The Haunting Melody

The Haunting Melody (La Mélodie fantôme) conception et mise en scène de Mathieu Bauer

 Un décor de studio d’enregistrement,  simple, fonctionnel, avec, à jardin, une forêt de pupitres et, à cour, un rideau qui ouvre sur la jungle des sons s’étendant hors-champ. Là, réunie pour une longue journée, rythmée par les aiguilles de l’horloge, une équipe de musiciens, une chanteuse classique, et deux comédiens réalisent la bande-son d’un film d’horreur, sous la direction du réalisateur (Mathieu Bauer) qui  se trouve vite débordé par ce qui se passe entre les prises, car chacun entretient un rapport intime avec la musique.
Les intérêts divergent : l’ingénieur du son ((Thomas Blanchard) capte les bruits de la nature, de la ville et des objets; la chanteuse (Pauline Sikirdji), tombée sous le charme romantique de Mahler, fredonne ad libitum sa symphonie en D mineur,  ou l’air de Chérubin des Noces de Figaro ; le comédien (Matthias Girbig) ne jure que par les tubes de variétés, qu’il enchaîne avec talent, en changeant de tessiture comme de chemise. L’actrice (Kate Strong) cherche, tout au long du spectacle, l’air d’une chanson qui lui trotte dans la tête… et va jusqu’à s’adresser aux spectateurs pour qu’ils lui suggèrent des titres.
Les acteurs enregistrent les dialogues du film dans la cabine, accompagnés du bruiteur qui,  pour simuler le massacre de l’héroïne dans un cimetière, torture au couteau des choux et des salades et balance des chants de grillons en bruit de fond. Ambiance gothique! Pendant cette séance de post-production, un conflit souterrain oppose le réalisateur et le compositeur, à propos du statut du son par rapport à l’image.
Mais l’essentiel du spectacle réside dans la traque et l’analyse des sons qui composent notre environnement sans qu’on y prête attention. Le studio d’enregistrement devient une véritable caisse de résonance, habitée par des musiques en tous genres, des bruitages, des paroles … Au risque d’une joyeuse et salutaire cacophonie.
Pour cette exploration, sont convoqués des penseurs comme Peter Szendy, Roland Barthes et Luigi Rossolo-, aux  paroles mises en musique. Notamment, le beau texte de Roland Barthes, tiré de L’Écoute (in L’Obvie et L’Obtus), scandé en anglais par Kate Strong maissurtitré en français, tandis que l’orchestre se déchaîne derrière la vitre du studio : « Entendre est un acte physiologique, écouter est un acte psychologique. (…) L’enfant, l’amoureux écoutent les pas de qui s’approche et qui sont peut-être les pas de la mère ou de l’être aimé… ». Peter Szendy, dans La Philosophie dans le juke-box, cite Theodor Reick, disciple de Freud,  qui, « contrairement à tant d’autres psychanalystes, aura tenté de penser la place de la musique dans les mécanismes inconscients. La mélodie revenante, donc, comme un fantôme qui viendrait nous hanter. Ou comme un ver, un virus d’oreille qui ne cesserait de se reproduire en nous. »
C’est de cette réflexion qu’est né, semble-t-il, le concept du spectacle: l’obsession de la musique qui hante chacun des personnages : à chacun « la bande son de sa propre vie », comme dit l’un d’eux. On prend plaisir à écouter les musiques, les sons et les bruits qui surgissent, entremêlés : airs d’opéra, lieders, ritournelles de Dalida, Kate Bush, Johnny Hallyday,  musique de film de Nino Rota, pépiement d’oiseaux et coassement de corbeaux…
Notre oreille est sur le qui-vive, sollicitée tout au long du spectacle qui peine cependant à trouver sa forme, les séquences se succèdent sans cohérence dramaturgique, et les dialogues sans grande vigueur s’éternisent, à force de vouloir trop en dire… La quête insistante de Kate, à la recherche de sa mélodie fantôme, finit par agacer. Dans  ce tohu-bohu sonore, le public, entraîné dans les méandres d’un discours complexe, finit par perdre pied. Le temps, au cadran de l’horloge, s’écoule lentement.
Dommage, car tous les ingrédients et les talents sont rassemblés ici autour de Mathieu Bauer, à qui l’on doit la programmation du Nouveau théâtre de Montreuil qui fait une large place à la musique et qui invite le public à explorer nos territoires sonores, avec des films, des ateliers bande-son et chanson, pendant la durée d’exploitation de The Haunting Melody. A la marge du spectacle, un parcours d’installations sonores a été réalisé par les élèves de l’école des Arts appliqués Duperré, et  ceux du lycée Léonard de Vinci, où on enseigne les métiers du bois.
Le Nouveau Théâtre de Montreuil s’associe aux représentations du Dieu Bonheur, en l’intégrant à son parcours Mesure pour  mesure, temps forts de théâtre musical .

