Reste(s)

Restes, librement inspiré de Guerre de Lars Norén, avec des textes de Svtelana Alexeivitch, Charlotte Delbo, Darian Al Joundi, Mahmoud Darwich, mise en scène de Laureline Le Bris-Cep

 

restesLe théâtre  du dramaturge et metteur en scène suédois  est maintenant bien connu chez nous où il a souvent été joué: avec entre autres,  La Force de tuer , La Veillée, Munich-Athènes (1993), Détails (1999). Bobby Fischer vit à Pasadena (2003). Depuis les années 1990, Lars Norén parle  davantage des laissés pour compte des grandes villes occidentales contemporaines.
 Il créa Guerre au Théâtre Vidy-Lausanne en 2004 et , met en scène au Riksteatern de Stockholm, Terminal 3 et Terminal 7 et  en 2007, À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, en référence à la célèbre journaliste russe assassinée en octobre 2006.
  Guerre est en fait un sorte de fresque où il évoque sans le préciser ni le lieu ni la date ( mais on a l’embaras du choix!) un pays à la fin d’une guerre. Barbarie, tortures, élimination de populations entières: c’étaut ghier et c’est encore de la plus brûlante actualité comme ce qui s’est passé il y a quelques jours au Nigéria.
Un soldat, après avoir été prisonnier, revient chez lui dans son village. Il retrouve sa femme et de ses  filles adolescents qui croyaient qu’il était mort. La guerre a tout changé: vieux refrain, repris dans tous les coins de la planète après chaque grand conflit,  et c’est son identité à lui qui en est aussi modifiée: les proches ne sont plus les mêmes; son frère Yvan a disparu, comment réapprendre à vivre au quotidiendans d’autres conditions… Comment garder encore une lueur d’espoir. En, fait,  son frère s’est caché : il est devenu l’amant de sa femme… Les choses les plus banales n’en sont pas les moins douloureuses pour elui qui les vit.
Laureline Lebris-Cep,ancienne élève de l’ERAC  a eu le bonheur de n’avoir pas vécu de guerre, sinon par les images généreusement diffusées par les chaînes de télévision, a d’abord interviewé ses acteurs pour questioner,  dit-elle, leur rapport à la guerre. « A partir de cette parole, j’ai entamé un processus d’écriture; (…) Par ailleurs nos lectures nous ont permis de nous immerger dans les thématiques travaillées par Lars Norén. Les interviews réécrites , remaniées, donnent lieu à des propositons scéniques, à des motifs d’improvisation. Les acteurs sont en presence continuelle sur le plateau prêts à proposer soit une situation qui puisse continuer la fiction, soit un témoignage personnel”.
Sur le plateau de la Friche de mai, pas grand chose qu’une maison d’enfants en plastique pour jardin aux couleurs immondes  qui polluent visuellement le paysage des jardins  de villas en banlieue, un rectangle de pelouse synthétique, une table basse, des chaises d’enfant toujours en polyester, et une ampoule nue suspendue. Dans le fond toute une série de bouteilles d’eau derrière un long grillage.Il y a aussi un gros aspirateur-bidon. Pas de costumes sinon ceux du quotidien , sauf elui d’Alexandre en combinaiosn de lucre violette, ce  qui est sans doute une facilité…

  Tout cela est assez malin pour dire la vulgarité, la tristesse de ces jeunes gens, en  cette après-guerre, pour dire une écriture du réel. Cela commence par quelques propos à propos des événements qui ont endeuillé la France… Privilégiés, ils parlent de la guerre, de celle qu’ils n’ont pas évidemment pas connu mais qui ont bercé leur enfance, celle du siège de Sarajevo…  
 De la guerre qui s’est rappelé à notre bon souvenir cette semaine, la plus tragique qu’ait connu la France depuis des décennies
Bref, la guerre, c’est un peu pour eux  comme le Moyen-Age et pour nous une actualité encore récente: ne parlons même pas de la guerre de 1940…
   Ce qui est frappant,  c’est la maîtrise absolue avec laquelle Laureline Le Bris-Cip dirige ses camarades de l’ERAC: Heidi Eva Clavier, Alexandre Fink, Juliette Prier, et Chloé Vivares  et Adrien Guiraud, un peu plus âgé, qui possède déjà un remarquable métier.
Intelligence, précision, sensibilité, organisation du plateau…On pense au tout jeune Chéreau,  quand il mettait en scène Les Soldats de Lenz.
 Là où cela va moins bien, c’est du côté dramaturgie:  Laureline Le Bris-Cep aurait dû y regarder à deux fois avant de pratiquer son petit cocktail, quand elle introduit des propos visiblement tirés d’impros (une manie très mode!) et des citations d’auteurs contemporains dans celui de Lars Norén. Même si la metteuse en scène annonce honnêtement la couleur: “librement inspiré de  Guerre de Lars Norén”. Mais, désolé,  ce mélange entre une fiction imaginée par Lars Norén et  des propositions  vite et mal gérées d’une création collective font mauvais ménage, et n’apporte pas grand-chose et surtout nuit à la compréhension du texte  et à la cohésion générale de sa réalisation qui, parfois, traîne un peu en longueur.
 Du coup,  le pourquoi de la guerre, le pourquoi et comment des victimes et des bourreaux, l’humour comme la tension tragique  de cette histoire familiale passent quelque peu à la trappe…
  Erreur de jeunesse, mais à 24 ans, Laureline Le Bris-Cep possède, c’est évident,  des atouts assez exceptionnels pour réaliser de solides mises en scène. A suivre donc.

 

Philippe du Vignal

 

Spectacle vu à  La Friche Belle de mai le  10 janvier.

 

 

 

 


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