Rouge

Rouge, texte d’Emmanuel Darley, mise en scène de Maïanne Barthès

   spectacle356Dans la pénombre, un haut mur de cageots de bois empilés, traversé par des rais de lumière, et des fumigènes enveloppent  l’espace. On se sent projeté dans une atmosphère de vieille halle aux vins, de barricades, voire de rue malfamée. Sur une passerelle, au-dessus de nous, une caissière de supermarché raconte comment elle a été renvoyée pour avoir voulu récupérer des fruits, plus très frais mais encore consommables, dans les poubelles du supermarché où elle travaille. Pour son employeur,  c’est du vol...
  Le ton est donné: vont se succéder des personnages archétypaux, issus de milieux divers qui vont s’unir et chercher ensemble une réponse à l’injustice et à la frustration d’une société qui les bafoue dans leur dignité, leurs droits, et leur envie de vivre pleinement leur humanité. Ils vont donc former un groupe d’activistes: Quartier libre, qui a sa base dans un squat de la ville.
  Emmanuel Darley veut nous montrer, de l’intérieur, comment ce groupe d’indignés, rouges de colère, va grossir en nombre, s’organiser, agir, et comment un des leurs va s’imposer, et devenir leur leader emblématique. Leurs actions vont vite se radicaliser, évoluant du symbolique comme des tags à la bombe de peinture rouge sur des  distributeurs à billets, à la lutte armée, puis au meurtre! Le groupe se déchirera alors de manière irrévocable, et abandonnera son leader à lui-même, enfermé dans ses certitudes.
  A partir du matériau écrit par Emmanuel Darley, Maïanne Barthès et les comédiens, Hugues Chabalier, Fanny Chiressi, Charlotte Ligneau, Mathieu Lemeunier, Marc Menahem, Anne-Juliette Vassort ont élaboré et bâti Rouge. Avec des allusions aux groupes armés du  XXème siècle, notamment en Allemagne, et en Italie pendant les années de plomb… Et avec des chansons engagées ou révolutionnaires, et des textes qui sont comme autant de manifestes.
   Bonnes intentions et sincérité sont bien là… Mais le collectif a voulu mélanger les écritures et on assiste donc plutôt à un atelier de travail qu’à un spectacle. Les acteurs manipulent les éléments de décor: tribunes, étagères, podiums, comptoirs…, se recoiffent, changent de costume, courent, mais on est ici plus proche de l’agitation, que d’un véritable montage cut.Il n’y a guère d’unité, et le jeu, la mise en scène et les textes, manquent d’engagement…
On repense à ce Foucault 71, monté  par le collectif 71 il y a quelques années, à Alfortville, qui était un exemple marquant de théâtre sur le militantisme…

 Gérard Cherqui

Théâtre-Studio d’Alfortville, jusqu’au 31 janvier, du lundi au vendredi à 20h30, les samedis à 15h30 et 19h30, relâche le lundi 19 janvier.


Archive pour janvier, 2015

Platonov

Platonov, d’Anton Tchekhov, traduit du russe par André Markowicz et Françoise Morvan, adaptation de Rodolphe Dana et Katja Hutsinger, création collective dirigée par Rodolphe Dana

 

PlatonovVoilà une pièce fascinante : pièce fleuve, creuset de tous les chefs-d’œuvre à venir, considérée à sa naissance comme injouable, sortie des mains et de la tête d’un jeune homme de dix-huit ans, futur médecin besogneux qui gagne sa vie (et même celle de sa famille), en écrivant des petites nouvelles pour les journaux.
 Le titre pourrait être :  Cauchemar d’une nuit d’été , avec quand même de la légèreté, des rires. En ces quelques jours d’un été étouffant, le temps des vacances, des vies vont basculer, autour de deux figures séduisantes, la Générale et Platonov. Elle, veuve, jeune encore, belle et gaie, sans illusions ni projets, ne croit qu’au présent, soleil fragile au centre de cette petite société, et est pressée d’aimer et d’être aimée.
Lui, c’est l’intellectuel raté, simple instituteur quand on attendait le philosophe, le génie que son nom semblait prophétiser. Et pourtant, c’est aussi un pôle d’attraction au centre d’une galaxie -d’amour et de désirs, du côté des femmes, et même de certains hommes-. Comme le dira plus tard Dorn, le médecin de La Mouette : « Comme tout le monde est nerveux ! Et que d’amour ! ».

