Le petit poilu illustré

petitpoiluillsutre

Le petit Poilu illustré, texte d’Alexandre Letondeur, mise en scène de Ned Grujic

 

  Paul et Ferdinand, deux jeunes poilus racontent les grands moments historiques et la vie quotidienne de la guerre de 14-18 ( plus de neuf millions de  soldats tués !) aux enfants comme aux adultes. Le dernier combattant français, Lazare Ponticelli, est mort en 2011, et  le dernier allemand, Erick Kästner, en 2008. Il y a eu de nombreux spectacles en ce centenaire sur la guerre de 14 mais le texte et l’interprétation d’Alexandre Letondeur et Romain Puyuelo,  comme la mise en scène de Ned Grujic, sont  exceptionnels.
  Le plateau de la salle voûtée du Théâtre Essaion n’en est pas vraiment un, puisque les deux comédiens jouent  à même le sol, entre deux gros et beaux piliers de pierre blanche. Pas de véritable décor mais juste quelques accessoires : des valises, un tableau noir, deux drapeaux français, une caisse qui sert de banc, une belle trompette en cuivre et un accordéon, deux ridicules petits fusils en bois, plus terribles encore que les vrais dans leur dérision, et comme costumes :  capotes militaires, calots et casques d‘époque. A chaque thème abordé, une séquence  sur  cette effroyable boucherie, avec des extraits de lettres, de journaux,  de témoignages de combattants dans leurs tranchées….
 Le récit de la mobilisation d’abord,  avec le traumatisme qu’elle produisit chez de jeunes hommes arrachés à leurs champs, parlant, par exemple occitan comme  sur les bords du Lot d’où ils partirent en saluant leur hameau: « Adieu Montarnal, nous ne te reverrons jamais » et, comme me l’avait commenté sobrement une vieille paysanne du même hameau: «  Et ils ne sont jamais revenus ».
 Il y a aussi la bataille de la Marne, les lettres de la famille, l’offensive qui tourna à la catastrophe du piteux général Nivelle en 1917, au chemin des dames, avec quelque 200. 000  Français  en deux mois, la fraternisation le soir de Noël entre  ennemis…qui ne dura pas  bien longtemps, thème qu’avait traité Jérôme Savary dans Noël au front, un formidable spectacle, la bataille de Verdun (1916) avec une perte de 200.000 hommes de chaque côté !
  Mais rien de morbide  ou de sinistre dans ce spectacle, malgré l’horreur et le bruit des bombes  mais plutôt un certain burlesque, une certaine fantaisie, grâce à un jeu distancié, et à un savant mélange de récits, dialogues, jeu masqué, et marionnettes pour dire la vie des tranchées, avec de la musique classique, du rap et des chansons d’époque.
  La mise en scène et la direction d’acteurs de Ned Grujic sont d’une grande sensibilité (comme on avait pu déjà le repérer quand il avait dirigé Les Pompières poétesses (voir Le Théâtre du Blog). Et les deux acteurs/clowns, très en harmonie, ont un jeu -diction et gestuelle – de grande qualité. Pas de temps mort : en quelque cinquante-cinq minutes, c’est une évocation (mais sans aucun pathos) de cette guerre atroce,  qui ne peut laisser personne indifférent.
Les spectateurs adultes et les enfants n’ont évidemment pas le même regard, mais c’est justement ce mélange qui constitue un bon et véritable public, très attentif et qui rit souvent. Et un petit garçon de neuf ans a eu le mot de la fin : « Merci, monsieur, c’était super ! » Que dire de plus? On espère que ce spectacle, qui va sûrement être longtemps joué, le soit dans  de meilleures conditions. Mais, même ici, ne le ratez pas, et surtout si vous pouvez, emmenez-y des enfants…
 Pierre Etaix en a dit le plus grand bien et nous aussi.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Essaïon 6 rue Pierre au lard, jusqu’au 15 avril,  les mercredis, samedis et dimanches à 16h; et tous les jours à 16 heures pendant les vacances scolaires du 14 février au 1er mars inclus.

 

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...