Othello

Othello, variation pour trois acteurs  d’après William Shakespeare,  adaptation et mise en scène d’Olivier Saccomano et Nathalie Garraud

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©Emile Zeizig

Cet Othello que l’on a pu voir au dernier festival in d’Avignon a été pensé  pour  être joué là où il n’y a pas de lieu de spectacle, entre autres ,dans des salles polyvalentes de villages, voire même  en plein air.
Avec une scénographie qui en tient donc compte : quelques rangées de chaises en cercle libérant trois passages vers  une scène ronde!

La pièce commence doucement par un petit prologue sur l’organisation économique d’un marché, le commerce et surtout la crise, les comédiens n’entrent pas ainsi sèchement  dans leurs personnages et  les metteurs en scène ont aussi  cherché à proposer un  parallèle avec notre époque.
« A propos de cette époque,  à la charnière du Moyen Age et de la Renaissance, disent-ils, on parlerait aujourd’hui d’une crise des repères, les mutations scientifiques (Galilée), technologiques (perfectionnement de l’imprimerie et de la navigation marchande) bouleversent des hiérarchies millénaires et les perceptions spontanées qui les accompagnaient  (…) Cette équivocité des périodes de crise, nous en sommes contemporains. Il y a aujourd’hui en Europe un affect de la crise, dont la gamme va de l’inquiétude à l’angoisse, et qui, soigneusement manipulé, a toujours su produire ses effets et ses ravages. » Voilà qui pose bien la manière dont la pièce est abordée ,et qui réaffirme le côté politique de cet Othello.

Pour que cette production puisse tourner partout, il faut donc une scénographie légère et une distribution réduite; Mitsou Doudeau, Cédric Michel et Charly Totterwitz jouent ici tous les personnages et, pour  les différencier, ils usent de costumes et accessoires qui vont du plus simple (veste militaire avec nom du personnage accroché par velcro) à des déguisements plus marqués (perruques lunettes, costards et cigares).
C’est donc à gros traits, que certains personnages sont rendus: c’est un peu dommage, même si on a voulu pallier une vraie difficulté pour  les reconnaître; et on est ainsi parfois plus concentré sur le jeu des acteurs que sur  le texte de Shakespeare qui perd un peu en solennité …
La disposition en cercle oblige aussi les  comédiens à  se déplacer souvent et à aller derrière nous; cela devient même un peu systématique et tend à donner le tournis! Là encore, un peu de calme aurait pu aider à la dramatisation de certaines scènes.

Les comédiens se débrouillent bien avec cette partition difficile :  surtout Cédric Michel campe un Othello au comble de la tension dramatique;  il occupe vraiment la scène avec beaucoup de puissance et fixe le public avec détermination.
L’actualisation de cette pièce est un peu à marche forcée et ne fonctionne pas toujours malgré la bonne volonté et la justesse de l’intention; à la fin, l’Europe est symbolisée par une bâche aux étoiles, ce qui nous éloigne de Shakespeare…

C’est malgré tout une  belle idée que d’aller porter cette grande pièce, mise en scène en moins d’1h30, dans une scénographie simple et originale pour cent personnes tout au plus, et avec trois acteurs seulement. Ce qui permet sans doute  à un public éloigné des théâtres de voir enfin Othello sur une scène et de prolonger ce moment, puisque la compagnie propose toujours  une discussion  à l’issue du spectacle.

 Julien Barsan

Le 27 et 28 Novembre à la Scène Nationale d’Evreux, du 24 au 27 février au Fracas, CDN de Montluçon; du 10 au 15 mars au Centre Dramatique de la Réunion ,et du 16 au 18 mars au festival Accès Soir  à Riom

 


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