Le malade imaginaire

Le Malade imaginaire de Molière, mise en scène de Michel Didym

  69558_malade-imaginaire-eric-didym2   Le metteur en scène, dont on ne compte plus les créations d’auteurs contemporains, s’attaque pour la première fois à une œuvre classique, et non des moindres. Il avait monté en 2013 Voyage en Italie, d’après Montaigne, ce qui l’avait incité, selon lui, à monter la dernière pièce de Molière.
Juste quelques éléments de décor suggestifs d’une époque, le XVIIème siècle, et d’une classe sociale: la bourgeoisie, mais aussi d’une théâtralité comme ce fauteuil à oreillettes. Sans être imposante, la scénographie n’enferme pas le spectacle  dans le siècle de Louis XIV mais laisse aux comédiens un espace ouvert au jeu. Ainsi,  un rideau de chaînes métalliques traverse le plateau; selon François Rodinson, « Molière savait mieux que ses médecins où la tuberculose le conduirait : à la fin, à ce « rideau » derrière lequel il n’y a rien. Rien et tout à la fois ».
  Ce « tout à la fois » prime ici mais avec maîtrise et esprit! Le spectacle est nourri de multiples références artistiques, théâtrales, cinématographiques. Mais, à aucun moment, on ne se sent perdu. « Argan,  dit le metteur en scène, est une «sorte de fou, un malade qui joue à être malade et qui met sa fortune et sa passion pour la pharmacie, la médecine et les soins permanents à sa personne ». La richesse des éléments scénographiques, le jeu poétique des comédiens emmènent le spectateur dans des contrées inattendues. Les intermèdes sont aussi de la fête, et on est emporté par un rythme qui donne une ampleur théâtrale et jubilatoire à «une mise en scène radicale de la condition humaine», pour citer Michael Edwards.
  Les codes de la farce et de la comédie s’imposent, sans être vieillots ou enfantins,  grâce aux comédiens, tous pertinents, qui  apportent  au spectacle  une couleur contemporaine, notamment Norah Krief (Toinette), Jeanne Lepers (Angélique) et André Marcon (Argan). La scène entre lui et Louison (en alternance avec Agnès Sourdillon, et bien interprétée ce soir-là par Garance Gabel) est un grand moment d’émotion, et sans doute le seul où on voit  ce malade imaginaire, tendre et sincère. André Marcon interprète cette figure emblématique de Molière avec une grande vérité. Enfermé dans la névrose d’un personnage qu’il s’est lui-même construit, Argan répand toute son obsession, son angoisse et sa tyrannie.
 Qui ne connaît Le Malade imaginaire? Mais Michel Didym fait référence à Friedrich-Wilhem Murnau: Argan est ainsi intronisé comme médecin de façon délirante, et dans la scène finale à l’acte III,  un cortège de médecins, croque-morts à chapeau pointu, évoque les sorcières de Macbeth autour de leur chaudron, au début du film en noir et blanc d’Orson Welles. 
  Il y a des échos faits au théâtre, à la bande dessinée, au carnaval, et au cabaret, tout au long du spectacle et dans le second intermède à l’acte II, quand le frère d’Argan amène, pour le divertir, une troupe d’Egyptiens vêtus en Maures, dansant et chantant. Cela devient même une vraie séquence de music-hall qui, loin d’affaiblir la tension dramatique et la profondeur de la pièce, réjouit le public.
Anne Autran a conçu des costumes avec une intelligence et un raffinement qu’il est rare de voir dans la  réalisation d’un classique, entre autres celui d’Angélique, sans doute l’un des plus délicats à imaginer. Le modèle, la couleur choisie (un bleu ciel), et le tissu très léger, reflètent bien le personnage et le comportement moral d’une jeune fille sensible, encore un peu dans l’enfance mais qui va s’affirmer comme une femme lucide, courageuse, moderne, et loin d’être sotte ! Ces costumes, comme les lumières de Joël Hourbeigt et la musique de Philippe Thibault éclairent la pensée politique de Molière qui transparaît aux charnières de chaque scène, remarque aussi Michel Didym.
 On est à la fois dans la commedia dell’ arte, la farce, la comédie tragique et grotesque des humains d’hier et d’aujourd’hui. Bref,on oublie l’ennui si souvent éprouvé lors de représentations scolaires. Ce Malade imaginaire, tour à tour comique et tragique, est bigarré comme la nature humaine, les comédies et la vie de Molière, théâtral jusqu’à son dernier souffle… Il finira dans la fosse commune, comme Mozart ! Puis  deviendra l’un de nos plus grands auteurs dramatiques.

Elisabeth Naud

Théâtre de la Manufacture-Centre Dramatique National de Nancy-Lorraine, jusqu’au 24 janvier, puis en tournée en France, en Allemagne et Belgique. (A partir de 12 ans).

 

 


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