Charlie Hebdo

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Indignée et bouleversée, l’équipe du théâtre du blog condamne l’attentat odieux qui endeuille Charlie Hebdo et, par conséquent, toute la presse en France et ailleurs. Les mots nous manquent pour qualifier ces actes perpétrés contre la liberté d’expression. Nous pensons bien sûr à eux qui ne sont plus  et nous partageons la douleur de leurs familles.
Nous vous rappelons qu’u
ne grande marche républicaine  aura lieu dimanche 11 janvier à 15h,  de la place de la République à la Place de la Nation à Paris.


Archive pour 7 janvier, 2015

Discours à la nation

Discours à la nation, texte et mise en scène Ascanio Celestini, conception et interprétation David Murgia

p183766_5Comment vivre dans un pays où il pleut sans discontinuer et où la guerre fait rage ?

Se munir d’un pistolet et, bien sûr, d’un parapluie. Tant pis pour ceux qui n’en ont pas. C’est la loi du plus fort qui règne, comme le personnage qui habite cette contrée s’emploie à nous le démontrer. Il démonte, de ce fait, les processus d’une sociéaté de classes, où celui qui possède a le droit d’écraser les êtres « inférieurs », où l’on prône le vol car l’argent sale n’a jamais souillé les mains de quiconque, et le pain dérobé a le même goût que celui gagné à la sueur de son front … Usant de la parabole du loup, de la chèvre et du chou, il explique que la chèvre peut bien manger le chou, et le loup la chèvre, du moment qu’on se place du côté du loup.
Prenant le parti des patrons, des politiciens libéraux, des marchands de canons, David Murgia tient la scène pendant une bonne heure, avec une belle énergie, sans temps mort. Il décortique, de sketch en sketch, les processus de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’exclusion des migrants, plaidant en faveur des inégalités que la société engendre en toute légalité. L’écriture d’Ascanio Celestini est brillante ; il maîtrise parfaitement la rhétorique : hyperboles et antiphrases constituent la base d’un discours ironique qui n’hésite pas à grossir le trait pour faire ressortir la cruauté du monde.
Quand un auteur de talent s’associe avec un comédien non moins doué, on s’attend à un show éclatant. Avec l’indignation comme moteur, on ne demanderait qu’à être convaincu. Cependant, le Discours à la nation, à vouloir faire flèche de tout bois, ne fait pas toujours mouche. On regrette aussi que les interventions de Carmelo Prestigiacomo à la guitare restent bien timides. Mais, ceux qui se laisseront tenter par le spectacle seront séduits par la grande intelligence du jeu d’un acteur hors pair.

Mireille Davidovici

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 1er Février. T. O1 44 95 98 21 www.theatredurondpoint

Tournée en Belgique : 3-7 février, Atelier Jean Vilar, Louvain-la-Neuve ; 10 février, Maison de la Culture, Dinant ; 12 février, Centre Culturel, Nivelles , 27 février, Anderlecht ; 28 février, Vielsam ; 3-7 mars, Théâtre national, Bruxelles ; 10 mars, Centre Culturel de Bertrix ; 26-29 mars, Mnema, Liège.
En France : 17-18 mars Scène nationale de Saint-Nazaire ; 19-21 mars, Le Grand T, Nantes ; 23 mars, Halles aux grains, Blois ; 31 mars Théâtre des Bergeries Noisy-le-Sec.

 Le texte est publié aux éditions Noir sur Blanc

 

Les oies se gardent entre elles

 

Les Oies se gardent entre elles, texte et mise en scène d’Antoine de la Roche

Photo-1-Les-oies-Catherine-RaynaudSur scène, rien qu’une grande table, six chaises paillées, et une petite armoire; dans la pénombre, comme dans un tableau vivant, une famille rassemblée face public en silence et qui prend la pose. Cela commence plutôt bien,  avec cet arrêt sur image, dans une belle lumière crépusculaire à la Tadeusz Kantor,
 On va enterrer le père, 89 ans d’Ava qui est là, avec André son mari, flanqués  de leurs  fils, Jean, David et Tom, et de la nièce d’Ava.  Mais Jean est un fantôme: le jour du passage des oies migratrices,il y a  vingt quatre ans (il avait neuf ans) il est décédé après une chute depuis la falaise mais Tom a continue à parler à Jean. Et ses parents ont accepté cette drôle de situation. Tom est maintenant un photographe reconnu et expose même à Saint-Pétersbourg. Et David vit de petits boulots.
Bref, on navigue ici constamment entre les morts, surtout Jean plus que Louis, – même son décès est tout récent- et les vivants. Avec évidemment, comme souvent, des querelles familiales le jour de l’enterrement. “ Dans une espèce d’instinct de survie primitive, dit Antoine de la Roche, les personnages explorent les fragilités de l’édifice familial qui tenait encore grâce au grand-père et tentent de créer de nouvelles bases à leur histoire”.

