe (72)
- L’Entracte -, 25 novembre ; T. 02 43 62 22 22

Le texte est publié à l’École de Loisirs, comme la plupart des pièces de Philippe Dorin.


Archive pour 28 octobre, 2014

Le Mariage de M. Weissmann

Le Mariage de M. Weissmann,  de Karine Tuil, adaptation et mise en scène de Salomé Lelouch

  001 Dans Interdit, le second roman de Karine Tuil, dont Le Mariage de M. Weissmann est issu, Saül Weissmann,  soixante-dix ans, vit rue des Rosiers à Paris. Circoncis, reconnu comme juif par les Allemands, il fut malheureusement déporté à Auschwitz. Il décide un jour de se marier avec Simone, qu’il a rencontrée à l’amicale des randonneurs juifs de France.
Mais des ennuis, qu’il n’avait pas du tout prévus, vont alors commencer pour  lui: devant le rabbin qui use d’arguments des plus spécieux, il ne peut fournir les preuves  qu’il est  bien juif; selon la loi de Moïse, en effet il ne l’est  pas, et il lui est donc interdit de se marier religieusement.
C’est à la fois grotesque et pathétique, kafkaien et drôle. Simone va le quitter, et c’est comme une sorte de double qui va alors s’installer en lui, le profondément juif et le non-juif. Il  devient alors la victime d’une grave crise identitaire: être ou n’être plus.

« Je m’appelle Saül Weissmann mais ne vous fiez pas à mon nom qui est juif, en dépit des apparences. J’ai été, pendant soixante-dix ans, un imposteur pour les autres et pour moi-même « .
Sur le plateau, pas grand chose qu’un sorte de petit lit incliné en latté peint en gris et quelques tabouret noirs de différente taille, et avec un écran pour des projections vidéo. Ce premier moment, bien écrit, à l’humour cinglant, est tout à fait réjouissant, même  si le dialogue a souvent des couleurs de théâtre de boulevard un peu facile, avec des mots d’auteur à répétition.
Comme les trois comédiens habillés à l’identique: pantalon et chaussures marron, chemise à carreaux: Jacques Bourgaux, Mikaël Chirinian et Bertrand Combe
, ont un solide métier, cela arrive à passer mais ensuite le rythme n’y est plus et on est à la limite de l’ennui.( On sait toute la difficulté des adaptations de romans à la scène).
La faute à quoi: d’abord, à un texte et à une dramaturgie qui n’arrivent pas à tenir les promesses du début.  Cela aurait pu faire un bon sketch de quinze minutes maximum mais pas plus. La faute aussi à une mise en scène faiblarde: Salomé Lelouch aurait pu nous épargner, entre autres, ces pauvres vidéos avec poussière d’étoiles et paires d’yeux  aux pupilles agrémentées d’une étoile dorée (de David?) qui surlignent inutilement le texte. Et ces cinquante-cinq minutes deviennent longuettes.
Alors, à vous de décider si, à vingt trois euros minimum, la chose en question fait vraiment une soirée de théâtre…

Philippe du Vignal

Théâtre La Bruyère, rue La Bruyère 75009 Paris, à 19 heures.


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