Juste avant que tu n’ouvres les yeux

Juste avant que tu n’ouvres les yeux par la compagnie Ktha

rue

Cela se passe dans la rue Notre-Dame des Victoires jouxtant la Bourse de Paris. Il y a une tente avec du thé chaud pour tout le monde,et plus loin, un camion avec des gradins à l’intérieur pour cinquante personnes; ce n’est pas le grand confort mais on est assis, et il y a même des polaires pour se protéger du vent d’automne.
Derrière le camion (19 tonnes et 12 m de long!),  trois acteurs d’abord immobiles, soit deux femmes et un homme en combinaison avec parements fluo jaune, bien éclairés par de petits projecteurs; le camion démarre et fera une fois et demi le tour du quartier Bourse à très petite vitesse.
Les comédiens qui marchent derrière le camion, regardent leur public droit dans les yeux et disent un texte qu’ils ont écrit, sur les réveils et les matinées d’un jeune couple: » Deux voix qui naissent des neuf minutes entre deux sonneries du réveil Deux voix simultanées qui parlent de la journée qui vient, la journée habituelle, le cours du quotidien, mais aussi de briser cette répétition, d’avoir le choix, de faire Ils ne disent pas exactement la même chose, les mots sont différents mais ça se comme ça me chante”. Ils ne disent pas exactement la même chose, les mots sont différents mais c’est comme ça que ça me chante. Recoupe parfois, ça créé du cœur soudain, comme si c’était un accident Qui disent tu, beaucoup  Ça n’est pas un accident, mais c’est un peu magique quand même Qui disent tu sais, tu te souviens, tu vois ce que je veux dire, toi aussi, non ? Qui décrivent le quotidien, subjectif, précis, ces petites choses que tu fais le matin,  Il y a toujours la beauté de l’habitude, la poésie de ta vie de tous les jours au réveil, comment tu fais ton café, comment tu te brosses les dents, Et puis le désir d’autre chose, de faire autrement, différent, plus fort, plus fou, plus même côté en premier, toujours, les toutes petites pensées, les tout petits gestes que   dangereux tu refais encore et encore et qui te font être toi, ou bien que tu fais parce que tu es  M’exalter toi, tu ne sais pas très bien… »

   Les comédiens continuent à marcher, tout en parlant, chose inhabituelle sur une scène; parfois le camion fait une petite pause. En alternance, ou parfois  à deux, quand l’un reste en arrière avant de les rejoindre pour une parole chorale. Ils ont une belle voix et une excellente diction, et malgré leur drôle de situation, sont tout à fait à l’aise.
En cette fin de soirée dominicale, il y a peu de circulation et donc un beau silence dans ces rues du XVIIIème siècle aux noms magiques qui les accueillent: rue notre-Dame des Victoires, Place des Petits Pères avec son église construite avec l’appui de Louis XIV, où Mozart venait souvent prier, rue des Petits Champs, Galerie Vivienne, Galerie Colbert, rue Georges Feydeau, que l’on redécouvre émerveillé. Avec des cafés ou brasseries, souvent plus que centenaires, Dédé la frite, Le Galopin, Le Grand Colbert, Le Select Bourse, Le Louis d’or.. Et des boutiques raffinées, au charme discret, comme sorties d’un livre d’images .

Les passants, tout aussi étonnés de voir ce drôle de camion, sourient et, presque tous, prennent des photos avec leur portable, une vieille dame du quartier sa baguette à la main, se retourne incrédule, une religieuse avec un habit crème aux plis impeccables, semble tout  droit sortie d’un film en costumes d’époque, quitte l’église Notre-Dame des Victoires avec un gros trousseau de clés à la main, deux amoureux saluent le public d’un grand geste en continuant à s’embrasser…
Mais une voiture suit ce drôle de convoi qui continue son chemin à la vitesse de celui d’une enterrement; le conducteur s’obstine à suivre le camion, s’impatiente et se met à hurler, finit par doubler sous les huées du public.
Le camion s’arrêtera après quarante cinq minutes de voyage. Fin  de cette aventure poétique, créée cet été au Festival de Chalon-sur-Saône et qui n’aurait pas déplu à Michel Crespin disparu le mois dernier (voir Le Théâtre du Blog)... Le texte sans doute un peu léger, n’est pas vraiment passionnant mais l’idée: un astucieux cocktail conte poétique/ballade images de la ville en travelling arrière fonctionne bien.
Que demande le peuple?

