Dezafi

Dezafi de Frankétienne, adaptation et mise en scène de Guy Régis Jr.

 

c3a113c864ae551a39557b17818dd12d« La culture est debout », déclarait Frankétienne à la télévision, montrant sa bibliothèque adossée au seul mur préservé de sa maison qui avait été éventrée par le tremblement de terre de 2010, en Haïti.
Une parole à la hauteur de son œuvre littéraire : contre vents et marées, contre dictateurs et tyrans, l’un des plus grands écrivains de la Caraïbe n’a cessé de dénoncer l’oppression et les folies du pouvoir des Duvalier. En 1975, il publie Dezafi, premier roman écrit en créole, qu’il traduira lui-même en français, sous le titre Les Affres d’un défi.
Ce livre flamboyant, à la langue finement ciselée, raconte la révolte du peuple contre Zofer, un dictateur cruel qui, avec l’aide de Saintil, un prêtre vaudou,  a assujetti le peuple en le transformant en une troupe de zombis.
Dans un récit-puzzle, où le symbolisme vaudou croise une poésie ardente, l’amour de Sultana, la fille de Zofer, pour Clodonis, va sauver l’humanité. Grâce à un grain de sel, seul élément capable de mettre fin à cette zombification, Clodonis va ouvrir les yeux du peuple et prêcher la révolte. Le partage du sel aura lieu, c’est à dire l’avènement de la liberté.  Haïti, on le sait, fut, en 1804, la première république noire indépendante, avant de sombrer dans l’horreur deux siècles durant.
On sait gré à Guy Régis Jr., auteur et directeur de la compagnie haïtienne Nous théâtre, de nous  faire  connaître la prose éruptive et déconcertante de Frankétienne, dont l’oralité évidente convient bien au théâtre. Sur le plateau, dans le noir, un chœur de zombis martèle des mots ésotériques. Ses incantations s’accompagnent de cris et piétinements. Il y est question de branches entremêlées, de partage du sel, de rats, et de ventres creux.
Une lumière  parcimonieuse laisse entrevoir des corps scandant des formules en créole, donc difficiles à saisir pour nous,  mais le plus souvent en français, d’où émergent des expressions de toute beauté  : «Mes oiseaux mal servis par des ailes déplumés »,  « Je titube dans la mouvance des sables »…
Mais le spectacle en offre seulement des bribes et, au lieu de développer une intrigue, aussi décousue fût-elle ( comme dans le roman), il fait surtout la part belle  au travail corporel. Lors des quelques scènes dialoguées, on ne distingue guère, dans la pénombre, les enjeux dramatiques entre les personnages, et le public, même curieux de découvrir le théâtre haïtien, reste donc sur sa faim, mais on découvre, malgré tout, un de ses  grands écrivains…

 Mireille Davidovici


Le Tarmac, 159 avenue Gambetta, 75020. T. 01 43 64 80 80. Jusqu’au 24 janvier  www.letarmac.fr

Le texte est publié aux éditions Vents d’ailleurs (2010)

 

 


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