Spring Glory, un opéra cantonnais

Spring Glory, un opéra cantonais

opera cantonaisC’est sous la dynastie des Ming au XVIIème siècle que nait l’opéra cantonais, aujourd’hui classé au patrimoine mondial immatériel de l’Humanité par l’Unesco. Cette forme de spectacle qui mêle le théâtre, le chant, la danse, des acrobaties et les arts martiaux, était très populaire jusque dans les années 1990.
Régulièrement joué, en particulier à Hong Kong, Macao et Canton, il a perdu aujourd’hui sa popularité auprès du public, en particulier les jeunes. Clairsemés ce soir-là, les spectateurs sont pourtant très motivés et applaudissent avec ferveur chaque entrée des acteurs vedettes.
La musique, jouée par une vingtaine d’interprètes sur des instruments à cordes traditionnels,  et les décors de toiles peintes, très colorées, sont au service d’un jeu très codifié. Il existe de nombreuses pièces au répertoire de ce type d’opéra, mais, en l’absence de sur-titrage et  de  programme traduit en anglais, il est difficile de suivre l’intrigue, d’autant que la représentation dure au minimum trois heures…
Remarquables sont les costumes qui rivalisent d’ornements et de couleurs, comme l’art du maquillage qui transforme le visage des  interprètes en véritable œuvre d’art. Parfois,  chaussés de cothurnes, ils  entrent en interaction avec le public, comme à Guignol en France,  mais   cela casse le rythme uniforme de la pièce.
Les coups de gong et de tambour réveillent régulièrement certains spectateurs; ils se lèvent, changent de place ou font des commentaires; ce qui est sans doute aussi intéressant et qui est à découvrir par tout voyageur curieux…

Jean Couturier

Au répertoire du Grand Théâtre du Centre culturel de Hong Kong

www.lcsd.gov.hk/hkcc 


Archive pour 16 janvier, 2015

Les Cahiers de Nijinski

Les Cahiers de Nijinski de Vaslav Nijinski, texte français et adaptation de Christian Dumais-Lvowski, mise en scène de Daniel Dan Pedro et Brigitte Lefevre

