Cirkopolis

u00A92012 Production Neuvart  Valu00E9rie Remise

 

Cirkopolis, un spectacle du Cirque Éloize

La contre-utopie entretient avec l’anticipation un rapport étroit qui tient à la portée critique du genre, lequel genre se saisit de ce qui a troublé le passé, continue de menacer de manière sourde le présent et en projette alors les nœuds dans un futur cauchemardesque.
Aldous Huxley souligne dans Le Meilleur des Mondes, la folie où pourrait nous conduire une course effrénée vers l’eugénisme, ce que pointe aussi du doigt le film Bienvenue à Gattaca; dans 1984, George Orwell avait déjà repris les caractéristiques des dictatures qui ont lacéré la première moitié du vingtième siècle. Les contre-utopies d’aujourd’hui mettent en scène des espaces dévastés, où la nature est  devenue hostile  aux  êtres humains qui en ont pompé toutes les ressources, avec entre autres, The Road de Cormac McCarthy, ou la B.D. Le Transperceneige, adaptée au cinéma.
Il  y a donc une certaine urgence à poser le regard sur ce qui menace l’humanité, mais de quel péril souhaite donc nous garder la compagnie de cirque québécoise? Pas de l’ennui en tout cas. Elle s’empare d’un univers dystopique pour donner un cadre à un spectacle où se mêlent: acrobatie, roue Cyr, bascule, sangles, jonglage, contorsion… En fond de scène défilent, sur un immense écran, les images de tours infinies ou d’énormes rouages évoquant Les Temps modernes de Charlie Chaplin, Metropolis de Fritz Lang, ou  Gotham City, surnom de la ville de New York, chère à Batman.
Cet univers sombre, aux allures cartoonesques, défile avec force effets de perspective et avale interprètes et spectateurs dont l’imagination est vite saturée; le monde de la contre-utopie est donc employé ici à rebours de son usage premier et tient lieu de décoration plaisante, rassurante même, tant il nous est familier avec ses thèmes connus : uniformité des êtres, travail vide de sens, personnage lunaire  faisant office de grain de sable dans la grande machine, et amour/évasion… Mais ici la nécessité inhérente au genre devient alors prétexte  à  divertissement des  plus neutres.
 Un joyeux luron se détache cependant de cette uniformité: c’est le même personnage  que  Sam Lowry , le héros de Brazil que  Terry Gilliam réalisa en écho à 1984. Il travaille au bureau des vérifications, est attachant et tombe amoureux. La fantaisie d’une de ses scènes tranche avec l’atmosphère convenue de l’ensemble. Il y prend comme agrès un porte-manteau à roulettes et y tombe amoureux d’une robe pendue à un cintre. Ce doux rêveur ouvre une brèche qui laisse enfin s’envoler l’imaginaire.
On reprend son souffle, avant de replonger dans des scènes parfois pénibles où des jeunes filles au regard tantôt énamouré, tantôt éberlué, jouent les fragiles créatures noyées dans un univers mâle. Est-ce une dénonciation? Pas sûr.
 Les remarquables performances (à la technique de premier ordre) sont gâtées par des musiques sirupeuses qui n’ont rien à envier aux plus racoleuses des comédies romantiques. Cirkopolis est donc un peu à la contre-utopie ce que Bob l’éponge est au conte philosophique. Cela peut être plaisant mais…  loin d’être vraiment remuant.

 Adèle Duminy

Spectacle vu au Théâtre municipal de Grenoble le 25 janvier.
Du 31 janvier  au 4 février au Grand Théâtre d’ Aix-en-Provence; les 6 et 7 février à Antibes/ Anthéa ; les 10 et 11 février à l’Espace Jean Legendre de Compiègne; les 13 et 14 février  au Splendid de Saint-Quentin; les 15 et 16 avril au  Colisée-Théâtre de Roubaix; les 29 et 30 avril au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes, et du
4 au 7 mai au Grand T de Nantes.