 

Philippe du Vignal

juste-avant Le spectacle, joué seulement quelquefois, sera repris du 25 mars au 12 avril 2015, programmation de 2r2c dans le 13e arrondissement (01 46 22 33 71 / reservation@2r2c.coop)

http://www.ktha.org/

 


Archive pour novembre, 2014

Inventer de nouvelles erreurs

Inventer de nouvelles erreurs, par Grand Magasin

 

 Chez eux, on trouve tout, comme dans un célèbre grand magasin qui n’existe plus, et dont la réclame suggérait que même la reine d’Angleterre pouvait y trouver sa couronne. Eux sont plus modestes :  François Hifler, Pascale Murtin, et leurs acolytes, sont plutôt intéressés par l’infiniment banal, et la riche infinie de la banalité, ou de ce qui peut paraître pauvre. Chaque spectacle est un défi, lancé par un tout petit problème, de bricolage, d’électricité, de métaphysique, dont la solution se révèle épique. Celui du jour est le suivant : «Je crois que, dans ce jardin, il n’existe pas deux feuilles parfaitement identiques », dit la princesse au noble seigneur, lequel conteste. La phrase, attribuée à Leibnitz, souligne la singularité des êtres dans le temps. Ici, cela donne un opéra pour deux sopranos pas tout à fait identiques et deux flûtes traversières de même. La partition de Tom Johnson et l’interprétation des quatre musiciennes sont un régal de délicatesse et de sérieux, donc d’humour, dans leurs variations minuscules sur cette phrase unique. Mais avant d’en arriver là, Grand magasin, les deux inventeurs d’erreurs et leur troupe, nous auront donné une leçon de pure logique sur ce qui est le semblable et le différent, l’inclus et l’exclu, et la variation. Cela consiste en un ballet de prénoms, de moustaches ou de non-moustaches, cela ressemble, en chair et en os, à un cahier de vacances pour enfants sérieux : jeux des sept erreurs, jeu du cherchez l’intrus (celui qui a une cravate de telle couleur dans un lot de cravates semblables, etc…). Aux meilleurs moments, cela ressemble aux jeux logiques de Lewis Caroll. Il y a même de « mauvais élèves » qui font vriller la déduction. Voilà : dans ce Grand Magasin, on trouve tout ce qu’on ne trouve pas ailleurs, des objets « improbables », qui n’ont pas du tout l’habitude d’être sous les projecteurs. C’est là, le paradoxe du projet, au cœur de l’art contemporain : placer des événement minimes ou ordinaires en pleine lumière, non pour les donner à voir, ce qui serait trop simple, mais pour les donner à regarder, ce qui demande un petit effort. Nous avouerons que cette logique pour les nuls nous a lassés au bout d’un moment, mais que le délicieux opéra avec costumes de princesse kitsch et pailletés nous a réconciliés avec elle. À voir pour ceux qui adorent le non-sens (lequel en a beaucoup) et les jeux de l’L’OuLiPo, Ouvroir de littérature potentielle…

 

Christine Friedel

T2G Gennevilliers-Festival d’automne, jusqu’au 15 novembre. T: 01 41 32 26 

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La Mission

La Mission de Heiner Müller, traduction de Jean Jourdheuil et Heinz Schwarzinger, mise en scène de Michael Thalheimer

imageDans une pénombre grise, tourne une grande roue, interminablement, sur une musique répétitive obsédante. Roue du destin, de l’Histoire, elle pénètre jusqu’aux tréfonds du plateau d’où elle exhume, successivement, les comédiens avant de les jeter sur scène. Devant ce mécanisme implacable à la régularité d’horloge, s’agite un homme aviné, rongé par on ne sait quel remord, avant que ne lui apparaisse un ange : « Je suis l’ange du désespoir, je distribue l’ivresse… l’oubli… ».  Cependant, Dubuisson ne peut oublier la mission, désormais avortée, que lui a confiée la toute nouvelle République française, en l’envoyant en Jamaïque, «honte des Antilles», pour fomenter le soulèvement des esclaves contre le royaume d’Angleterre. Dubuisson (Charlie Nelson), propriétaire esclavagiste converti à la cause révolutionnaire, est accompagné de deux autres commissaires: un paysan breton, Galloudec (Claude Duparfait)  et un Noir, Sasportas (Jean-Baptiste Anoumon). Pour tromper l’ennemi, les trois compères avanceront masqués et affublés de faux-semblants ou plutôt, leurs masques, ici, ce sont leurs visages découverts. Ce choix illustre bien l’art du paradoxe cher à Heiner Müller : «La révolution est le masque de la mort, la mort est le masque de la Révolution», tel est le leitmotiv sinistre qu’il fait répéter à ses protagonistes. A peine sont-il arrivés dans l’île que «la France s’appelle Napoléon» : le projet fait faillite quand Bonaparte proclame le maintien de l’esclavage. Dubuisson sera le seul survivant de cette aventure,  ses camarades  ont été massacrés et l’interpellent d’outre-tombe. Les fantômes du passé le hantent: ses deux compagnons resurgissent en cauchemars pour rejouer l’échec d’une révolution. Il revit sa trahison dans toute son horreur (mais quel autre choix avait-il ?). Michael Thalheimer, dont on a pu apprécier l’an dernier, dans ce théâtre, la mise en scène de Combat de nègre et de chiens, reprend la même distribution et s’intéresse à une thématique voisine. Il a conçu un dispositif scénique qui s’apparente à une image mentale mouvante où, comme dans un rêve, toute liberté spatio-temporelle est permise. Il se prête donc à un jeu de théâtre dans le théâtre, comme la scène Danton-Robespierre, présentée sous forme de cabaret grotesque. Ou encore le mystérieux épisode de l’homme dans l’ascenseur qui, du coup, s’insère bien dans le spectacle, même s’il n’a rien à voir avec la mission de Dubuisson. Mais dommage, proférée en allemand, cette histoire surréaliste d’employé de bureau s’égarant dans la campagne péruvienne nous échappe partiellement, malgré les surtitres. Malgré la sobriété et la justesse de la scénographie, et un parti-pris d’onirisme, on regrette certaines surcharges qui embrouillent plus qu’elles n’éclairent le spectateur, entraîné dans cette fable complexe et souvent opaque. Ces excès donnent souvent à l’interprétation des comédiens un  tour inutilement démonstratif… Restent le plaisir d’entendre la très belle langue d’Heiner Müller, empreinte de poésie et merveilleusement traduite et de suivre une fable qui résonne encore aujourd’hui, dans tout son pessimisme, au sein de nos démocraties essoufflées ou des printemps arabes. « La révolution fatigue», confesse Dubuisson. « Je ne cherche pas à fourguer de l’espoir, je ne suis pas un dealer », disait Heiner Müller.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline, jusqu’au 30 novembre T: 01 44 62 52 52 ; www.colline.fr