NijinskiVaslav Nijinski, danseur exceptionnel, était né à Kiev de parents polonais, et est mort à Londres en 1950, avant d’être enterré au cimetière de Montmartre à Paris  Mais il n’a eu droit qu’à une petite allée à son nom dans le square de la tour Saint-Jacques!
C’est Serge de Diaghilev qui l’engagea et il fut  l’étoile des Ballets russes  dans de nombreux ballets chorégraphiés d’abord par Michel Fokine à partir de 1909, comme entre autres Shéhérazade, Petrouchka, Le Spectre de la rose, puis par lui-même, avec Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de feu…  Avec de musiques d’Igor Stravinski, Claude Debussy, Maurice Ravel, Manuel de Falla, et avec des scénographies et costumes révolutionnaires, comme entre autres, ceux de Léon Bakst pour Shéhérazade et L’Après midi d’un faune (1912) dont Nijinski assura la chorégraphie qui  cause un véritable scandale à cause d’une chorégraphie opposée au formes du ballet classique: genoux pliés, pieds rentrés…  et de  l’évocation d’un orgasme!
Mais les relations avec Serge de Diaghilev dont il était l’amant se détériorèrent quand Nijinski décida de se marier avec une jeune danseuses hongroise,  Romolà de Pulsky en 1913. Il fut donc exclu des Ballets russes qu’il réintégra pourtant trois ans plus tard. Puis, à partir de 1918, il écrivit sur de petits cahiers son expérience de danseur et de chorégraphe; il y raconte aussi ce que fut sa vie avec Serge de Diaghilev, puis avec sa femme Romolà. Victime d’une grave schizophrénie, il fut ensuite interné  jusqu’à sa mort.
Nijinski parle de tout, et d’abord, et surtout de Dieu, jusqu’à l’obsession mystique: « Je ne suis un singe. Je suis un homme. Le monde descend de Dieu. L’homme vient de Dieu. Il est impossible aux hommes de comprendre Dieu. Dieu comprend Dieu. L’homme est Dieu, c’est pourquoi il comprend Dieu. Je suis Dieu. Je suis un homme. Je suis bon, et pas une bête. J’ai une chair. Je suis la chair. Je ne descends pas de la chair. La chair descend de Dieu. Je suis Dieu. Je suis Dieu. Je suis Dieu… »
Il parle aussi du sexe en termes crus, et de ses proches: Nijinski semble avoir une curieuse relation avec sa jeune épouse et surtout avec sa belle-mère Emma Emilia Markus; il parle aussi de ses deux petites filles, de sa cuisinière,  Louise, de Nicolas Gogol et de Fiodor Dostoievski, des choses et des  animaux. Et d’abord,  de son amour/haine obsessionnel pour  Serge de Diaghilev avec lequel il dit avoir vécu cinq ans: « J’ai détesté Diaghilev dès les premières rencontres car je connaissais le pouvoir de Diaghilev; (…)Je veux prouver que tout l’art de Diaghilev est une pure bêtise. J’ai été Diaghilev, je connais Diaghilev mieux qu’il ne se connaît lui-même ».
Nijinski parle aussi curieusement de son stylo à réservoir d’encre qui ne fonctionne pas bien et qu’il voudrait transformer, quitte à prendre un brevet pour en tirer de l’argent, d’un pont qu’il voudrait construire entre l’Europe et l’Amérique! Mais aussi des taureaux:  » Les Espagnols aiment le sang du taureau, c’est pourquoi ils aiment les assassinats. Les Espagnols sont des gens affreux, car ils commettent des assassinats de taureaux. »  Prophétique, Nijinski s’en prend à  la consommation de viande….
Ce qui est frappant dans ces Cahiers, c’est d’abord la fulgurance poétique des phrases de Nijinski mais aussi le renversement permanent des affirmations personnelles et des propositions philosophiques ou esthétiques auquel il ne cesse de livrer. Dans une espèce de ronde infernale où l’on sent déjà les graves désordres mentaux dont il va être atteint…
Nijinski dansait parfois jusqu’à l’épuisement, devenait de plus en plus agressif avec ses proches et en arrivait à frapper sa femme. En 1919, il écrira ces Cahiers en quelques semaines, comme dans l’urgence,  sans doute sous l’influence du docteur Fränkel, le médecin de Saint-Moritz qui essaya de le soigner.
Christian Dumais-Lvowski a réalisé en 1993 une adaptation pour le théâtre de ces Cahiers  dont il a édité la version intégrale non expurgée deux ans plus tard, et qui a été souvent mis en scène en Europe. Il était évidemment impossible de jouer le texte en entier. Mais ici, en quelque soixante dix minutes, Clément Hervieu-Léger nous en livre la substantifique moelle avec beaucoup d’intelligence, de sensibilité et de pudeur. Il a de plus une certaine ressemblance avec le célèbre danseur, et c’est tout à fait brillant.
Et cela, malgré une scénographie qui ne favorise guère le jeu sur le plateau: imaginez  un plan courbe blanc très pentu qui descend vers le bord du plateau, et une mise en scène/chorégraphie assez médiocre, qui associe l’acteur à une sorte de double/accompagnateur au rôle mal défini (Jean-Christophe Guerri), ce dont on ne voit nullement la nécessité.
L’ancien danseur de L’Opéra de Paris est là, toujours silencieux et entraîne parfois Clément Hervieu-Léger parfois dans des roulades, lui remet les chaussures qu’il a enlevées quelques minutes avant, et le regarde très souvent les yeux dans les yeux…  Sans que l’on comprenne vraiment les raisons de tout cela, comme s’il s’agissait de faire digression. Mais c’est aussi maladroit qu’inutile.
Reste un texte, et quel texte!  que vous pouvez découvrir grâce à l’interprétation magistrale de Clément Hervieu-Léger…

Philippe du Vignal.

Théâtre de l’Ouest Parisien, 1 Place Bernard Palissy 92100 Boulogne Billancourt. T: 01 46 03 60 44.
Le texte est édité en version non expurgée chez Actes Sud.


 

 

 

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