Coup de théâtre

Coup de théâtre(s) de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino,  mise en scène de Sébastien Azzopardi.

 coup-theuaetres_2014-remilie-brouchon_louis-armand-0959Les Dieux demandent à Ulysse aux mille ruses, de récupérer la quenouille du temps, volée par Pantalone. Après avoir vaincu Poséidon et le Cyclope, il souhaiterait profiter d’un repos bien mérité, mais Œdipe, Achille et Hercule: aucun n’est disponible et les Dieux ne lui laissent donc pas le choix.
Même Pénélope et le Sphinx encouragent Ulysse à entreprendre un nouveau voyage;  avec l’aide d’Athéna, il part donc pour une nouvelle odyssée qui va l’emmener en Italie au cœur de la commedia dell’arte, où il rencontre Arlequin et Colombine, amoureuse de Lélio, mais promise par son père au vieux Pantalone,  âgé de 98 ans.
Puis Ulysse, à la poursuite de Pantalone, repart en compagnie d’Arlequin, brave une nouvelle tempête, puis arrive en Angleterre où les trois sorcières de Macbeth ont transformé Pantalone en Hamlet!
Il y rencontre aussi  Puck et l’âne, sortis tout droit du Songe d’une nuit d’été, et  Roméo et Juliette qui, sur son balcon, victime de la poudre d’amour jetée par Puck, tombe amoureuse d’Ulysse dès qu’elle l’aperçoit, au grand désespoir de Roméo!

L’âne est lui aussi victime de sa poudre d’amour, et se met à aimer  Arlequin. Puis  Hamlet ex-Pantalone vend la quenouille permettant  de remonter le temps à un mystérieux personnage qui s’avère être Cyrano de Bergerac…
Le célèbre héros d’Edmond Rostand, va, avec cette quenouille, trouver le grand Molière, entouré de Précieuses totalement ridicules et un peu « femmes savantes »  Et il lui demande de  réécrire son histoire pour lui permettre de vivre heureux avec sa bien-aimée Roxane.

Arlequin lui arrache la quenouille des mains mais  Molière la lui reprend pour  la redonner à Ulysse. Nous nous retrouvons alors dans une chambre de L’hôtel du libre échange, où des personnages de plus en plus déchaînés enchaînent les quiproquos, se poursuivent, se retrouvent dans des placards. Il ont tantôt un fil à la patte, tantôt la puce à l’oreille, pendant que Monsieur chasse et que Madame se promène toute nue,  comme  l’indiquent les titres de ces cinq pièces de Georges Feydeau…
Tout ce joyeux délire se termine par un french-cancan endiablé. Puis, après une nouvelle tempête, nous voici en Russie, où vivent Roxane Robinova et Cyranovitch, parents d’un petit John Malkovitch, désespérés à l’idée de devoir vendre leur Cerisaie. Nina, actrice tout droit sortie de La Mouette de Tchekhov et qui ne joue que des rôles de volatiles! ne semble pas aller beaucoup mieux…
Après l’épisode russe, deux personnages qui ressemblent fort aux  Vladimir et Estragon d’En attendant Godot sont assis près d’un arbre. Puis  la  Roxane de Cyrano est  tout d’abord prise pour la Cantatrice chauve, chère à Eugène Ionesco (le fameux titre, un peu énigmatique, provient en fait d’une erreur dûe à un saut de page par un comédien à la première lecture, disait Nicolas Bataille, son premier metteur en scène, et qui a  été gardé).  Roxane  rejoint Vladimir et Estragon, avec la quenouille qui…ne fonctionne plus et  ne permet donc plus de se déplacer dans le temps.
Il faudrait pour sortir les personnages de cette situation désespérée,  un deus ex-machina; il apparaît alors… sous les traits de Molière qui nous dit la vérité : la quenouille ne marche pas, c’est un simple accessoire de théâtre, et les personnages sont ceux d’un théâtre,  voulus par les auteurs (tels des Dieux décidant du sort des hommes ), et tout est écrit dans le texte: « Les hommes ont toujours eu besoin d’histoires (… ) pour échapper à l’ennui ». « Il faut fatalement que je meure chaque soir », soupire alors Cyrano.
Puis arrive le moment où les acteurs se trouvent face à une page blanche… Ils vont donc  pouvoir faire ce qu’ils veulent, et surtout célébrer l’amour du théâtre.Arlequin, l’amuseur universel, pourra aussi bien être Scapin que Sganarelle.  Quant au  retour d’Ulysse dans sa chère petite Ithaque, il  se fera en musique,  comme dans un musical de Broadway. « On est les plus heureux des tragédiens, car tout est bien qui finit bien » et  « Ulysse a fait un beau voyage ». chantent tous les acteurs avec joie.
  Il s’agit là d’une parodie burlesque, mais pas toujours du meilleur goût! Les auteurs auraient pu nous épargner blagues salaces, clins d’œil à l’actualité politique et jeux de mots du genre: « On ne fait pas d’Hamlet sans casser des œufs ! ».
Mais le spectacle reste drôle, joué par une équipe de bons comédiens (Benoit Cauden, Alyzée Costes, Alexandre Guilbaud, Nicolas Martinez, Laurent Maurel, Olivier Ruidavet, Salomé Talaboulma), l’intrigue est bien ficelée et chaque univers théâtral  est aussitôt reconnaissable: on implore sans cesse Zeus et Athéna, Hamlet, toujours un crâne à la main, termine ses phrases par  Telle est la question! et Vladimir et Estragon tiennent un langage abscons…

