La Casa de España

La Casa de España : Maguy Marin dans le quartier de la Petite Espagne, conception et mise en scène de Maguy Marin

Ces « pièces d’actualité », confiées à des artistes par le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers répondent à la question : la vie des gens d’ici, qu’est-ce qu’elle vous inspire? Il s’agit, pour Marie-José Malis, sa nouvelle directrice, de « renouveler l’idée du théâtre comme  agora ». Maguy Marin, auteur de la pièce d’actualité n° 2, a choisi de se plonger dans le monde de la Petite Espagne, un quartier de Seine-Saint-Denis, terre d’accueil pour de nombreux émigrés venus d’au-delà des Pyrénées.
La chorégraphe nous entraîne dans un lieu de spectacle insolite : le Hogar de los Españoles. Ancienne salle de patronage, fermée depuis 2012, au grand dam et malgré les vives protestations de la communauté espagnole, et située dans l’enceinte de la Casa España, à la Plaine Saint-Denis, elle appartient à l’Etat espagnol. La réouverture temporaire de ces locaux d’apparence modeste mais chargés d’histoire, augure peut-être de leur réhabilitation, et c’est avec émotion et espoir que le public s’y presse. Ici, on parle espagnol, dans la salle comme sur scène.
Maguy Marin a réuni ici des amateurs, de différentes générations et d’horizons divers mais tous immigrés hispanophones de plus ou moins longue date, et leur a proposé de partager leurs expériences et la mémoire de tout un peuple. Tout commence et se poursuit par des chansons, qu’on entonne autour d’une table où un repas coloré se prépare : poivrons, tomates…
Airs populaires, berceuses, chants de la guerre civile, et même Marseillaise en espagnol, rythment le spectacle, ainsi que des poèmes comme le magnifique Caminante, no hay camino d’Antonio Machado : « Toi qui marches, ce sont tes traces/ le chemin, et rien de plus / toi qui marches, il n’y a pas de chemin/ le chemin se fait en marchant/ en marchant se fait le chemin… »  Ce  poème, choisi par Maguy Marin, évoque le destin des êtres mais aussi sa manière de créer.
Chaque acteur a aussi sa propre histoire à raconter en direct, tandis qu’on projette des moments du témoignage filmé d’une vieille dame - la mère de Maguy Marin-  qui raconte la fuite de sa famille à Toulouse et la dictature du général Miguel Primo de Rivera à la tête de l’Espagne de 1923 à 1930. « Je suis moi-même fille d’émigrés espagnols, dit-elle, et cette histoire est aussi la mienne. »
Ces paroles d’exilés, toutes émouvantes, composent d’un siècle à l’autre une mémoire commune de souffrances mais aussi de résistance et de luttes, avec des récits mis en scène par petites séquences, où chacun des protagonistes se détache du groupe, toujours occupé aux préparatifs du dîner. Ensemble, ils se déploient aussi dans l’espace, chœur disparate de corps alertes ou fatigués, tous bien présents. On découvre avec eux des vies singulières.  «Gracias a la vida » (Merci la vie) ! Comme le dit la chanson de Violeta Parra joliment interprétée ici par Emilie Hériteau, qui a rejoint le groupe pour le final, avant que l’on serve la soupe à l’assistance.
Maguy Marin a toujours montré de l’intérêt pour les gens face à l’oppression. « Cette indignation constitue le moteur de mes pièces,  dit-elle, et sur le plateau, nous essayons de donner forme à cette colère qui vient de la violence du monde ». Ici, l’ambiance est plus apaisée, plus bon enfant que dans ses dernières œuvres, et elle s’est surtout attachée à fédérer un groupe autour d’une mémoire commune, à faire voir et entendre des personnes, portant le poids de leur vécu dans leur corps et dans leurs dires.
Une expérience qui nous dévoile un aspect méconnu du travail de Maguy Marin et nous fait découvrir un quartier, témoin de l’histoire ouvrière du XXème siècle, aux confins d’Aubervilliers et de Saint-Denis, derrière le Stade de France. Pour toutes ces raisons, il faut y aller.

 Mireille Davidovici

Théâtre de la Casa  España, 10 rue Cristino Garcia, Saint-Denis, jusqu’au 14 décembre. Navette gratuite depuis le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. T: 01 48 33 16 16

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