 

Soirée Malandain

 Soirée Malandain, chorégraphie de Thierry Malandain

imageThierry Malandain et son Ballet de Biarritz ont choisi l’écrin du Théâtre Victoria Eugenia pour présenter trois créations. Ce théâtre historique (1912) de Donostia-San Sebastián (qui vient d’être élue, avec Wroclaw, capitale  culturelle européenne de la culture pour 2016) a été rénové en 2007 et depuis, est devenu, avec le Ballet de Biarritz, un centre chorégraphique transfrontalier qui bénéficie de fonds européens.
La première pièce de cette soirée, Silhouette, un solo interprété avec précision par Frederik Deberdt, sur une musique pour piano de Ludwig van Beethoven, permet d’admirer toute la technique de ce danseur : quatre barres au sol délimitent son espace, un «jardin d’enfants» qu’il prend  plaisir à occuper.
La seconde pièce (28 minutes),  avec la musique de cinq des vingt-et-un Nocturnes de Frédéric Chopin,  impulse chez les interprètes des gestes précis, qui proviennent d’une base d’enseignement de danse classique évidente. Chacun des vingt danseuses et danseurs, seul, en duo, ou par petits groupes, apparait dans un rayon de lumière traversant la scène de cour à jardin.  Sans doute un peu trop présente, la musique a tendance à écraser de sa puissance nostalgique le mouvement des interprètes. C’est un risque quand on choisit une telle œuvre.
Estro, la troisième pièce, est d’une beauté exceptionnelle. En associant un des douze concertos pour violons de L’Estro Armonico d’Antonio Vivaldi et des extraits de son Stabat mater, Thierry Malandain imagine une danse légère et ludique (on imagine les danseurs, tous très bien dirigés, évoluant dans les bosquets des jardins royaux de Versailles); mouvements et postures deviennent plus solennels, quand la Pietà du Stabat mater, la belle Irma Hoffren, accueille dans ses bras le corps de son fils crucifié (Arnaud Mahouy).
« En ouvrant à une joie intime, dit Thierry Malandain, Vivaldi permet d’approcher les cimes de l’être ». Il le fait avec une tendre  douceur qui traduit sa belle sensibilité, et c’est très réussi.

Jean Couturier

Teatro Victoria Eugenia Antzokia, Donostia-San Sebastián, les 8 et 9 novembre; puis du 7 au 9 décembre et  Opéra de Reims, du 14 au 16 novembre.

www.malandainballet.com donostiakultura.com   

         

