Rivesaltes-Fictions/Question suivante

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Rivesaltes-Fictions/Question suivante  de Vincent Bady.

Vincent Bady, comédien, dramaturge et metteur en scène, a écrit, avec le soutien du Centre national du livre, un triptyque sur l’accueil des étrangers en France. La troisième pièce, Rivesaltes-Fictions/Question suivante, qui vient de recevoir le prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre) est un parcours à travers l’histoire, peu glorieuse pour la France, du camp de Rivesaltes (Pyrénées orientales), où passèrent des  milliers de personnes « indésirables ».
Dans ce « Centre d’hébergement pour les familles »,  que l’on a systématiquement séparées dès leur arrivée,  il y avait des républicains espagnols fuyant le franquisme, des expulsés de l’Allemagne nazie, des Tziganes et, bien vite, des familles juives arrêtées en zone libre par la police de Vichy.
En 1945, on y parqua aussi des prisonniers de guerre et des collabos et, en 1962 on y entassa environ 8.000 harkis fuyant l’Algérie désormais indépendante. Devenu centre de rétention administrative pour des étrangers sans papiers, jusqu’à sa fermeture définitive en 2007, le lieu est maintenant devenu, en partie du moins, un champ d’éoliennes.
Dans le flux des migrations actuelles, l’accueil des étrangers est un problème crucial. Peut-on se contenter de parquer des êtres humains, ou cherche-t-on à les accueillir, et comment? Pour Vincent Bady, cette radiographie du camp de Rivesaltes permet d’analyser le passé, d’en constater les injustices et les échecs, afin d’essayer d’en corriger le présent et d’interroger le futur.
Rivesaltes-Fictions/Question suivante s’appuie sur des documents d’archives, des extraits de discours officiels mais aussi des scènes de genre comme on le dit pour la peinture d’un moment de caractère familier ou anecdotique, avec des personnages souvent populaires.
Ainsi, l’arrivée de Zohra, partie du Djurdjura avec son petit garçon pour rejoindre son mari, interné dans le camp avec d’autres harkis qui avaient choisi la France plutôt que le Front de Libération National. Ainsi, une famille juive, en transit à Rivesaltes, avant d’être  envoyée vers les camps de la mort, via Drancy…
Chaque situation est soulignée par le discours inhumain d’un préfet, sûr de la bonne conscience de l’administration; de courtes scènes, comme des flashes, apportent habilement distanciation et fantaisie. Sur le plateau utilisé dans toute sa longueur,  il y a juste quelques éléments de décor pour situer les différentes scènes, jouées par deux comédiens: Vincent Bady, «arpenteur de mémoire », silhouette massive, souvent affaissée sous le poids du malheur, sauf quand il incarne des préfets au sourire figé.
Martine Lechevallier, au jeu très naturel, incarne, elle, des jeunes filles juives, victimes désignées, comme la frétillante Miss météo, ou une journaliste qui, à chaque époque, pose des questions dérangeantes auxquelles on ne répond que par stéréotypes.
C’est une démonstration efficace, un théâtre de l’urgence qui fait réagir immédiatement le public et permet, après chaque représentation, d’instaurer un dialogue avec  lui.

Elyane Gérôme

 

Nouveau Théâtre du 8è (NTH8), 22 rue du Commandant Pégout, Lyon. T: 04 78 78 33 30, les 12, 13 et 14 novembre à 20h.

 


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