Mais mieux vaut connaître ses classiques pour apprécier ce spectacle où une quenouille  permet de traverser les temps du théâtre. Mais, sous le pastiche et la caricature, se cache un bel hommage aux dramaturges, à leurs  illustres personnages, et aux répliques mythiques  comme celles, entre autres,  de Cyrano ou du Cid : « C’est un roc ! C’est un pic… c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … c’est une péninsule ! » . « Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées La valeur n’attend point le nombre des années. »
On peut espérer que  le spectateur  aura ensuite envie  de relire, entre autres, Cyrano, ou  Hamlet

Isabelle Fauvel

Théâtre de la Gaieté Montparnasse 26 Rue de la Gaité, 75014 Paris T: 01 43 22 16 18


Archive pour 24 novembre, 2014

Yvonne, princesse de Bourgogne

Pierre Grobois

Pierre Grobois

 

Yvonne, princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz, traduction de Constantin Jelenski et Geneviève Serreau, mise en scène de Jacques Vincey

 

L’imaginaire de l’écrivain et  dramaturge polonais  est théâtral, comme par nature : l’interaction des êtres entre eux est l’essence de ses pièces, ce qui privilégie une vision artistique avant-gardiste, autant que chaotique et bousculée.
  Selon Blonsky, spécialiste de  Witold Gombrowicz, si les hommes dans son œuvre ressentent, pensent et  font, ce n’est que par rapport aux autres, grâce à eux et pour eux. Tout être est forcément inclus dans un milieu. Pour Witold Gombrowicz, toute activité humaine est médiatisée par des « formes », masques et habitudes mentales, à la fois  moyens de communication et de domination.
Démonstration faite avec  Yvonne, princesse de Bourgogne,  publiée en 1938, et créée à Varsovie en 1957, où  Witold Gombrowicz  s’amuse des usages et stéréotypes sociaux, et des relations de maître à esclave.