Comment vous racontez la partie

Comment vous racontez la partie, texte et mise en scène de Yasmina Reza

 image  Nathalie Oppenheim,  écrivain, lauréate du prestigieux prix Germaine Beaumont, arrive à Vilan-en-Volène, une petite ville où elle a été invitée à lire des extraits de son dernier roman Le Pays des lassitudes. Ce qu’elle a accepté sans trop savoir pourquoi… Et c’est Roland Boulanger, un grand et beau jeune homme, responsable culturel, qui a pour mission de l’accueillir dans la salle polyvalente où elle va être interviewée par Rosanna Ertel-Keval, née pas loin d’ici, et devenue depuis une journaliste littéraire reconnue.
La romancière connaît  l’exercice, mais cela se voit tout de suite, n’est pas vraiment à son aise et fuit habilement les questions et, comme la journaliste est plutôt du genre mordant et la pousse souvent dans ses retranchements avec un humour glacial, la rencontre tourne vite à l’affrontement et au match de ping-pong, où chacun s’efforce de gagner la partie. L’ego des deux femmes va donc en prendre quelques coups..
Pendant ce temps-là, le beau Roland semble compter les points… C’est évidemment une  caricature de ces rencontres littéraires, destinées au grand public où il y a toujours un(e) méchant(e) de service pour pimenter un peu les choses. Le public étant ici celui d’une émission de télévision, c’est à dire, on ne l’aurait jamais deviné! celui du Rond-Point… Yasmina Reza n’a pas dû aller chercher très loin dans ses souvenirs pour évoquer cet « entre-nous », ce milieu bcbg typiquement parisien, même si les choses se passent ici dans une petite ville de la France profonde.
Les acteurs, Zabou Breitman l’auteure, Romain Cottard (le responsable culturel) et Dominique Reymond (la journaliste) sont  tout à fait crédibles, et vraiment excellents, et Yasmina Reza a eu au moins l’intelligence de les choisir. Mais pour le reste… ce qui aurait pu faire un sketch amusant de vingt-cinq minutes maximum, n’en finit plus de finir, et on a l’impression que Yasmina Reza tire à la ligne, ce qui est toujours  désagréable au théâtre… où le public est pris en otage. Bref, pas du tout la bonne durée, et pas non plus le bon espace: ce qui conviendrait à la rigueur à une petite scène, est ici perdu dans la grande salle du Rond-Point.
Et, comme la mise en scène est statique – les personnages, face public,  ne bougent guère de leur fauteuil- et pas vraiment finaude, (Yasmina Reza aurait mieux fait de la confier à un vrai professionnel qui aurait peut-être?  réussi à sauver la situation), ces dialogues mondains, avec petites phrases fielleuses et règlements de compte à la clé, sont drôles au début mais, plus que longuets, distillent vite un ennui de qualité.
Enfin c’est rassurant, les spectateurs ne sont pas dupes: il y en a quelques-uns, et c’est rare au Rond-Point, qui prennent courageusement le chemin de la sortie. Rassurez-vous, Nicolas Sarkozy  et sa Carlita trouveront cela très bien, François Hollande aussi.
Ensuite, arrive le maire de Vilan-en-Volène (Michel Bompoil, en alternance avec André Marcon, tout aussi excellent que ses camarades) qui retrouve sa vieille copine journaliste dans la sinistre et minable salle
polyvalente aux plafonniers  de tubes fluo,comme on en construisait encore dans les années 70. (Beau décor de Jacques Gabel). Cela anime un peu le plateau, et tous se mettent à danser et à chanter sur l’air de Nathalie de Gilbert Bécaud…
C’est divertissant mais bon, comment être vraiment concerné par ces batifolages? Le mal est fait, et on quitte la salle assez exaspéré par autant de complaisance d’écriture, et de flou dramaturgique. Même si, comme dit la feuille-programme, « les œuvres théâtrales de Yasmina Reza sont adaptées dans plus de 35 langues… et jouées à travers le monde  » (sic!), elles ne nous ont jamais vraiment passionné, et celle-ci ne nous fera pas changer d’avis…
En fait, tout se passe comme si le nouveau boulevard était arrivé, et comme si Yasmina Reza auteur/metteur en scène nous conviait, une fois de plus, à voir de très bons comédiens interpréter un semblant de texte à l’élégance française, une sorte de sous-sous Guitry; et donc, à moins de n’être vraiment pas trop difficile, pas la peine de perdre une soirée… Comme disait le grand Miguel de Cervantès: « Où il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Sans doute, mais ici on voit mal comment ce Comment vous racontez la partie pourrait se bonifier avec le temps!

Philippe du Vignal

 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-D.-Roosevelt, Paris, jusqu’au 6 décembre, puis en tournée. T : 01 44 95 98 21. theatredurondpoint.fr     

Hamlet par le collectif La Jacquerie

 

imageDanemark la Tragédie d’Hamlet de William Shakespeare, traduction de Pascal Collin par le collectif Jacquerie, adaptation et mise en scène de Joan Bellviure

