Dans la République du bonheur de Martin Crimp

Dans la République du bonheur de Martin Crimp, texte français de Philippe Djian, mise en scène d’Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo

   republique3L’auteur britannique est  bien connu chez nous depuis longtemps,  mais Dans la République du bonheur, de la veine de ses nombreuses pièces qu’on a vues en France, comme Getting Attention (1991), Atteintes à sa vie (1997), La Campagne, Le Traitement (2000), Tendre et cruel (2003), etc…  est l’une  dont les  dialogues sont  les plus virulents…
Et on y retrouve des éléments de La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht. Soit un grand repas de famille à Noël (cadeaux bien emballés sous le sapin, grande table pour dix avec nappe blanche immaculée, couverts en argent, verres en cristal, mets luxueux, etc…Mais, comme dans un rituel bien organisé, même si les apparences sont sauves, on  sait déjà que les soldats se sont déjà mis  en ordre de bataille, et les lance-roquettes aussi.
En effet le repas de fête va vite tourner au règlement de comptes en bonne et due forme, entre le père, la mère, leurs deux filles, les deux grands-parents, puis l’oncle et sa compagne  venus  annoncer leur prochain départ pour un pays étranger, et pas les derniers à entrer dans ce jeu de massacre d’autant plus féroce qu’inattendu. C’est d’un humour des plus noirs, où chacun,  n’a plus à attendre le moindre cadeau de l’autre, et d’autant plus que c’est un proche,…
Pour le plus grand plaisir des comédiens (tous impeccables et très crédibles):Katell Daunis, Claude Degliame, Marcial Di Fon
zo Bo, Kathleen Dol, Frédérique Loliée, Pierre Maillet, Jean-François Perrier, Julie Teuf, comme les bons  musiciens, Étienne Bonhomme, Baptiste Germser, Antoine Kogut, et pour celui du public.
Dialogues brillamment écrits par un Martin Crimp virulent, et très à l’aise pour enfoncer le clou là où cela fait mal mais avec beaucoup d’élégance, mise en scène et l direction d’acteurs
d’Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo très au point: on rit devant tant de vacheries aussi subtilement proférées…
Puis le décor de la salle à manger grande bourgeoise disparait pour laisser place à une scène presque nue où les personnages de la première partie se livrent les uns après les autres, et avec beaucoup d’énergie, à une sorte d’auto-justification, à partir de leur ressenti personnel, et de leur identité
où ils disent leur volonté de demeurer libres de leurs allers et venues, à l’écart de leur famille, tout en ayant bien conscience qu’on ne s’extrait pas facilement d’une faille, d’un  groupe humain (entreprise, famille, club, etc…) quelles qu’en  soient les contraintes au quotidien. La pièce finira dans une sorte d’espace mental au climat étrangeHabillés dans des costumes complètement déjantés,  voire nus comme des vers.
  Il y a, sur scène, un quatuor de musiciens qui accompagnent les chansons et les danses, ce qui donne à cette suite de scènes pas très passionnantes un petit côté comédie musicale agréable. Mais malgré cela, le courant passe moins bien. Martin Crimp ne semble pas aussi sûr de lui  que dans l’exercice précédent, et la mise en scène est plus conventionnelle: les acteurs parlent souvent immobiles, alignés face public (une manie initiée par Stanislas Nordey, et devenue récurrente dans le théâtre contemporain, cela doit faire chic et choc!),  tout comme ces foutus micros HF qui font des bosses très esthétiques (!) sous les costumes, et qui, surtout,  donnent un ton monocorde aux voix.
  Par ailleurs, le grand plateau de la salle Jean Vilar, même avec ces voix sonorisées, n’est sans doute pas le mieux adapté à ce genre de comédie satirique, malgré la scénographie solide et précise d’Yves Bernard.
Alors à voir? Oui, sûrement pour la première partie, mais le reste n’est pas vraiment au même niveau, sur les plans textuel et scénique, et le temps passe assez lentement!
Donc, à vous de décider…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 21 au 30 novembre au  Théâtre National de Chaillot, Paris; du 4 au 6 décembre au  Nouveau Théâtre d’Angers, et du 9 au 11 décembre, à la Comédie de Saint-Etienne/Centre Dramatique National.
Voir aussi l’article de Mireille Davidocici  Focus sur Martin Crimp dans Le Théâtre du Blog.

http://www.dailymotion.com/video/x290jq9

 

 

 


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