  Tchekhov a invité dans cette première pièce, tous les types qui continueront à peupler ses nouvelles et son théâtre : l’aristocrate fin de race, incapable de s’emparer de la vie, le riche propriétaire nostalgique, le paysan enrichi qui représentera la nouvelle classe dominante, le fils à papa fasciné par l’Occident, le médecin bouffon et désabusé, la femme savante…
  En même temps, on aurait tort de parler de types : les personnages sont individualisés, chacun a son morceau d’histoire et sa part de mystère. Les plus touchants, ici, sont le bandit Ossip, voleur de bois et de bétail, grand manieur de couteau, amoureux de la Générale, et Sacha, la candide épouse de Platonov, l’ancre et le refuge qu’il ne saura pas garder. Eux, les purs, savent parler d’amour.
  Cette nuit d’été avec ses lendemains amers,  se passe sur le vaste plateau du Théâtre de la Colline. Un mobilier disparate de canapés, chaises et tables, est à la disposition des comédiens, qui installent et défont les scènes. Une  vaste toile de décor à motifs de forêt sert d’abord de tapis, puis passe à la verticale, on ne sait trop pourquoi : pour limiter un espace trop grand ?
Il a l’avantage de suggérer indifféremment le plein air et les intérieurs, la steppe, la Russie tout entière, si l’on veut, mais exagère les distances entre les personnages. Du coup, le tissu de la mise en scène se défait, et les  acteurs jouent chacun pour soi. Et mieux vaudrait éviter d’ennuyer le spectateur pour évoquer l’ennui. Mieux vaudrait aussi ne pas isoler chaque comédien dans sa propre bulle de jeu pour évoquer l’enfermement des solitudes…

  Le résultat est donc très inégal. Emmanuelle Devos s’en tire  très bien, avec justesse et vaillance et elle  incarne sans peine le charme et l’insolence, l’indolence aussi, de la Générale. Rodolphe Dana ne s’est pas trompé sur ce point : c’est un beau rôle pour elle. Mais lui,  en Platonov, ne se donne pas autant de cartes. D’autres n’en ont qu’une, apparemment….
  On suit néanmoins l’affaire, avec des moments  très burlesques. Rodolphe Dana cite Jean Vilar, le premier à avoir monté Ce Fou de Platonov, pour qui Tchekhov n’a pas fait « du Labiche triste ». Mais, en dehors des  bonnes scènes que l’on doit à Emmanuelle Devos, c’est ce ton de Labiche triste qui fait les meilleurs moments du spectacle.
Reste la pièce, qui bouscule les préjugés qu’on peut avoir sur Tchekhov et sa petite musique. Cette mise en scène manque de rythme, de justesse parfois, mais pas de dissonances. On a envie de dire : à voir quand même…

 Christine Friedel

Théâtre de la Colline, Paris T: 01 44 62 52 52, juqu’au 11 février.

Je suis

Je suis par le Théâtre KNAM, spectacle en russe surtitré en français, texte et mise en scène de Tatiana Frolova,

je_suis_deuxNous avions pu découvrir cette troupe étonnante, venue de Komsomolsk-sur-Amour, en 2012 avec Une guerre personnelle au festival lyonnais Sens Interdits. Inspiré par la bouleversante chronique d’Arkadi Babtchenko,  correspondant de guerre en Tchétchénie, Je suis avait déjà été invité au festival Passages de Nancy, par Jean-Pierre Thibaudat, grand arpenteur de la Russie.
Le KNAM, créé en 1985 sous le régime soviétique, est un théâtre indépendant doté d’une salle de trente places dans «une petite ville de 300.000 habitants! »… La perestroïka lui permit de monter ses premiers spectacles, comme La Métamorphose de Franz Kafka, Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès et Hedda Gabler d’Henrik Ibsen.
Puis, en 2006, la compagnie se tourne vers le théâtre documentaire avec Endroit sec et sans eau,  et Une guerre personnelle, qui furent invités en France. Le KNAM travaille sans aucune subvention, (ses cinq membres vivent de petits boulot), et n’a donc pas de dates précises pour présenter des créations abouties, «des conditions extrêmement favorables pour tout artiste » !
Nous avions déjà assisté  à ce spectacle au Théâtre de Poche de Genève en 2013  (voir Le Théâtre du Blog) mais  il est ici beaucoup plus clair. Comme souvent, lors d’une deuxième vision, on peut croire, mais à tort, que le spectacle a été modifié; Elena Besserova nous a assuré que rien n’avait changé. Comme les autres personnages joués par Elena Bessenova, Dmitry Bocharov, Wladimir Dmitriev, elle  interprète son propre rôle, celui d’une fille qui assiste à la déchéance mentale de sa mère atteinte par un Alzeimer,