 Après la disparition l’an passé d’Alain Mollot, metteur en scène et fondateur du Théâtre de la Jacquerie qui était implanté à Villejuif depuis 1985, son équipe a décidé de poursuivre son action et de constituer le Collectif Jacquerie, mené par Joan Bellviure, Véronic Joly, et par Laurence Clauzel, son administratrice.   Nous sommes dans une salle de sports contemporaine; les acteurs s’agitent autour d’une table de ping-pong où l’un d’eux, allongé en travers, sert de filet; sur des musiques des années 70, ils placent des chaises de cuisine d’aujourd’hui, et recouvrent la table d’une nappe blanche pour le repas de noces de Gertrud et  Claudius, le frère assassin du défunt roi, père d’Hamlet.   Un  grand portrait de Claudius est déployé qui narguera Hamlet jusqu’à l’issue fatale de la tragédie. Hamlet renverse la table, au moment où il est invité par son oncle à le considérer comme son nouveau père, puis disparaît derrière  son portrait : «Notre époque est détraquée, ô maudite fatalité qui m’a fait naître pour la remettre en marche !».   Polonius s’agite, pendant que Rosencrantz et Guildenstern jouent au golf, Hamlet en cravate et caleçon, feint la folie  puis met son pantalon que lui apporte Polonius. Hamlet a décidé, comme on le sait, de démasquer le meurtrier en faisant interpréter par une troupe de comédiens en visite au château, le meurtre de son père par Claudius. « Nous sommes tous de parfaits salauds, dit-il, ne crois aucun d’entre nous ! ».   Il y a ici une étrange  fusion entre l’époque élisabéthaine, avec des objets et des costumes quotidiens, et la nôtre, avec un texte qui résonne de toute la violence d’aujourd’hui. Sept acteurs seulement endossent avec rapidité les costumes des différents personnages. Les images,à la fois tragiques et comiques, réussissent à nous faire réfléchir. »La victoire obtenue par la violence, disait Gandhi, équivaut à une défaite, car elle est momentanée ». Un pari difficile de dramaturgie et de mise en scène qu’ont réussit Joan Bellviure et le collectif de la Jacquerie…

Edith Rappoport

Théâtre Romain Rolland de Villejuif, Salle Églantine jusqu’au 17 novembre, les jeudi et vendredi à 20h30, les samedi et lundi 19h e dimanche à 16h. T: 01 49 58 17 00, www.trr.fr       

Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Laurent Brethome

 

©Philippe Bertheau

©Philippe Bertheau

Les pièces de jeunesse de Molière sont des farces: La Jalousie du Barbouillé, Le Médecin volant, puis l’acteur et dramaturge, devenu trésor national, se consacre au genre plus raffiné et donc moins populaire de la comédie, avec les grandes pièces qui firent toute sa gloire: Tartuffe, Le Misanthrope, L’Avare, Les Femmes savantes, etc…  En 1672, peu avant sa mort, malade, il  retourne aux passions de sa jeunesse : amour de la vie, de la joie et du peuple. Les Fourberies de Scapin sont comme un dernier hommage au maître de ses débuts, Tiberio Fiorelli, chef des Comédiens Italiens.
  En l’absence de leurs parents, le jeune Octave s’est marié en secret avec Hyacinthe, jeune fille pauvre au passé mystérieux; son ami Léandre, lui, est tombé amoureux de Zerbinette, une Égyptienne. Mais les deux fils sont désemparés à l’annonce du retour de leurs pères, Argante et Géronte qui ont des projets de mariage pour eux…
Mais heureusement, Scapin, le valet facétieux de Léandre se pose en sauveur pour faire triompher l’amour et la jeunesse. Manigances, mensonges et roueries: Scapin mord dans la vie avec gourmandise pour soumettre les vieux barbons à sa volonté.

 Laurent Brethome, comédien et metteur en scène de trente-cinq ans, a été séduit par ces Fourberies de Scapin, magnifique machine de théâtre et de langage, où la fable sociale joue des masques familiers à nos codes contemporains : hypocrisie, indécence, naïveté et insolence. Avec sa troupe de comédiens, dont Jérémy Lopez, ( Scapin), pensionnaire de la Comédie-Française, le metteur en scène organise la scène comme le plateau d’un port maritime à Gênes, avec ses docks façon Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès.
  Dans un univers sombre et mal famé, où errent des figures esseulées et peu policées de notre temps, silhouettes adolescentes et cadors en jeans ou pantalons de sport à capuche, qui ont la répartie et le couteau faciles.Courant et fuyant sans arrêt, ces ombres se glissent dans les coins, inaccessibles aux représentants de l’ordre et de la sécurité.
  Du côté des jeunes, ce sont les valets au corps souple qui, pour un temps, sont les maîtres:  prouesses physiques, art de l’esquive et de la disparition, tensions et violences qui naissent aussitôt. Du côté des pères abusifs, il y a peut-être moins de figures sportives, mais à peine! Ceux qu’on veut déposséder ne se laissent pas faire si aisément; retors, méprisants et roués, ils font aussi preuve d’agilité et d’invention, et résistent aux assauts des jeunes et à l’éclat d’une raison plus incisive.
  Mais ces pères sont aussi fourbes que le valet de leurs fils, et on ne les trompe pas facilement. Quant à ces histoires d’argent (il ne s’agit que de cela!), elles indisposent les jeunes filles, et Zerbinette l’Égyptienne, offre au public un morceau de moquerie et de bravoure bien plaisant, sur le thème de l’avidité des pères et  de l’impuissance des fils.
  Les comédiens composent une galerie de beaux et jeunes rebelles, identifiables d’emblée, graines de mauvais garçons peu courageux, que seul, Scapin, roublard, gourmand jamais rassasié, sait tirer de l’enlisement… Sauts depuis le haut des docks, courses effrénées, menaces: la pièce tourne au polar noir mais dosé d’un bel humour.
Pas une minute d’ennui ni d’instant gaspillé…

 

Véronique Hotte

 

Théâtre Jean Arp de Clamart,  jusqu’au 15 novembre. T: 01 41 90 17 02

 

Rivesaltes-Fictions/Question suivante

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Rivesaltes-Fictions/Question suivante  de Vincent Bady.