 Le dramaturge pousse loin l’investigation de l’inconscient, en  donnant à ses pièces une  dimension fantastique et onirique, mais aussi comique et teintée  d’effroi. Parodie brillante,  Yvonne, princesse de Bourgogne contrefait la comédie de salon. Cette histoire tragi-comique  a pour thème l’introduction à la cour royale d’Yvonne, une fille sans charme rencontrée à la promenade par le prince Philippe, héritier du trône. Mais ce  héros de conte, ne fraye qu’avec la loi du désir et de la séduction, s’élève contre ces poncifs contre-nature, et décide d’aimer la laideur, en la personne d’Yvonne qu’il prend pour fiancée, aussi empotée et apathique soit-elle : «Je ne m’y soumettrai pas, je l’aimerai ! »
  Ce qui se passe alors dans la famille royale pourrait évoquer, comme à l’envers, Théorème (1968) de Pier Paolo Pasolini qui met en scène les ravages de la beauté d’un jeune homme dans une riche famille bourgeoise  à Milan. Une situation anormale  chez des gens normaux...
 Jacques Vincey évoque une normalité qui dérape progressivement dans la monstruosité à travers le déchaînement des pulsions, et s’amuse des situations farfelues à l’intérieur d’un milieu rigide et plein de préjugés, malgré le panache affiché par la famille royale…
La scénographie de Mathieu Lorry-Dupuy donne à voir une sorte de salle de sports à l’intérieur même de la maison,  rappel lointain du court de tennis de  Terre étrangère  d’Arthur Schnitzler,  mise en scène de Luc Bondy en 1984.
 Et donc trente ans plus tard encore avec cette Yvonne, c’est à travers le ping-pong, l’entrainement physique, la course sur tapis roulant sous contrôle cardiaque, que le culte du corps de ces sportifs, hommes  et femmes, habillés de blanc, atteint aujourd’hui son apogée musclée. Bref, le corps est le maître adulé ici-bas qui rend l’homme asservi à lui-même.
  Derrière de grandes baies vitrées, une végétation tropicale foisonnante meuble le jardin attenant, avant que cette sauvagerie naturelle n’investisse les appartements du palais princier. La nature envahit alors l’espace, comme les désirs enfouis envahissent le corps et l’esprit. Plus rien n’est alors contrôlable : la liberté existentielle du désir fait loi.
Le Prince Philippe (Thomas Gonzalez) joue une folie inquiétante mais enjouée et fantasque, accompagné dans ses mauvais agissements par la velléité jouée de Clément Bertonneau. Marie Rémond est une Yvonne aussi timide que possible – l’exclue de rêve -, et  les autres jeunes et belle femmes sont pleines d’hypocrisie et de rouerie.
Hélène Alexandridis  joue la reine Marguerite, de manière appuyée, tel un pantin mécanique.
Alain Fromager est un roi hystérique, absolument incapable de se maîtriser,  dont le chambellan (Jacques Verzier) est aussi classe que superficiel et peu fiable.
  Une galerie de caricatures dans un palais bruyant, pris de folie ravageuse, et qui offre au public un joyeux moment absurde de farce triviale.

 Véronique Hotte

 Théâtre 71 de Malakoff, jusqu’ au 30 novembre. T : 01 55 48 91 00

 

 

L’Avare

L’Avare : un portrait de famille en ce début de troisième millénaire de Peter Licht, d’après Molière, mise en scène de Catherine Umbdenstock

images   Selon la note d’intention, par ailleurs passionnante et juste  sur  le  monde contemporain, cet Avare, inspiré de Molière,  est ici une revue avec dialogues,  musique et chansons, où, de numéro en numéro, chacun des enfants d’Harpagon  vient parler de  lui : « C’est, dit Peter Litcht, le règne de l’individualisme, de la cupidité… l’amour est réduit à l’état d’anecdote, et… l’argent – à la fois son manque et ses promesses de bien-être – est l’unique constante fédératrice et garante de l’accomplissement de soi. »
   L’auteur allemand Peter Licht, a construit sa pièce comme une variation sur L’Avare, en soulignant d’abord l’intérêt exorbitant accordé à l’argent et à la jeunesse, comme si l’existence ne se réduisait qu’à ce printemps de l’âge où s’élaborent les projets, les envies et programmes aléatoires. Et il condamne ici ce moteur contemporain du désir :  les vieux possèdent l’argent que les jeunes veulent insolemment récupérer. Nulle révolte à l’horizon, nulle pensée économique alternative,mais un désir juvénile d’une consommation et de jouissance immédiates…
 Cléante, le fils de famille, avoue : « Moi, j’hallucine… j’ai les nerfs, le type, il me laisse pas toucher à mon fric… Je peux toujours crever… Pour du demi-luxe, je vais pas m’arracher la tronche…Lui, l’autre qui s’étale dessus mais à fond. Sur mon héritage. Pas encore si mort que ça le vieux. Coriace, celui-là, il ramasse toujours plus pour lui. Et le meilleur, il veut même goûter à la chair fraîche maintenant, à MA chair fraîche…et cette chair fraîche, moi, j’en ai besoin pour mon plan de vie. »
  Le frigo, dans l’appartement, est vu comme un temple laïque de survie, quand arrive l’heure du réchauffement climatique et donc des interrogations écologiques  sur  l’envahissement des déchets, avec un ordre à recomposer de l’intérieur , alors que règne la confusion des sentiments amoureux et le chaos des foyers.
Cléante chante ainsi son amour  à sa belle :  « Marianne viens-tu avec moi/ ou restes-tu ici/ ou restes-tu chez toi ? » Et Frosine (Nathalie Bourg), anorexique réduite à manger un yaourt nature, fait la leçon aux jeunes dont elle est responsable,  sur  la tenue du ménage.

