Entretien avec José Martinez

Entretien avec  José Martinez, directeur de la Compagnie Nationale de Danse d’Espagne.

José Martinez« La danse  chez nous, dit José Martinez qui viendra avec sa compagnie au Théâtre des Champs-Élysées en janvier, a été affaiblie par la crise que connait l’Espagne et toute l’Europe,  et le nombre de  spectacles a été réduit de quarante pour cent en trois ans. À l’exception de la compagnie nationale, subventionnée principalement par l’État et qui a doublé le nombre de ses représentations : soixante-dix dates en Espagne, depuis mon arrivée en 2012, du fait de l’élargissement du répertoire (y compris classique). Nous faisons de grandes tournées et disposons de quarante-quatre danseurs, dont dix-huit Espagnols, tous payés par l’État, grâce à un budget de fonctionnement.
En revanche, les budgets consacrés aux créations et aux  tournées se réduit d’année en année mais le public est très réceptif à tous les répertoires: classique comme contemporain ».

Parmi les projets, un Don Quichotte pour lequel José Martinez fera aussi appel à quelques autres danseurs. Sa compagnie est itinérante mais dispose d’un lieu de répétition et travaille avec trois théâtres de  Madrid. Ce qui permet de toucher un public plus vaste. Mais quand il lui arrive de se produire au Teatro Real, le prix des places est très élevé.
« En Espagne, dit José Martinez, les artistes, malgré les difficultés économiques que nous connaissons, gardent un esprit créateur : ils font plus, avec moins.  Et  notre compagnie a aussi une fonction sociale. Ouverte au plus grand nombre, elle propose des cours aux autres danseurs qui ne sont pas de la maison et, deux fois par mois, le public est invité à des répétitions. Ainsi, l’argent de l’État bénéficie  à tous ».

C’est un peu le contraire de ce qui se passe à l’Opéra de Paris, ce que ne dira pas José Martinez, qui y était  lui-même danseur-étoile,et qui viendra donc trois jours à Paris avec une trentaine de danseurs qui interpèteront des créations représentatives de son répertoire : l’une de Mats Ek, une autre de l’espagnol Alejandro  Cerrudo, avec un  retour au ballet  classique. Et enfin celle d’Itzik Galili, un chorégraphe issu de la Batsheva Dance Company d’Israël qui mettra en valeur l’engagement physique de ses danseurs, en contre-point de la pièce d’Alejandro Cerrudo, plus fluide, composée sur une musique de Philip Glass.

  « Mon but, dit José Martinez, est de montrer notre compagnie dans des modes d’expression très différents. Casi Casa de Mats Ek, qu’on pourrait traduire par «presque maison» et qui parle de la vie quotidienne, a pour base Appartement, que j’avais créé à l’Opéra de Paris en 2000. À partir d’un solo,  il a conçu une pièce très écrite, sans place pour l’improvisation, presque comme pour un  ballet classique. Quelques scènes d’Appartement seront d’ailleurs recréées, et ce ballet sera interprété par les danseurs du Bolchoï, sous la direction de Mariko Aoyama qui a été l’assistante de Mats Ek pour cette transmission ».
José Martinez nous a aussi parlé du désir du grand chorégraphe suédois qui a participé aux répétitions, de prendre sa retraite en 2016, et de son envie de reprendre auparavant avec  lui, La Maison de Bernarda. Mais Mats Ek sera là au Théâtre des Champs-Élysées.Ses créations, dit-il, sont comme du sable que l’eau emporte avec le temps. Nous allons donc commencer à perdre les pièces de Mats Ek!

Jean Couturier

Trois spectacles différents les 27, 28, et 29 janvier, au Théâtre des Champs-Élysées, avenue Montaigne, Paris.

 


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