Vincent Bady, comédien, dramaturge et metteur en scène, a écrit, avec le soutien du Centre national du livre, un triptyque sur l’accueil des étrangers en France. La troisième pièce, Rivesaltes-Fictions/Question suivante, qui vient de recevoir le prix des Journées de Lyon des auteurs de théâtre) est un parcours à travers l’histoire, peu glorieuse pour la France, du camp de Rivesaltes (Pyrénées orientales), où passèrent des  milliers de personnes « indésirables ».
Dans ce « Centre d’hébergement pour les familles »,  que l’on a systématiquement séparées dès leur arrivée,  il y avait des républicains espagnols fuyant le franquisme, des expulsés de l’Allemagne nazie, des Tziganes et, bien vite, des familles juives arrêtées en zone libre par la police de Vichy.
En 1945, on y parqua aussi des prisonniers de guerre et des collabos et, en 1962 on y entassa environ 8.000 harkis fuyant l’Algérie désormais indépendante. Devenu centre de rétention administrative pour des étrangers sans papiers, jusqu’à sa fermeture définitive en 2007, le lieu est maintenant devenu, en partie du moins, un champ d’éoliennes.
Dans le flux des migrations actuelles, l’accueil des étrangers est un problème crucial. Peut-on se contenter de parquer des êtres humains, ou cherche-t-on à les accueillir, et comment? Pour Vincent Bady, cette radiographie du camp de Rivesaltes permet d’analyser le passé, d’en constater les injustices et les échecs, afin d’essayer d’en corriger le présent et d’interroger le futur.
Rivesaltes-Fictions/Question suivante s’appuie sur des documents d’archives, des extraits de discours officiels mais aussi des scènes de genre comme on le dit pour la peinture d’un moment de caractère familier ou anecdotique, avec des personnages souvent populaires.
Ainsi, l’arrivée de Zohra, partie du Djurdjura avec son petit garçon pour rejoindre son mari, interné dans le camp avec d’autres harkis qui avaient choisi la France plutôt que le Front de Libération National. Ainsi, une famille juive, en transit à Rivesaltes, avant d’être  envoyée vers les camps de la mort, via Drancy…
Chaque situation est soulignée par le discours inhumain d’un préfet, sûr de la bonne conscience de l’administration; de courtes scènes, comme des flashes, apportent habilement distanciation et fantaisie. Sur le plateau utilisé dans toute sa longueur,  il y a juste quelques éléments de décor pour situer les différentes scènes, jouées par deux comédiens: Vincent Bady, «arpenteur de mémoire », silhouette massive, souvent affaissée sous le poids du malheur, sauf quand il incarne des préfets au sourire figé.
Martine Lechevallier, au jeu très naturel, incarne, elle, des jeunes filles juives, victimes désignées, comme la frétillante Miss météo, ou une journaliste qui, à chaque époque, pose des questions dérangeantes auxquelles on ne répond que par stéréotypes.
C’est une démonstration efficace, un théâtre de l’urgence qui fait réagir immédiatement le public et permet, après chaque représentation, d’instaurer un dialogue avec  lui.

Elyane Gérôme

 

Nouveau Théâtre du 8è (NTH8), 22 rue du Commandant Pégout, Lyon. T: 04 78 78 33 30, les 12, 13 et 14 novembre à 20h.

By Heart

BY HEART, /Mundo Perfeito, performance de Tiago Rodrigues

image Tiago Rodrigues, jeune metteur en scène portuguais, qui vient d’être nommé directeur du Théâtre national de Lisbonne, nous raconte une histoire : celle de sa grand-mère qui, devenue petit à petit aveugle, demanda à son petit-fils de lui choisir un livre qu’elle pourrait apprendre par cœur. C’est, en fait, le point de départ de cet étonnant « bricolage » que n’aurait pas désavoué Claude Lévi-Strauss.
Le jeune metteur en scène portugais qui a collaboré plusieurs fois avec la fameuse compagnie belge Stan, réalise ici un performance individuelle en même temps qu’un spectacle peu courant, à la fois, simple, beau et d’une grande intelligence.
Rien sur le plateau que dix chaises en demi-cercle, et des cageots pleins de livres. Il demande simplement, avec beaucoup de gentillesse (et cela marche) à dix spectateurs – ce soir-là sept femmes et trois hommes- de venir le rejoindre pour leur faire apprendre par cœur le merveilleux mais difficile sonnet n° 30 de Shakespeare:
« Quand je fais comparoir les images passées
Au tribunal muet de songes recueillis
Je soupire au défaut des défuntes pensés
Pleurent de nouveaux pleurs les jours trop tôt cueillis
Des larmes oublieux, mon œil alors se noie
Pour les amis celés dans la nuit de la mort
Rouvre le deuil de l’amour morte s’apitoie
Au réveil sépulcral des intimes remords
Je souffre au dur retour des tortures souffertes
Je compte d’un doigt las, de douleur en douleur
Le total accablant des blessures rouvertes
Et j’acquitte à nouveau ma dette de malheur
Mais alors, si mon âme, Ami, vers toi se lève
Tout mon or se retrouve et tout mon deuil s’achève »