 Mireille Davidovici

 

 Nouveau théâtre de Montreuil T. 0148704890, jusqu’au 14 février  ; www. nouveau-theatre-montreuil.com

Image de prévisualisation YouTube


Archive pour 25 janvier, 2015

The Haunting Melody

The Haunting Melody (La Mélodie fantôme) conception et mise en scène de Mathieu Bauer

 Un décor de studio d’enregistrement,  simple, fonctionnel, avec, à jardin, une forêt de pupitres et, à cour, un rideau qui ouvre sur la jungle des sons s’étendant hors-champ. Là, réunie pour une longue journée, rythmée par les aiguilles de l’horloge, une équipe de musiciens, une chanteuse classique, et deux comédiens réalisent la bande-son d’un film d’horreur, sous la direction du réalisateur (Mathieu Bauer) qui  se trouve vite débordé par ce qui se passe entre les prises, car chacun entretient un rapport intime avec la musique.
Les intérêts divergent : l’ingénieur du son ((Thomas Blanchard) capte les bruits de la nature, de la ville et des objets; la chanteuse (Pauline Sikirdji), tombée sous le charme romantique de Mahler, fredonne ad libitum sa symphonie en D mineur,  ou l’air de Chérubin des Noces de Figaro ; le comédien (Matthias Girbig) ne jure que par les tubes de variétés, qu’il enchaîne avec talent, en changeant de tessiture comme de chemise. L’actrice (Kate Strong) cherche, tout au long du spectacle, l’air d’une chanson qui lui trotte dans la tête… et va jusqu’à s’adresser aux spectateurs pour qu’ils lui suggèrent des titres.
Les acteurs enregistrent les dialogues du film dans la cabine, accompagnés du bruiteur qui,  pour simuler le massacre de l’héroïne dans un cimetière, torture au couteau des choux et des salades et balance des chants de grillons en bruit de fond. Ambiance gothique! Pendant cette séance de post-production, un conflit souterrain oppose le réalisateur et le compositeur, à propos du statut du son par rapport à l’image.
Mais l’essentiel du spectacle réside dans la traque et l’analyse des sons qui composent notre environnement sans qu’on y prête attention. Le studio d’enregistrement devient une véritable caisse de résonance, habitée par des musiques en tous genres, des bruitages, des paroles … Au risque d’une joyeuse et salutaire cacophonie.
Pour cette exploration, sont convoqués des penseurs comme Peter Szendy, Roland Barthes et Luigi Rossolo-, aux  paroles mises en musique. Notamment, le beau texte de Roland Barthes, tiré de L’Écoute (in L’Obvie et L’Obtus), scandé en anglais par Kate Strong maissurtitré en français, tandis que l’orchestre se déchaîne derrière la vitre du studio : « Entendre est un acte physiologique, écouter est un acte psychologique. (…) L’enfant, l’amoureux écoutent les pas de qui s’approche et qui sont peut-être les pas de la mère ou de l’être aimé… ». Peter Szendy, dans La Philosophie dans le juke-box, cite Theodor Reick, disciple de Freud,  qui, « contrairement à tant d’autres psychanalystes, aura tenté de penser la place de la musique dans les mécanismes inconscients. La mélodie revenante, donc, comme un fantôme qui viendrait nous hanter. Ou comme un ver, un virus d’oreille qui ne cesserait de se reproduire en nous. »
C’est de cette réflexion qu’est né, semble-t-il, le concept du spectacle: l’obsession de la musique qui hante chacun des personnages : à chacun « la bande son de sa propre vie », comme dit l’un d’eux. On prend plaisir à écouter les musiques, les sons et les bruits qui surgissent, entremêlés : airs d’opéra, lieders, ritournelles de Dalida, Kate Bush, Johnny Hallyday,  musique de film de Nino Rota, pépiement d’oiseaux et coassement de corbeaux…
Notre oreille est sur le qui-vive, sollicitée tout au long du spectacle qui peine cependant à trouver sa forme, les séquences se succèdent sans cohérence dramaturgique, et les dialogues sans grande vigueur s’éternisent, à force de vouloir trop en dire… La quête insistante de Kate, à la recherche de sa mélodie fantôme, finit par agacer. Dans  ce tohu-bohu sonore, le public, entraîné dans les méandres d’un discours complexe, finit par perdre pied. Le temps, au cadran de l’horloge, s’écoule lentement.
Dommage, car tous les ingrédients et les talents sont rassemblés ici autour de Mathieu Bauer, à qui l’on doit la programmation du Nouveau théâtre de Montreuil qui fait une large place à la musique et qui invite le public à explorer nos territoires sonores, avec des films, des ateliers bande-son et chanson, pendant la durée d’exploitation de The Haunting Melody. A la marge du spectacle, un parcours d’installations sonores a été réalisé par les élèves de l’école des Arts appliqués Duperré, et  ceux du lycée Léonard de Vinci, où on enseigne les métiers du bois.
Le Nouveau Théâtre de Montreuil s’associe aux représentations du Dieu Bonheur, en l’intégrant à son parcours Mesure pour  mesure, temps forts de théâtre musical .

 Mireille Davidovici

 

 Nouveau théâtre de Montreuil T. 0148704890, jusqu’au 14 février  ; www. nouveau-theatre-montreuil.com

Image de prévisualisation YouTube

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...