Bargfeld n° 37

Bargfeld n° 37,  d’après des textes d’Arno Schmidt, adaptation de Natascha Rudolf et Hubertus Biermann, mise en scène de Natascha Rudolf.

BargfelsBd« Tout est dans mes livres. Le reste amoché de l’homme, on ferait mieux de ne plus le regarder… » écrivait Arno Schmidt. Bargfeld n°37 est la dernière adresse de l’écrivain allemand (1914-1979) et de sa femme Alice. Réfugié quinze ans  à l’Est, le couple a retrouvé le village où il avait vécu au sortir de la guerre,  à 20 km de l’ancien camp de Bergen-Belsen, occupé par les Britanniques et la nouvelle armée de l’Allemagne de l’Ouest.
En 1958, ils devinrent donc propriétaires d’une maisonnette de 70 m2 à Bargfeld, un petit village, au nord de Hanovre. Informant par carte postale quelques personnes de cet événement capital dans sa vie, Arno Schmidt y ajouta la longitude et la latitude du lieu.
Célèbre avant la guerre, travailleur acharné et maniaque, il rédige plusieurs milliers de fiches pendant ses nuits d’insomnie, et répond aux questions qu’on lui pose sur sa vie et sur son travail qui se confondent. Dans
un quasi-monologue, remarquablement interprété par Hubertus Biermann, secondé par sa femme silencieuse (Natasha Rudolf) qui lui tape ses textes, réussit à le nourrir un peu, et le soigne comme son enfant. Dans un décor de Michel Jacquelin, un plateau cerné par d’anciennes machines à écrire qui se transforme à vue, l’écrivain se livre à une étonnante loghorrée. Il répond aux questions sur sa biographie (il a exercé d’abord exercé un métier technique). « Est-ce qu’un écrivain peut gagner sa vie avec la seule littérature (…) je vis en cellule d’isolement intellectuel, plus de promenades, négligence totale de ma propre santé… ». Le couple écoute un enregistrement sur un vieux magnétophone d’extraits d’un livre de 500 pages.  « Mon cœur appartient à ma tête (…) l’écrivain ne doit faire cause commune avec personne ! ».
De ces milliers de pages écrites la nuit, il conserve la lucidité : « Qui oserait faire l’apologie de son passé, pas moi en tous cas ! ». Il raconte son enfance lamentable et effrayante: « J’ai l’impression d’être un enfant intelligent (…) le travail, est-ce une vertu ? ».
Ce spectacle surprenant sur la vie d’un maniaque obsessionnel , ouvre des horizons sur la découverte de cet étrange personnage que fut Arno Schmidt.

Edith Rappoport

Spectacle joué à L’Échangeur de Bagnolet jusqu’au 20 décembre.
www.lechangeur.org

 


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