Construit sur une superposition irréelle d’images audiovisuelles, sur le plateau et dans la salle, Je suis retrace la généalogie de ces grands-pères et grands-mères, arrêtés, exilés et dépouillés de leurs biens, et dont beaucoup ont disparu. Au centre, la mère d’Elena, chez elle, aux côtés de sa fille qu’elle ne reconnaît plus, et qui s’obstine  à vouloir retourner  dans son appartement…
Les souvenirs anciens remontent, comme cette robe qu’elle a eu le droit de se coudre, pour tout salaire, après des mois de travail,et  les efforts pour élever les enfants, envers et contre tout : »J’ai fait ce que j’ai pu, pour que ton frère et toi ne soient pas des mauviettes ! ». Des vidéos de petits portraits dessinés  offrent une dimension ludique et émouvante à ce terrible massacre qui connaît encore des résurgences.
Ce cauchemar n’a pas été oublié à Komsomolsk-sur-Amour et ce n’est pas le régime actuel qui parviendra à le résorber! On voit aussi  Wladimir Poutine salué par des acclamations à plusieurs reprises. Une belle émotion…
Je suis se jouera prochainement à la Chaux-de-Fond (Suisse). Un spectacle à ne pas manquer…

Edith  Rappoport

Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, à Paris, le 16 janvier.

Reste(s)

Restes, librement inspiré de Guerre de Lars Norén, avec des textes de Svtelana Alexeivitch, Charlotte Delbo, Darian Al Joundi, Mahmoud Darwich, mise en scène de Laureline Le Bris-Cep

 

restesLe théâtre  du dramaturge et metteur en scène suédois  est maintenant bien connu chez nous où il a souvent été joué: avec entre autres,  La Force de tuer , La Veillée, Munich-Athènes (1993), Détails (1999). Bobby Fischer vit à Pasadena (2003). Depuis les années 1990, Lars Norén parle  davantage des laissés pour compte des grandes villes occidentales contemporaines.
 Il créa Guerre au Théâtre Vidy-Lausanne en 2004 et , met en scène au Riksteatern de Stockholm, Terminal 3 et Terminal 7 et  en 2007, À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, en référence à la célèbre journaliste russe assassinée en octobre 2006.
  Guerre est en fait un sorte de fresque où il évoque sans le préciser ni le lieu ni la date ( mais on a l’embaras du choix!) un pays à la fin d’une guerre. Barbarie, tortures, élimination de populations entières: c’étaut ghier et c’est encore de la plus brûlante actualité comme ce qui s’est passé il y a quelques jours au Nigéria.
Un soldat, après avoir été prisonnier, revient chez lui dans son village. Il retrouve sa femme et de ses  filles adolescents qui croyaient qu’il était mort. La guerre a tout changé: vieux refrain, repris dans tous les coins de la planète après chaque grand conflit,  et c’est son identité à lui qui en est aussi modifiée: les proches ne sont plus les mêmes; son frère Yvan a disparu, comment réapprendre à vivre au quotidiendans d’autres conditions… Comment garder encore une lueur d’espoir. En, fait,  son frère s’est caché : il est devenu l’amant de sa femme… Les choses les plus banales n’en sont pas les moins douloureuses pour elui qui les vit.
Laureline Lebris-Cep, ancienne élève de l’ERAC  a eu le bonheur de n’avoir pas vécu de guerre, sinon par les images généreusement diffusées par les chaînes de télévision, a d’abord interviewé ses acteurs pour questioner,  dit-elle, leur rapport à la guerre. « A partir de cette parole, j’ai entamé un processus d’écriture; (…) Par ailleurs nos lectures nous ont permis de nous immerger dans les thématiques travaillées par Lars Norén. Les interviews réécrites , remaniées, donnent lieu à des propositons scéniques, à des motifs d’improvisation. Les acteurs en présence continuelle sur le plateau proposent soit une situation qui puisse continuer la fiction, soit un témoignage personnel”.
Sur le plateau de la Friche de mai, pas grand chose qu’une maison d’enfants en plastique pour jardin aux couleurs immondes  qui polluent visuellement le paysage des jardins  de villas en banlieue, un rectangle de pelouse synthétique, une table basse, des chaises d’enfant toujours en polyester, et une ampoule nue suspendue. Dans le fond toute une série de bouteilles d’eau derrière un long grillage.Il y a aussi un gros aspirateur-bidon. Pas de costumes sinon ceux du quotidien , sauf celui d’Alexandre en combinaison violette, ce  qui est sans doute une facilité…