puis de le dire à la fin, (avec juste deux vers par personne) dans une lecture chorale. Ce qui est loin d’être évident, la traduction en français n’étant pas des meilleures!
Mais les lecteurs d’un soir et le public sont enthousiastes devant cette expérience qui a sa part de tristesse. Ce que nous rappelle  Tiago Rodrigues, puisqu’il s’agit, comme l’avait fait l’épouse d’Ossip Mandelstam (1891-1938) avec les poèmes de son mari (farouche opposant à Staline et qui le paya de sa vie dans un camp), de garder intact un texte, même si sa trace écrite arrivait à disparaître à jamais.

Et c’est probablement, ce qui est ici le plus impressionnant et aussi le plus émouvant avec le formidable récit sur la fin de la vie de sa grand-mère, visiblement une femme exceptionnelle, qui trouva dans la lecture, une foi personnelle. C’est aussi une sorte d’acte de résistance absolue  contre l’oubli que Tiago Rodrigues veut  faire partager au public.
Cet excellent acteur, avec l’air de ne pas y toucher, sait mettre à l’aise ses collaborateurs d’un soir qui lui obéissent scrupuleusement. Et dès qu’il les dirige, ou qu’il lit des lettres à sa grand-mère, extraits d’œuvres de Ray Bradbury, George Steiner ou Joseph Brodski, il a une telle flamme intérieure, une telle force de de conviction que le public est absolument fasciné. Vraiment un beau travail, comme on aimerait en trouver dans cette rentrée un peu difficile où les spectacles sont si souvent tristounets!
On ressort du Théâtre de la Bastille, tout regaillardi, loin des ennuyeux dialogues de Madame Yasmina Reza, tout heureux aussi d’avoir partagé ce beau moment d’intelligence et de sensibilité… Le théâtre, nous rappelle Tiago Rodrigues, cela se partage vraiment, sinon à quoi bon…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille  à 19 h jusqu’au 14 novembre T: 01 43 57 42 14.

 

Go down, Moses

Go down, Moses, mise en scène de Romeo Castellucci

 

  

©Luca del Pia

©Luca del Pia

Nous avons tous en tête le gospel de Louis Armstrong qui berça notre enfance : « Go down Moses / Way down in Egypt land / Tell all Pharaohs to / Let my people go». Cet appel à Dieu qui nomme Moïse, le Pharaon et le peuple juif ne concerne pas seulement les Juifs d’il y a vingt-huit siècles. ce gospel, réactualisé par les soubresauts de l’Histoire noue un lien avec celle du peuple juif mais aussi celle des Afro-Américains appelant à se libérer de l’esclavage. Nous aussi, sommes soumis à des enchaînements existentiels divers, comme si nous étions «exilés de notre être» dans un égarement et une errance irréversibles.
Romeo Castellucci, plasticien d’origine, qui a aussi conçu les décors, lumières et costumes du spectacle, est habité par ces visions et ces rêveries universelles qui constituent ainsi la mémoire incontournable de notre civilisation théologique et culturelle, avec ses ramifications socio-politiques contemporaines.
Moïse, avec l’aide de Dieu, a des pouvoirs extraordinaires : il sépare les eaux de la Mer rouge pour sauver le peuple hébreu,  eaux qui vont se refermer sur l‘armée égyptienne qui le poursuit. Moïse fait aussi surgir une source d’un rocher. Soit une « image incroyable de la puissance de Dieu », son bras, son soutien, un poids de gloire et de pouvoir que le Pharaon puis Dieu menace.
Cette recréation plastique, visuelle et sonore de la Création que propose le visionnaire et prophétique Castellucci, dépasse toutes les attentes, et le spectacle est  comme bousculé par un grand souffle, avec une audace inouïe, une vague venue des tréfonds des origines et de la mythologie. Certes, nous ne verrons pas de nourrisson logé dans une corbeille de papyrus descendant au gré du vent, dans les remous du Nil.
Mais, dans une scène hyperréaliste, une femme accouche seule dans les toilettes d’une  brasserie  bruyante,  perdue dans son sang qui n’en finit pas de couler de sa chair fragilisée. Un voile de tulle atténue cette vision sur-éclairée,  comme une vignette de cauchemar logée à jamais dans l’imaginaire.
Puis, lui succède une scène où un conteneur, rempli à ras bord des détritus de nos temps, laisse surgir des cris d’enfant que l’on devine enfermé dans un sac de plastique noir. Vision d’enfer. Puis, viennent l’ interrogatoire par la police de la mère hagarde qui sera  ensuite médicalement observée au scanner, après qu’elle ait parlé d’un abandon d’enfant sur le Nil…
Il y a aussi une image initiale, entêtante et hypnotique dont nous n’avons pas encore parlé, et qui revient  une seconde fois, énigmatique et évocatrice pourtant: un long cylindre ronflant qui tourne et reçoit d’en-haut – du Ciel ? – une chevelure qui tourne à toute vitesse, enroulant une chevelure, celle peut-être de  la jeune femme qui  accouche  dans les toilettes. Est-ce une allusion aux restes des morts délibérément et tragiquement données ?
Romeo Castellucci n’a pas cherché son inspiration dans le Quattrocento mais dans les peintures pariétales  de Lascaux. Et nous pénétrons alors, comme des invités directement concernés, dans les méandres confus, brumeux et légèrement colorés de la mémoire et de l’imaginaire, un univers d’êtres primitifs, où  vit un couple  qui enterre son enfant mort, avant de s’accoupler pour vivre encore.
Et la mère primitive, qui voudrait qu’on l’aide, laisse les traces de ses mains terreuses et ensanglantées sur le voile qui cerne la grotte : apparaissent alors les lettres d’un SOS sans réponse…
Un appel à la sauvegarde de notre humanité ébranlée ? Ce spectacle offre au public de fortes images de la pensée.

