Le Goût du faux

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Le Goût du faux et autres chansons, mise en scène de Jeanne Candel

 

 Jeanne Candel, avec sa compagnie de la Vie brève, a l’art d’accomplir un travail rare de recherche et de laboratoire. Figure emblématique mais discrète et sûre, la metteuse en scène, à l’écoute des uns et des autres qui se révèlent être sur le plateau des personnalités  singulières, tisse en aparté une toile solide et d’un fil précieux.
Elle fabrique la matière arachnéenne d’un spectacle fin et léger, qui avance en compositions éclatées, et constructions post-dramatiques, sans situations identifiables ni personnages de pièce classique. Les acteurs, impliqués dans le processus d’écriture, improvisent durant les répétitions, ou bien inventent des scènes à part, qu’ils partagent ensuite avec le groupe.
Après la découverte, entre autres, de Robert Plankett (2010)  (voir Le Théâtre du Blog), de Some kind of monster (2012) et depuis la révélation du Crocodile Trompeur/Didon et Énée d’après l’opéra d’Henry Purcell et d’autres matériaux avec Samuel Achache, pour lequel elle reçut le Molière du théâtre musical 2014, Jeanne Candel compose ses spectacles avec  de la musique.
Dans Le Goût du faux et autres chansons, les comédiens sont aussi musiciens: ainsi, la brune et élégante Juliette Navis revient régulièrement jouer au piano; on la voit de dos quand elle marche, la longue traîne de sa robe retenue par une machine à coudre, dont le mécanisme fait résonner le sol. On reverra plus longuement Juliette Navis, cette fois en animatrice décidée, robe longue moulante scintillante, et micro à la  main, interpellant en anglais le public dont elle raille les connaissances approximatives de la langue de William Shakespeare…
Quant à la blonde Sarah Le Picard, chanteuse de la petite formation orchestrale, elle est aussi une intervieweuse ironique en tenue de fêtes de fin d’année; installée dans le haut de la salle, micro en main, elle pose des questions à deux cosmonautes russes en mission qui communiquent avec la Terre, par caméra et écran interposés. Peu loquaces, ils semblent bien se porter, attachés à leur siège, mimant gestes et poses physiques étranges,  jambes et bras en lévitation.
Auparavant, une comédienne facétieuse, en robe moulante et seins dénudés, intrépide et un rien gouailleuse, se met à danser furieusement, puis qui se retrouve en petite tenue sous une toile plastique qui recouvre le plateau, mimant le monstre du Léviathan perdu, et évoluant dans les eaux profondes de son lac. Elle réapparaîtra à d’autres moments, les mains bleuies comme des gants.
Un couple semble vivre des moments difficiles: elle, vive et dynamique, et lui, écrivain en souffrance, plutôt passif et dépressif. Femme d’affaires, elle lui propose un nouveau départ professionnel et artistique pour eux deux en Amérique latine mais il décline son offre…
Une autre femme, dans sa cuisine, prend sa tête pour un morceau de viande et, avant de le mettre  au four, elle jette, debout sur la table, des épices sur sa chevelure, et se met du persil dans les oreilles. On revoit régulièrement des situations qu’on a pu saisir çà et là dans le spectacle, et les saynètes s’entrecroisent, délicates et élaborées avec soin, et composent la belle toile initiale qu’on pressentait, légère et évanescente.
Cela dit, on aurait aimé que toutes ces improvisations, fort riches et subtiles quand elles sont créées sur le plateau mais qui s’étirent, puissent offrit au public un peu plus de sens qui, même s’il s’amuse et rit, semble attendre davantage de ce  Goût du faux et autres chansons

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Cité Internationale, avec le Festival d’Automne, jusqu’au 13 décembre. T : 01 43 13 50 50 / 01 53 45 17 17.

 


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