Archive pour 28 janvier, 2015

Cirkopolis

u00A92012 Production Neuvart  Valu00E9rie Remise

 

Cirkopolis, un spectacle du Cirque Éloize

La contre-utopie entretient avec l’anticipation un rapport étroit qui tient à la portée critique du genre, lequel genre se saisit de ce qui a troublé le passé, continue de menacer de manière sourde le présent et en projette alors les nœuds dans un futur cauchemardesque.
Aldous Huxley souligne dans Le Meilleur des Mondes, la folie où pourrait nous conduire une course effrénée vers l’eugénisme, ce que pointe aussi du doigt le film Bienvenue à Gattaca; dans 1984, George Orwell avait déjà repris les caractéristiques des dictatures qui ont lacéré la première moitié du vingtième siècle. Les contre-utopies d’aujourd’hui mettent en scène des espaces dévastés, où la nature est  devenue hostile  aux  êtres humains qui en ont pompé toutes les ressources, avec entre autres, The Road de Cormac McCarthy, ou la B.D. Le Transperceneige, adaptée au cinéma.
Il  y a donc une certaine urgence à poser le regard sur ce qui menace l’humanité, mais de quel péril souhaite donc nous garder la compagnie de cirque québécoise? Pas de l’ennui en tout cas. Elle s’empare d’un univers dystopique pour donner un cadre à un spectacle où se mêlent: acrobatie, roue Cyr, bascule, sangles, jonglage, contorsion… En fond de scène défilent, sur un immense écran, les images de tours infinies ou d’énormes rouages évoquant Les Temps modernes de Charlie Chaplin, Metropolis de Fritz Lang, ou  Gotham City, surnom de la ville de New York, chère à Batman.
Cet univers sombre, aux allures cartoonesques, défile avec force effets de perspective et avale interprètes et spectateurs dont l’imagination est vite saturée; le monde de la contre-utopie est donc employé ici à rebours de son usage premier et tient lieu de décoration plaisante, rassurante même, tant il nous est familier avec ses thèmes connus : uniformité des êtres, travail vide de sens, personnage lunaire  faisant office de grain de sable dans la grande machine, et amour/évasion… Mais ici la nécessité inhérente au genre devient alors prétexte  à  divertissement des  plus neutres.
 Un joyeux luron se détache cependant de cette uniformité: c’est le même personnage  que  Sam Lowry , le héros de Brazil que  Terry Gilliam réalisa en écho à 1984. Il travaille au bureau des vérifications, est attachant et tombe amoureux. La fantaisie d’une de ses scènes tranche avec l’atmosphère convenue de l’ensemble. Il y prend comme agrès un porte-manteau à roulettes et y tombe amoureux d’une robe pendue à un cintre. Ce doux rêveur ouvre une brèche qui laisse enfin s’envoler l’imaginaire.
On reprend son souffle, avant de replonger dans des scènes parfois pénibles où des jeunes filles au regard tantôt énamouré, tantôt éberlué, jouent les fragiles créatures noyées dans un univers mâle. Est-ce une dénonciation? Pas sûr.
 Les remarquables performances (à la technique de premier ordre) sont gâtées par des musiques sirupeuses qui n’ont rien à envier aux plus racoleuses des comédies romantiques. Cirkopolis est donc un peu à la contre-utopie ce que Bob l’éponge est au conte philosophique. Cela peut être plaisant mais…  loin d’être vraiment remuant.

 Adèle Duminy

Spectacle vu au Théâtre municipal de Grenoble le 25 janvier.
Du 31 janvier  au 4 février au Grand Théâtre d’ Aix-en-Provence; les 6 et 7 février à Antibes/ Anthéa ; les 10 et 11 février à l’Espace Jean Legendre de Compiègne; les 13 et 14 février  au Splendid de Saint-Quentin; les 15 et 16 avril au  Colisée-Théâtre de Roubaix; les 29 et 30 avril au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes, et du
4 au 7 mai au Grand T de Nantes.

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