 Véronique Hotte

    Nous n’avons pas eu le même choc émotionnel que Véronique, c’est le moins que l’on puisse dire! Il y a au début, un gros cylindre tournant horizontalement, qui enroule une grosse touffe de cheveux descendue des cintres. C’est une sorte d’installation plastique bien éclairée, tout à fait remarquable, et qui serait à sa place dans n’importe quel musée ou centre d’art contemporain, et visiblement inspirée de l’art minimal, mais… on  se demande bien ce qu’elle vient faire ici. Romeo Castelluci a été élève d’une école d’art, et cela se voit.
Il y aussi une scène, absolument muette et formidable de vérité et d’intensité. Même si le bruitage n’est pas de qualité de l’image. Tant qu’à faire dans l’hyperréalisme, il aurait mieux valu que ce soit impeccable, et c’est loin de l’être. Mais cette scène – trop longue- de cette jeune femme dégoulinante de sang qui accouche toute seule dans ces toilettes sinistres,  n’est pas de celles que l’on oublie…
  Ensuite, il y a sur le plateau nu, un scène avec un conteneur à ordures qui pourrait aussi sortir tout droit d’une toile hyperréaliste américaine, et on entend juste les cris d’un bébé sans doute enfoui dans un sac en plastique. Puis il y a l’interrogatoire de cette jeune mère enveloppée dans une pauvre couverture, dans un commissariat où les policiers essayent de lui faire dire où elle a déposé son nouveau-né pou pouvoir le sauver à temps.  Alors qu’elle est dégoulinante de sang? Sans passage par la case hôpital? Là aussi, quitte à faire dans le réalisme, autant le faire bien, et jusqu’au bout.
 Tout cela rend ce théâtre d’images, pour ne pas dire d’imagerie, des plus suspects, d’autant que le texte, pondu par Romeo Castelluci et son épouse, n’est pas du du bois dont on fait les flûtes. Il y a comme de la tricherie dans l’air… Un peu comme chez Bob Wilson avec Les Nègres de Jean Genet (voir Le Théâtre du Blog) mais pour d’autres raisons. Et on a comme l’impression que le metteur en scène nous fait payer cher ses quelques belles images du début.
Les choses en effet ne s’améliorent guère et nous avons droit à une grande grotte préhistorique, très bien réalisée sur le plan plastique mais dont les scènes qui s’y passent, n’offrent pas la plus petite émotion… Alors qu’on est bouleversé, juste par une empreinte de pied d’adolescent, figée pour l’éternité dans la boue,  comme à Pech-Merle (Lot), une de grottes fouillées par le grand André Leroi-Gourhan.

En fait, on ne voit pas bien où le metteur en scène veut nous emmener, et tout se passe comme s’il nous offrait une ballade artistique dans la préhistoire, après  nous avoir livré quelques considérations sur l’histoire de Moïse. Mais sans parvenir à établir un véritable unité entre un texte assez faible et sa production d’images. De sorte que cette heure vingt, passée dans une demi-obscurité, engendre inévitablement un profond ennui, puisqu’il n’y a aucun espoir.
Nous vous épargnerons la description des petits incidents techniques qui ont émaillé le spectacle, ce qui n’est guère admissible, compte-tenu des moyens mis à la disposition du metteur en scène. Quant au salut final des comédiens, comment le qualifier autrement que de dégueulasse…
Bref, un spectacle, assez prétentieux, où il y a quelques belles images mais qui reste bien décevant… Le public ne n’y est pas trompé et les applaudissements ont été assez frileux.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville, Paris,  à 20h 30 jusqu’au 11 novembre.

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