Du luxe et de l’impuissance

Du luxe et de l’impuissance de Jean-Luc Lagarce, mise en scène d’Ivan Morane

 

du_luxe-7«Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l’écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l’éclair, la dureté, en dire avec lucidité l’évidence ». Projet qui anima et qui maintint en vie Jean-Luc Lagarce, contre toutes les désespérances.
Jusqu’au seuil de la mort en 1995, il  se consacra au théâtre, mais écrivit aussi méticuleusement son journal sur des cahiers d’écolier. Il publia aussi  des articles, des éditoriaux pour des théâtres et des revues, rassemblés dans Du luxe et de l’impuissance, paru, comme l’ensemble de l’œuvre, aux Solitaires intempestifs. C’est de ce recueil que s’empare Jean-Charles Mouveaux.
Seul en scène, dans la pénombre d’une loge, dans une chambre d’hôtel, il va donner corps aux paroles de l’auteur, qui s’épanouissent par longues vagues rythmées, dans ce style inimitable, où il cherche la précision des mots, en en traquant toujours le sens, jusque dans leurs derniers retranchements.
Quête inlassable de soi et des autres à travers soi, dans un monde instable et menaçant où il s’agit de tricher, de jouer, de mentir vrai, pour conjurer le pire… Le texte se présente comme un manuel de combat contre la mort, une suite de préceptes et de maximes à l’usage des vivants, tout en verbes à l’infinitif ou à l’impératif, en questions et injonctions, avec parfois des réflexions plus personnelles teintées d’humour.
Bien qu’ils ne soient pas originellement destinés à faire spectacle, ces articles se prêtent à la mise en scène: ils traitent de théâtre et relatent l’expérience d’un «saltimbanque»,  et sont aussi d’une oralité évidente.
Le comédien, adopte un jeu précis et sobre, et nous entraîne dans l’univers de Jean-Luc Lagarce; nous le suivons, jusqu’au moment où des images de guerre, projetées en fond de scène, viennent troubler de paisibles paysages bucoliques. On décroche alors et on se demande, encore une fois, pourquoi les metteurs en scène se croient obligés d’avoir recours à la vidéo.
Mais cela ne dure pas et on retrouve le fil de ce parcours initiatique ,typiquement lagarcien ,où l’intime rejoint l’universel, comme le dit si bien le protagoniste: « Accepter de se regarder soi pour regarder le Monde, ne pas s’éloigner, se poser là au beau milieu de l’espace et du temps, oser chercher dans son esprit, dans son corps, les traces de tous les autres hommes (…)  »

 

Mireille Davidovici

 

Théâtre des Déchargeurs jusqu’au 22 novembre 3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris – T. 01 42 36 00 50 ; www.lesdechargeurs.fr

 

 

 


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