  Tout cela est assez malin pour dire la vulgarité, la tristesse de ces jeunes gens, en  cette après-guerre, pour dire une écriture du réel. Cela commence par quelques propos à propos des événements qui ont endeuillé la France… Privilégiés, ils parlent de la guerre, de celle qu’ils n’ont pas évidemment pas connue mais qui ont bercé leur enfance, celle du siège de Sarajevo…  
 De la guerre qui s’est rappelé à notre bon souvenir cette semaine, la plus tragique qu’ait connu la France depuis des décennies. Bref, la guerre, c’est un peu pour eux  comme le Moyen-Age et pour nous, une actualité encore récente: ne parlons même pas de la guerre de 1940…
Frappante la maîtrise absolue avec laquelle Laureline Le Bris-Cip dirige ses camarades de l’ERAC: Heidi Eva Clavier, Alexandre Fink, Juliette Prier, et Chloé Vivares  et Adrien Guiraud, lui un peu plus âgé, qui possède déjà un remarquable métier.
Intelligence, précision, sensibilité, organisation du plateau…On pense au tout jeune Chéreau,  quand il mettait en scène Les Soldats de Lenz.
 Là où cela va moins bien, c’est du côté dramaturgie et  Laureline Le Bris-Cep aurait dû y regarder à deux fois avant de pratiquer son petit cocktail, quand elle introduit des propos visiblement tirés d’impros (une manie très mode!) et des citations d’auteurs contemporains, dans celui de Lars Norén. Même si la metteuse en scène annonce honnêtement la couleur: “librement inspiré de  Guerre de Lars Norén”.

Mais, désolé,  ce mélange entre une fiction imaginée par Lars Norén et des propositions  vite et mal gérées d’une création collective font mauvais ménage et n’apporte pas grand-chose et surtout nuit à la compréhension du texte et à la cohésion générale de sa réalisation qui, parfois, traîne un peu en longueur. Du coup,  le pourquoi de la guerre, le pourquoi et comment des victimes et des bourreaux, l’humour comme la tension tragique  de cette histoire familiale passent quelque peu à la trappe…
  Erreur de jeunesse, mais à 24 ans, Laureline Le Bris-Cep possède, c’est évident,  des atouts assez exceptionnels pour réaliser de solides mises en scène. A suivre donc…

 Philippe du Vignal

 Spectacle vu à la Friche-Belle de mai, Marseille le 10 janvier.

 

 

 

L’Avantage avec les animaux… de Rodrigo Garcia

L’Avantage avec les animaux c’est qu’ils t’aiment sans te poser de questions de Rodrigo Garcia, traduction de Christilla Vasserot, mise en scène de Christophe Perton

 

p183768_7Comme des animaux en cage, cantonnés sur un terrain de basket grillagé, trois comédiens échangent des propos graves ou anodins sur la vie, la mort, l’amour. Les aphorismes succèdent aux anecdotes  et  des passages lyriques (le son et les mouvements d’une rivière  en cascade, les couleurs de l’automne…) font place à des considérations triviales (comme des réflexions sur la lunette des toilettes).
Il est beaucoup question de maladie, de souffrance, d’hôpital, d’un chien triste, d’une mère mourante. Les médecins sont inconséquents, les infirmières sans compassion, les chats sans intérêt, les chiens trop serviles, mais souvent plus attachants que les humains. « C’est, dit Christophe Perton, un texte libre et débridé et qui malgré son apparente déconstruction, repose sur une dramaturgie très cohérente ».
Le dit texte se veut une sorte de manifeste contre la mort : « Il s’agit à chaque page, désespérément, de rester en vie, de sauver sa peau. Et de promettre (…) de revenir à la vie mais en mieux, en se repensant en tant qu’homme et non en tant qu’espèce à peine plus évoluée que le simple animal. (…) L’avantage avec les animaux… insiste sur l’idée de ne pas se laisser mourir. »
Ce qui frappe, dans cette pièce -composée comme un dialogue qui n’en est pas un- c’est la teneur poétique de la langue, l’impertinence du ton et son humour irrévérencieux.  Francisco de Quevedo ou Robert Walser sont cités à l’appui. On découvre aussi l’univers architectural d’Enric Miralles, évoquant le cimetière d’Igualada. Mais on regrette que l’énergie, la vitalité que déploie l’auteur, sa dérision teintée de poésie, ne soient pas toujours au rendez-vous. Et que ce soit plutôt le morbide qui l’emporte.
Certes, c’est une gageure de s’emparer de Rodrigo Garcia, connu pour son univers scénique décoiffant et  ses audaces provocatrices. « J’estime, dit Christophe Perton, qu’il existe une œuvre autonome, c’est à dire une écriture de Rodrigo Garcia indépendante de ses mises en scène ». Mais, hormis quelques passages où les acteurs réussissent à jouer ensemble et à entrer dans cet univers fantasque truffé de coq-à-l’âne incongrus, il ne se tisse aucune véritable complicité entre eux.
Chacun se contente d’occuper le terrain, et de jouer au mieux sa partition. Seule Judith Henry trouve la bonne tonalité. Les interventions chorégraphiques faussement enjouées peinent à créer une dynamique et n’empêchent pas ce spectacle tristounet de courir après ce qui fait l’essence et l’originalité de la  pièce.

 Mireille Davidovici

 Théâtre du Rond-Point, Paris,  jusqu’au 14 février.

