Marathon Tchekov

marathon

Marathon Tchekhov, mise en scène d’Urszula Mikos

 

Course de fond, et course de vitesse; le pari: monter cinq pièces de Tchekhov en deux mois et demi, avec onze jours de répétition seulement pour chacune et, au total, quarante-quatre comédiens, hommes et femmes, jeunes ou non, expérimentés ou débutants, avides de relever le défi. Ils l’ont fait. Urszula Mikos est une chercheuse, on le sait, il faut ajouter qu’elle trouve.
On ne va pas raconter ici Le Sauvage (souvent traduit par L’Homme des bois, première version d’Oncle Vania), ni Ivanov, Platonov, La Mouette ou Les Trois sœurs. On essaiera juste de se remettre en mémoire le monde qu’il a construit, sur une classe sociale insatisfaite et pleine d’espérance, futile, attachée à ses petits et grands privilèges dont elle devine aussi la fin.
Cela ressemble-t-il  à notre monde, plus de cent ans après ? On le dirait bien, à voir la modernité des spectacles proposés, sans aucune tricherie avec les textes, même si d’infimes improvisations s’y glissent, histoire de faire un clin d’œil à notre quotidien. Ce que l’on voit, ce sont des émotions, les comportements dictés par ce que Spinoza appellerait des « passions tristes », comme l’avarice, mais aussi par les passions flamboyantes et décevantes de l’art, de l’amour…
Écrire, quel supplice ! répond Trigorine à Nina, La Mouette, fascinée par la « gloire » de l’écrivain. « Amo, amas, amat », récite exaspérée la Macha des Trois Sœurs à son insupportable professeur de mari, mais celui qui vous met une larme aux yeux, c’est lui, ce ridicule, mis en face de l’adultère, et qui continue à aimer…`
Mais on a dit qu’on ne raconterait pas. Ce travail passionné donne une vie extraordinaire aux textes de Tchekhov. Le fait de travailler vite oblige sans doute à donner des fulgurances qu’un travail de polissage userait peut-être. Quand on n’a pas le temps de finasser, on va droit au but, ou on le rate, mais peu importe, on est dans un mouvement qui libère les vérités de la pièce. Et l’on arrive à l’essentiel : émotion et pensée.
  Prenons le cas d’Ivanov, pièce moins souvent jouée que d’autres, peut-être, parce que c’est l’une des plus cruelles. L’acteur du rôle-titre n’a rien de fascinant, alors qu’il est censé être adoré de sa femme, qui a tout quitté pour lui, et par la jeune voisine qui en fait un dieu. Là, est la trouvaille : Tchekhov n’idéalise ni ne condamne personne, ses personnages s’en chargent…
Cet Ivanov effacé se charge de vérité au fil de la pièce, la sienne, d’homme déçu dégoûté de lui-même : l’être lumineux qu’attend sa jeune voisine n’existe pas. De même, la Macha de La Mouette « qui porte le deuil de sa vie » donne une interprétation très rock,  « no future » qui secoue très intelligemment. Et ainsi de suite, comme dirait le vieux Sorine…
Généralement, Urszula Mikos a pris comme un malin plaisir à décaper les représentations traditionnelles qu’on se fait des personnages tchekhoviens : ça gratte, ça interroge, ça revitalise, et ne trahit jamais. Quoi de neuf ? Tchekhov.
Voilà, le théâtre est un art vivant et éphémère. Ce marathon ne sera pas couru une seconde fois, du moins sous cette forme. En revanche, ne manquez pas, à la Fabrique MC11, la reprise de La Pensée d’après Leonid Andreïev, adapté et joué par Olivier Werner (Voir Le Théâtre du  blog). Ni celle de Trio, d’après Bogoslaw Schaeffer, qui fait maintenant partie du répertoire d’Urszula Mikos, avec Olivier Werner, Michel Quidu et Régis Ivanov : ce spectacle hors normes est un régal d’inventions verbales, corporelles, de folie spatiale, bref de théâtre total à trois comédiens, sans autre accessoire qu’eux-mêmes.
Le petit théâtre de cette fabrique, dirigée par Olivier Cohen et Urszula Mikos, est précieux : accueil du public et  des comédiens agréable,  beau plateau,  et accès on ne peut plus facile à deux pas du métro…

Christine Friedel

Fabrique MC 11,   11 rue Joseph Bara, Montreuil.Métro Robespierre.

 

 


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