On comprend bien ce qu’a voulu nous signifier l’auteur: comme dans toutes les familles ou presque, la mort d’un élément fédérateur âgé et à la forte personnalité, voire assez autoritaire,  rompt comme une espèce d’équilibre déjà instable. Et, à propos de tout et de rien, les mots volent bas et les passions s’enflamment.
   Avec des phrases qui rappellent ici parfois Giraudoux (« ça s’appelle une douleur mon fils », dit Ava à David). 
 Et cela fonctionne, (allez, et encore, disons les dix premières minutes). Mais si Antoine de la Roche a été d’évidence, et comme beaucoup d’autres, influencé par Jean-Luc Lagarce, il n’en a pas la force d’écriture; ses personnages restent falots, et les situations souvent peu crédibles: comment croire par exemple un instant à la carrière photographique de Tom!).
Désolé mais autant dire les choses, le texte est vraiment trop faiblard et un poil prétentieux pour que l’on s’y intéresse vraiment, même quand il est soutenu par la musique de Xavier Bussy. Et comme la mise en scène (des noirs calamiteux qui brisent un rythme déjà faible) et la direction d’acteurs  (qui font ce qu’ils peuvent!) sont bien médiocres, on ne voit pas trop ce que l’on pourrait sauver de cet ennuyeux brouillon.

  Et on se demande vraiment pourquoi Régis Hébette a programmé ces oies qui, faute de public, continueront sans doute à se garder entre elles…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Echangeur  59, avenue du Général de Gaulle Bagnolet.

La Récolte

La Récolte de Pavel Priajko, traduit du russe par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec, mise en scène de Dominique Dolmieu

 

  pictureSans doute venus de la ville, (leurs costumes semblent peu adaptés aux travaux champêtres!), quatre jeunes gens samusent à cueillir des pommes. Si « cest rigolo », comme le répète lun deux, ce nest pas si facile. Lexercice savère douloureux, voir périlleux quand on ne sait pas faire des gestes aussi simples que trier des fruits, ou planter un clou
C
elui qui,  avec un certain aplomb, mène les opérations, finira même par avouer son ignorance : il a simplement « vu faire un jour » ! Au fil des incidents qui parsèment cette sortie en plein air (piqûre dabeille, crise dasthme et surtout propension naturelle des pommes à rouler et à envahir lespace), les reinettes dorées vont prendre un goût amer.
Construite avec un art consomm
é du gag et du rebondissement, la pièce met en boîte avec gentillesse lacculturation de ces urbains, incapables du moindre raisonnement terre à terre. Elle témoigne avec un humour acerbe du déracinement de la nouvelle génération, et de son incapacité tragique à prendre en main les problèmes du quotidien, voire même sa propre existence. Et La Récolte dénonce, de manière sous-jacente, la dictature étatique qui a mis sous le boisseau, toute initiative individuelle.
Dans cette salle aux possibilit
és techniques réduites, le spectacle rend cependant compte des qualités comiques de la pièce, grâce à la mise en scène de Dominique Dolmieu, qui insiste sur la précision des gestes et organise progressivement une belle pagaille sur le petit plateau, où les quatre comédiens sen donnent à cœur joie.
La maison d
Europe et dOrient poursuit son exploration des auteurs des pays de lEst, avec acharnement, malgré des difficultés financières permanentes. Ce travail de traduction, d’édition, de lecture publique, et de création, est très précieux et mériterait d’être davantage soutenu.
Elle nous fait d
écouvrir un auteur biélorusse de grand talent, Pavel, inconnu chez nous (bien quil soit membre de fameux Teatr.doc de Moscou, où ses textes ont été mis en scène, en particulier par Ivan Viripayev. Le Teatr.doc a fait lobjet dune descente de police, ce qui met  ce théâtre davant-garde dans de très sérieuses difficultés  et il est sur le point d’être expulsé de ses locaux!
Il est donc important de faire entendre cet auteur, aujourd
hui, en France. Dautant plus que la Biéolorussie actuelle ne lui donnera jamais la parole…

 Mireille Davidovici

 Maison d’Europe et d’Orient 3, passage Hennel (accès 105-107, avenue Daumesnil ) jusqu’au 15 janvierT. : + 33 1 40 24 00 55 www.sildav.org


Le texte de La
Récolte est publié aux éditions l’Espace d’un instant, en coédition avec Non Lieu.

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