 Le texte publié aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

 

 

Le Ventre de la baleine

Le Ventre de la baleine de Stanislas Cotton, mise en scène Sophie Thebault

 

photo le ventre de la baleineGants de boxe et punching-ball, Aphrodite, combat les souvenirs qui l’obsèdent. Agnès Pichois, seule  sur ce petit plateau,  tourne en rond dans sa chambre et dans sa tête, ressassant les épisodes qui composent son histoire : sa vie de femme, d’amante et d’épouse.
Par cercles concentriques, le récit progresse, fait d’allers et retours entre passé et présent, suivant les caprices d’une mémoire douloureuse qui peine à faire le tri dans ses impressions.
La jeune femme nous dévoile peu à peu les contours du trou noir où a sombré son existence. Jonas est tombé dans la bouteille, le ventre de la baleine. La déesse de l’amour est une femme battue par  son amant,  devenu son bourreau. La litanie des mots doux s’est muée en insultes alcoolisées.
Femme au foyer obsédée par les tâches ménagères, au service d’un mari violent, avec la peur au ventre de mal faire, elle ressasse, énumère, et revit les moments de son calvaire. Elle se revoit au commissariat, tentant de porter plainte et n’y arrivant pas.
Entre notations quotidiennes et allusions mythologiques, le texte de l’auteur belge Stanislas Cotton s’égrène comme une petite chanson aigre-douce, rythmée par une langue énergique. Grâce à un jeu tonique, Agnès Pichois évite aussi les embûches d’un sujet de société, celui des  violences  conjugales. La mise en scène minutieuse et distanciée de Sophie Thebault, parvient à capter le public pendant une heure,  avec un spectacle qui aborde sans pathos un problème social grave.

Mireille Davidovici

 Comédie Nation  77, rue de Montreuil - 75011 Paris jusqu’au 17 février. T. 06 60 49 82 47

Bistrot littéraire autour de l’œuvre de Stanislas Cotton le 10 Février à 12h30, au Centre Wallonie-Bruxelles, 46 rue Quincampoix, 75001 Paris T. 01 53 01 96 96.

Spring Glory, un opéra cantonnais

Spring Glory, un opéra cantonais

opera cantonaisC’est sous la dynastie des Ming au XVIIème siècle que nait l’opéra cantonais, aujourd’hui classé au patrimoine mondial immatériel de l’Humanité par l’Unesco. Cette forme de spectacle qui mêle le théâtre, le chant, la danse, des acrobaties et les arts martiaux, était très populaire jusque dans les années 1990.
Régulièrement joué, en particulier à Hong Kong, Macao et Canton, il a perdu aujourd’hui sa popularité auprès du public, en particulier les jeunes. Clairsemés ce soir-là, les spectateurs sont pourtant très motivés et applaudissent avec ferveur chaque entrée des acteurs vedettes.
La musique, jouée par une vingtaine d’interprètes sur des instruments à cordes traditionnels,  et les décors de toiles peintes, très colorées, sont au service d’un jeu très codifié. Il existe de nombreuses pièces au répertoire de ce type d’opéra, mais, en l’absence de sur-titrage et  de  programme traduit en anglais, il est difficile de suivre l’intrigue, d’autant que la représentation dure au minimum trois heures…
Remarquables sont les costumes qui rivalisent d’ornements et de couleurs, comme l’art du maquillage qui transforme le visage des  interprètes en véritable œuvre d’art. Parfois,  chaussés de cothurnes, ils  entrent en interaction avec le public, comme à Guignol en France,  mais   cela casse le rythme uniforme de la pièce.
Les coups de gong et de tambour réveillent régulièrement certains spectateurs; ils se lèvent, changent de place ou font des commentaires; ce qui est sans doute aussi intéressant et qui est à découvrir par tout voyageur curieux…

Jean Couturier

Au répertoire du Grand Théâtre du Centre culturel de Hong Kong

www.lcsd.gov.hk/hkcc 

Les Cahiers de Nijinski

Les Cahiers de Nijinski de Vaslav Nijinski, texte français et adaptation de Christian Dumais-Lvowski, mise en scène de Daniel Dan Pedro et Brigitte Lefevre