  L’inventaire scénique des situations que tous ces jeunes gens mettent en place ,compose un désordre bien vivant, mais, après une introduction en matière prometteuse, déçoit l’attente du public qui n’y trouve pas son compte: répétitions des messages et  dramaturgie qui fait du sur-place. On a seulement droit à l’illustration d’un état catastrophique du monde, façon Plus belle la vie revisitée!
  Les comédiens, certes talentueux, ne sont  pas dirigés, et chacun, comme une métaphore de l’individualisme dénoncée dans la pièce, joue sa  partition, au détriment d’un travail choral qui arrive parfois, le temps d’une chanson…
  Cléante (Lucas Partensky) a du cœur à l’ouvrage : il clame  sa colère, jetant ses mots de haine et d’écœurement en un joli concert de slam et de joutes oratoires auxquelles on adhère sans mal. Fléchette (Clément Clavel) est un fieffé bandit, un filou attachant qui voudrait bien s’attacher la belle Marianne (Charlotte Krenz), à la fois ingénue et perfide. Vali (Chloé Catrin) ajoute une note comique bien personnelle. Elise (Claire Rappin) joue, sans nuances et de son côté, une ado caricaturale de banlieue à capuche.
  Des talents sans doute en germe mais la  mise en scène ne décolle pas, par manque de direction d’acteurs, de rythme  et  de  progression dramatique,  et sans rêves… comme ces jeunes gens mélancoliques.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Commune Aubervilliers, jusqu’au 7 décembre.T: 01 48 33 16 16

 

 

Vertep de Noël

Vertep de Noël par le Vagrant Booth Theatre de Moscou

IMG_5645Si vous passez par Moscou… voilà une escale à ne pas manquer: ce  théâtre de marionnettes présente, pour la période hivernale, une pièce de trente minutes racontant la nativité de Jésus.
Cette forme, très populaire en Russie, en Ukraine et en Pologne, existe depuis le XVIIIème siècle. Un petit castelet dominé par une étoile allumée en permanence, à deux niveaux de jeu, accueille les personnages principaux: Jésus, un ange, le roi Hérode, un berger, Marie et le Diable, (un ajout de la croyance populaire).
Le spectacle est uniquement éclairé aux chandelles. Serviteur assigné à cette tâche, une marionnette de 15 cm de haut, glissant sur  un rail du plancher du castelet, vient allumer  huit bougies.
Représentation qui se révèle d’une grande poésie, et à la délicatesse de manipulation remarquable. La fable est connue… Elena Slonimskaya accompagne le récit avec des chansons sur une musique jouée sur une sorte de cithare du XIIIème siècle. Son conjoint, Alexander Gref, l’accompagne dans la manipulation des marionnettes.
Ces deux anciens chimistes ont d’autres spectacles à leur répertoire, en particulier le théâtre de Petrushka… qui est lui, beaucoup moins politiquement correct. Le Vagrant Booth Theatre, avec ce castelet, démontable pour l’itinérance, leur appartient. C’est une petite structure proche de l’esprit du théâtre Ten, (voir Le Théâtre du Blog).

Jean Couturier

 Spectacle présenté à la Nef de Pantin le 23 novembre.
http://www.booth.ru/ »www.booth.ru

http://www.la-nef.org/ »www.la-nef.org

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