Trente-six nulles de salon

Trente-six nulles de salon de Daniel Cabanis, mise en scène de Jacques Bonnaffé

 

imagesActeur de théâtre et de cinéma, Jacques Bonnaffé est un poète de la scène qui se revendique comme tel, humblement; avec un goût du jeu et des bons mots, il monte ses spectacles avec un humour qu’il bâtit de préférence autour de la langue, de la littérature et du jazz. Une parole patoisante, érudite ou loufoque, attentive à l’infiniment modeste comme à une dimension plus spectaculaire de l’existence, pleine d’un esprit moqueur et ludique, toujours attentif à l’autre.
Les spectacles poétiques de cet inventeur scénique restent inoubliables pour un public amateur de théâtre : L’Oral et Hardi, un solo sur des textes de Jean-Pierre Verheggen, ou Nature aime à se cacher, un duo dansé sur le singe, à partir des textes de Jean-Christophe Bailly.
Jacques Bonnaffé a aussi été acteur dans Ex vivo/ In vitro de Jean-François Peyret, dans Le Roi du bois de Pierre Michon par Sandrine Anglade, et dernièrement, dans Hannibal de Christian Grabbe, monté somptueusement  par Bernard Sobel.
Un chercheur, un expérimentateur, un inventeur de gestes, de mots et de réparties. Dans Trente-six nulles de salon, Mario et Mario, frères jumeaux qui ne se ressemblent guère – Olivier Saladin et Jacques Bonnaffé-, sont engagés dans un dialogue auquel ni l’un ni l’autre ne voudrait mettre un point final, puisque cette conversation à bâtons rompus, progresse comme dialectiquement, en s’élevant d’un sujet à l’autre vers la saisie du sens, et en ne se repliant ni se refermant jamais sur sa propre trajectoire.
Ces deux-là « se préoccupent d’art en tout sens, et se verraient bien au nombre des personnalités, notabilités, célébrités, médiocrités dont on parle », dit le metteur en scène qui ne voit dans ce duo « qu’un orgueil d’incompris et d’exclus de grande foire ». Anne-Flore Cabanis a dessiné une scénographie enfantine, avec des élastiques tendus comme les cordes d’un immense violoncelle aléatoire, métaphore de la tension et du rebond, des mécaniques à l’œuvre dans les conversations élevées au rang de rituels et de cérémonies quotidiennes.
Les deux comédiens jouent leur partition avec fluidité: Olivier Saladin, en clown londonien au costume à carreaux colorés et au pantalon trop court, à la silhouette plus ronde mais aussi ahurie que celle de Jacques Bonnaffé qui a choisi les mêmes atours à la fois classiques et pittoresques.
Les balles tombent à côté du filet du dialogue théâtral et, malgré l’expérience des comédiens, on ne trouve pas ici la moindre jubilation dans le texte de l’auteur et plasticien Daniel Cabanis. Les conversations tournent court ou tombent à l’eau, et le public ne retrouve pas les belles promesses de ces clowns…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, Paris  jusqu’au 6 décembre. T : 01 44 95 98 21

 

 


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