NijinskiVaslav Nijinski, danseur exceptionnel, était né à Kiev de parents polonais, et est mort à Londres en 1950, avant d’être enterré au cimetière de Montmartre à Paris  Mais il n’a eu droit qu’à une petite allée à son nom dans le square de la tour Saint-Jacques!
C’est Serge de Diaghilev qui l’engagea et il fut  l’étoile des Ballets russes  dans de nombreux ballets chorégraphiés d’abord par Michel Fokine à partir de 1909, comme entre autres Shéhérazade, Petrouchka, Le Spectre de la rose, puis par lui-même, avec Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de feu…  Avec de musiques d’Igor Stravinski, Claude Debussy, Maurice Ravel, Manuel de Falla, et avec des scénographies et costumes révolutionnaires, comme entre autres, ceux de Léon Bakst pour Shéhérazade et L’Après midi d’un faune (1912) dont Nijinski assura la chorégraphie qui  cause un véritable scandale à cause d’une chorégraphie opposée au formes du ballet classique: genoux pliés, pieds rentrés…  et de  l’évocation d’un orgasme!
Mais les relations avec Serge de Diaghilev dont il était l’amant se détériorèrent quand Nijinski décida de se marier avec une jeune danseuses hongroise,  Romolà de Pulsky en 1913. Il fut donc exclu des Ballets russes qu’il réintégra pourtant trois ans plus tard. Puis, à partir de 1918, il écrivit sur de petits cahiers son expérience de danseur et de chorégraphe; il y raconte aussi ce que fut sa vie avec Serge de Diaghilev, puis avec sa femme Romolà. Victime d’une grave schizophrénie, il fut ensuite interné  jusqu’à sa mort.
Nijinski parle de tout, et d’abord, et surtout de Dieu, jusqu’à l’obsession mystique: « Je ne suis un singe. Je suis un homme. Le monde descend de Dieu. L’homme vient de Dieu. Il est impossible aux hommes de comprendre Dieu. Dieu comprend Dieu. L’homme est Dieu, c’est pourquoi il comprend Dieu. Je suis Dieu. Je suis un homme. Je suis bon, et pas une bête. J’ai une chair. Je suis la chair. Je ne descends pas de la chair. La chair descend de Dieu. Je suis Dieu. Je suis Dieu. Je suis Dieu… »
Il parle aussi du sexe en termes crus, et de ses proches: Nijinski semble avoir une curieuse relation avec sa jeune épouse et surtout avec sa belle-mère Emma Emilia Markus; il parle aussi de ses deux petites filles, de sa cuisinière,  Louise, de Nicolas Gogol et de Fiodor Dostoievski, des choses et des  animaux. Et d’abord,  de son amour/haine obsessionnel pour  Serge de Diaghilev avec lequel il dit avoir vécu cinq ans: « J’ai détesté Diaghilev dès les premières rencontres car je connaissais le pouvoir de Diaghilev; (…)Je veux prouver que tout l’art de Diaghilev est une pure bêtise. J’ai été Diaghilev, je connais Diaghilev mieux qu’il ne se connaît lui-même ».
Nijinski parle aussi curieusement de son stylo à réservoir d’encre qui ne fonctionne pas bien et qu’il voudrait transformer, quitte à prendre un brevet pour en tirer de l’argent, d’un pont qu’il voudrait construire entre l’Europe et l’Amérique! Mais aussi des taureaux:  » Les Espagnols aiment le sang du taureau, c’est pourquoi ils aiment les assassinats. Les Espagnols sont des gens affreux, car ils commettent des assassinats de taureaux. »  Prophétique, Nijinski s’en prend à  la consommation de viande….
Ce qui est frappant dans ces Cahiers, c’est d’abord la fulgurance poétique des phrases de Nijinski mais aussi le renversement permanent des affirmations personnelles et des propositions philosophiques ou esthétiques auquel il ne cesse de livrer. Dans une espèce de ronde infernale où l’on sent déjà les graves désordres mentaux dont il va être atteint…
Nijinski dansait parfois jusqu’à l’épuisement, devenait de plus en plus agressif avec ses proches et en arrivait à frapper sa femme. En 1919, il écrira ces Cahiers en quelques semaines, comme dans l’urgence,  sans doute sous l’influence du docteur Fränkel, le médecin de Saint-Moritz qui essaya de le soigner.
Christian Dumais-Lvowski a réalisé en 1993 une adaptation pour le théâtre de ces Cahiers  dont il a édité la version intégrale non expurgée deux ans plus tard, et qui a été souvent mis en scène en Europe. Il était évidemment impossible de jouer le texte en entier. Mais ici, en quelque soixante dix minutes, Clément Hervieu-Léger nous en livre la substantifique moelle avec beaucoup d’intelligence, de sensibilité et de pudeur. Il a de plus une certaine ressemblance avec le célèbre danseur, et c’est tout à fait brillant.
Et cela, malgré une scénographie qui ne favorise guère le jeu sur le plateau: imaginez  un plan courbe blanc très pentu qui descend vers le bord du plateau, et une mise en scène/chorégraphie assez médiocre, qui associe l’acteur à une sorte de double/accompagnateur au rôle mal défini (Jean-Christophe Guerri), ce dont on ne voit nullement la nécessité.
L’ancien danseur de L’Opéra de Paris est là, toujours silencieux et entraîne parfois Clément Hervieu-Léger parfois dans des roulades, lui remet les chaussures qu’il a enlevées quelques minutes avant, et le regarde très souvent les yeux dans les yeux…  Sans que l’on comprenne vraiment les raisons de tout cela, comme s’il s’agissait de faire digression. Mais c’est aussi maladroit qu’inutile.
Reste un texte, et quel texte!  que vous pouvez découvrir grâce à l’interprétation magistrale de Clément Hervieu-Léger…

Philippe du Vignal.

Théâtre de l’Ouest Parisien, 1 Place Bernard Palissy 92100 Boulogne Billancourt. T: 01 46 03 60 44.
Le texte est édité en version non expurgée chez Actes Sud.


 

 

 

Viejo, solo y puto

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Viejo, solo y puto  de Sergio Boris, spectacle  argentin en espagnol surtitré
 

vsp-pigu-gome21263 La plupart des créations de Sergio Boris, artiste de la scène indépendante Portena à Buenos Aires, sont empreintes d’une « volonté de réalisme » sans détour. « Le temps de la création, (c’est pour lui, essentiel), doit être, dit-il, celui où règnent l’obsession, l’inutile et la vacance ». Et il aura fallu deux ans de répétitions et un travail d’improvisation conséquent  pour que le spectacle soit enfin présenté…
  Viejo, Solo y Puto est un huis-clos. Dans un quartier périphérique de Buenos Aires, se retrouvent, à l’arrière-boutique d’une pharmacie, deux amies travesties, Yulia et Sandra, deux frères, Evaristo et Daniel, et Claudio, un visiteur médical.
L’écriture de cette fiction  s’inscrit dans une parole au présent et l’action est une suite d’instants discontinus, parfois répétés, s’assemblant de façon contingente. On se trouve ici en présence d’une « pièce-paysage où la parole est essentiellement action »»,  pour reprendre les mots de Michel Vinaver.
Le public découvre une scène envahie par des étagères de médicaments, et adossés aux étagères, un fauteuil, et une table minable, faisant office de bureau-comptoir dans cette boutique encombrée et labyrinthique où cette bande d’individus paumés, tous blessés de l’existence, va pendant soixante-dix minutes, échanger des propos disparates, tour à tour triviaux et/ou tendres, mais brûlants de vérité.
Comme le précise le metteur en scène: « La pharmacie n’apparaît jamais dans sa globalité mais par fragments (…) Cet espace permet de raconter de nombreuses histoires ». Solitude, rupture sentimentale, argent, sexe, drogue, échec professionnel, rivalité entre classes sociales différentes… Tout y passe. Pour qu’en définitive,  la violence finisse par triompher…
Dès le début, il y a un désir de faire la fête dans la pharmacie familiale de Daniel; Evaristo, le frère aîné,  veut acheter des pizzas, et boire de la bière… Oublié le souhait de Sandra, un des travestis, d’embarquer la petite troupe au Magica, une boîte de nuit. Mais, brusquement, une bagarre éclate. Jalousie, frustration, addiction viennent à bout de chacun.
Pourtant, par moments, le réalisme disparait et la poésie se glisse dans cette pharmacie qui se transforme en bistrot sordide mais chaleureux,  voire en boîte de nuit, comme Le Magica peut-être, espace de toutes les dérives, de tous les fantasmes  et comme l’espoir d’un instant de bonheur… La tension dramatique ne cesse de monter, et les personnages finissent tous par craquer. «Nous voulons parier sur un théâtre dont le jeu procède d’une multiplicité de plans, plutôt que de modèles comportementaux ou de caractères donnés », dit Sergio Boris, dont les intentions esthétiques et dramaturgiques sont tout à fait abouties dans ce spectacle créé en 2011 à Buenos Aires, et présenté ici pour la première fois en France.
Viejo, solo y puto progresse avec beaucoup de sensibilité et de justesse et le metteur en scène a su mettre en lumière des thèmes comme ceux-ci: à quoi tient notre désir dans un monde où priment les rapports d’argent ? Qu’est-ce qui nourrit encore nos rêves?
Malgré l’absence d’événement central, on est comme emporté et fasciné par la langue et les mots incarnés par Patricio Aramburu, Jorge Eiro, Marcelo Ferrari, Dario Guersenzvaig et Federico Liss. Gestes, regards, déplacements, silences, moments musicaux, théâtralement forts, dominent en effet l’espace textuel et donnent au spectacle une force organique, charnelle et tragique. « Le sujet, dit Sergio Boris, est plus à percevoir comme un flux et non comme une référence; (…) l’acteur n’interprète ni un texte, ni même une idée (…) l’acteur doit être un acteur poétique»
Cette pharmacie, avec ses diverses potions magiques et ses travestis, comporte déjà une théâtralité dense: le choix des personnages et du lieu n’est évidemment pas un hasard… Pourtant aucun cliché, aucune lourdeur, alors qu’à la lire, la pièce n’a rien de très original, et on se dit même que l’ennui  pourrait gagner le spectateur.
Mais la magie du théâtre opère ici. Moment artistique émouvant, perturbant, moment esthétique et politique marquant dans le spectacle contemporain. Pour le metteur en scène, «l’acteur alterne avec la musicalité du récit et fait irruption dans ses multiples couches qui coexistent. Il n’est pas habité par des personnalités, mais par des flux, des rythmes, des images, des états. La dernière grimace » !
C’est à voir absolument.

Elisabeth Naud  

Théâtre de la Commune, 2 rue Edouard Poisson 93300 Aubervilliers. T: 01 48 33 16 16, jusqu’au 29 janvier. Relâche le dimanche 18 janvier.

 

Mon frère, ma Princesse

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Mon frère, ma princesse, de Catherine Zambon, mise en scène d’Émilie Leroux

   00003.293.gLes représentations de tous les spectacles pour public scolaire ont été annulées jusqu’à nouvel ordre en Ile-de-France, en conséquence du plan Vigipirate… Pour ne pas tout perdre, l’équipe artistique a fait le choix généreux d’aller dans les classes faire des lectures de Mon frère ma princesse qui  a reçu le prix Collidram, prix national de littérature dramatique des collégiens en 2013.
Nous voici dans la famille d’Alyan, cinq ans, et de Nina, sa grande sœur. Une famille tout à fait classique mais où Alyan préfère la vieille robe de princesse de sa sœur, au nouveau vélo offert par sa mamie Loupiotte. Son papa,lui,  est trop occupé pour s’en inquiéter et sa maman ne sait pas trop comment réagir, même si elle aimerait bien que ça change.
Mais voilà, Alyan n’en démord pas, il veut être une princesse, et plus tard  être une maman;  il ne quitte plus sa robe et sa baguette magique avec laquelle il fait « la magination » ; il dit aussi qu’il « mourira », si on  l’empêche d’être une princesse. Nina, en sœur protectrice, encaisse les moqueries d’abord, et les coups ensuite, lavant l’honneur de son petit frère qui  fait des tours de magie et qui parvient à la faire disparaître… C’est à partir de là que tout le monde prend conscience des problèmes.
L’écriture de Catherine Zambon, à la fois tendre et efficace, dit les choses sans entraves, porte ce qu’il faut d’humour et de poésie pour un résultat d’une justesse et d’une émotion directes. Émilie Leroux a su réaliser une mise en scène de cette même veine engagée, et ses comédiens sont excellents; Dieu sait pourtant qu’il n’est jamais facile pour des adultes de jouer des enfants sans bêtifier, alors quand  un jeune homme doit jouer un petit garçon qui se déguise en fille!
Défi relevé avec talent par Colin Melquiond, jamais ridicule, mais aérien et enchanteur. Marie Bonnet interprète, elle, une Nina pleine de colère rentrée, les dents serrées, ne souriant qu’à son petit frère qu’elle aime tant. Les comédiens, d’abord tous face public créent un beau tableau et nous amènent tout de suite à beaucoup d’empathie. Trois cadres de portes reliés entre eux et montés sur roulettes vont beaucoup bouger pour  représenter différents lieux et nous proposer aussi plusieurs angles de vue d’une même scène, ou pour faire tournoyer ou enfermer les personnages.
Une belle lumière et quelques beaux effets (une robe descendant des cintres, des paillettes scintillantes …) viennent s’ajouter à la magie du plateau. Catherine Zambon a beaucoup insisté pour que son texte soit joué par six comédiens, ce qui est coûteux donc pas facile, quand il s’agit d’une production destinée au jeune public. Mais elle a bien fait d’avoir cette exigence: cela évite que l’on se focalise trop sur le personnage d’Alyan; on aborde ainsi, dans son ensemble, ce thème brûlant traité avec une belle sensibilité d’écriture: on pense à Tomboy, un superbe film sorti juste après l’écriture de Mon frère, ma princesse.
C’est la preuve, une fois de plus, que le théâtre dit jeune public, peut proposer de beaux moments de réflexion  quand  il s’agit comme ici, d’une  création théâtrale de grande qualité !

 Julien Barsan

Maison de la musique de Nanterre, le samedi 17 janvier à 15h; Le Coléo, Pontcharra (38), le 23 janvier; Théâtre de Vénissieux, les 29 et 30 janvier;  Théâtre de Villefranche (69), du 28 février au 4 mars; Centre culturel de La Ricamarie (42), les 12 et 13 mars et Train Théâtre, Portes-les-Valence, les 31 mars et 1er avril.

 La pièce est éditée à L’Ecole des loisirs.

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