La Bête dans la jungle et La Maladie de la mort

La Bête dans la jungle d’Henry James, adaptation de Marguerite Duras, d’après celle de James Lord, et  La Maladie de la mort de Marguerite Duras, mise en scène de Célie Pauthe

 la_bete_2Deux points de vue, ceux de Philippe du Vignal et  Véronique Hotte:

Henry James, écrivain américain (1843-1916) est l’auteur de vingt-deux romans et de très  nombreuses nouvelles, dont il adapta l’une: Daisy Miller pour la scène mais aussi de contes, d’essais,  et ce que l’on sait moins, de quinze pièces de théâtre en un acte. De 1890 à 92, il écrit à Londres six pièces, dont une adaptation de son roman L’Américain qui, seule, sera mise en scène, et un drame Guy Domville qui fut un échec. Il écrivit  enfin  trois autres pièces… qu’il recycla en romans à succès.
Ses nouvelles furent aussi adaptées au théâtre par d’autres, comme en particulier Les Papiers d’Aspern, créée en 1962 avec succès à Broadway ; puis en 1981, Marguerite Duras adapte, une seconde fois,  La Bête dans la jungle, écrite par Henry James en 1903, que mettra en scène de façon tout à fait remarquable Alfredo Arias, avec Delphine Seyrig et Sami Frey, grâce à René Gonzalès qui l’accueillit au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis. Et que filma Benoît Jacquot. Puis en 1992, Jacques Lassalle met aussi en scène la pièce avec Gérard Depardieu et Fanny Ardant. Et il y eut aussi La Maladie de la mort revisitée par Robert Wilson (1996) avec Lucinda Childs et Michel Piccoli.

  Célie Pauthe, est une habituée du Théâtre de la Colline où on avait pu voir  d’elle Des Arbres à abattre, d’après le roman de Thomas Bernhard, un excellent Long voyage vers la nuit d’Eugene O’Neill mais aussi… un très redoutable Aglavaine et Sélysette de Maurice Maëterlink (voir Le Théâtre du Blog).
A son tour, elle se dit aussi fascinée par cette nouvelle où, dit-elle, «Beaucoup de thème durassiens sont déjà présents (…) dans cette idée que l’absence d’histoire est l’histoire en elle-même, dans le principe de l’attente comme moteur et motif de l’écriture, dans le thème du désir et de l’effroi que constitue la femme pour l’homme. Les deux textes parlent de ce que l’on pourrait appeler une carence, une déficience pathologique du cœur qui prend la forme d’une anesthésie du désir, d’un froid intérieur, dont les deux figures masculines sont paradoxalement les victimes et contre lesquels elles luttent aveuglément de  toutes leurs forces».
  Sur le plateau, imaginée avec intelligence par la scénographe Marie Rocca qui signe aussi les beaux costumes, il y a plusieurs antichambres/salons successifs et vides au beau parquet, dans un château dont les murs un peu sales n’ont pas connu la peinture depuis longtemps, avec, au centre, un grand miroir.
C’est un univers clos: pas de fenêtres, juste une porte de chaque côté de la scène; aucun meuble, sinon un piano droit noir dans le fond, avec de chaque côté, deux banquettes grises, une petite table avec un bouquet de fleurs et deux chaises. Trois accessoiristes, tout de noir vêtus, et évoluant comme des personnages de ballet, apportent ensuite un repas, puis une table basse,  d’autres vases de fleurs, une lampe  de chevet, et un  lampadaire. Et un grand lit, avant La Maladie de la mort.
  Catherine Bertram et Jean Marcher se retrouvent par hasard dans une réception, comme déjà aimantés l’un vers l’autre. En fait, ils se sont en fait déjà rencontrés autrefois ; lui, pense se le rappeler seulement; mais, elle,  s’en souvient très bien. Il lui avait alors confié un secret : depuis toujours, il vit avec la conviction d’être promis à un sort mystérieux. Une chose l’attend dans l’obscurité, telle une bête dans la jungle,..
  Ils passent alors un pacte étrange : ils se verront souvent, le temps de vieillir ensemble, et elle acceptera de devenir pendant de longues années, la compagne de cette attente. La vie passe à guetter cette «bête», et s’installe alors  une curieuse relation entre eux,  d’un érotisme brûlant, proche et lointain à la fois. «L’aimer, dit Catherine, voilà quelle eut été l’issue; alors, alors, il aurait vécu ».
Et ils parlent beaucoup, et sans fin de l’amour, du sens que l’on peut donner à sa vie, d’une passion irréversiblement perdue, de la difficulté à aimer, mais aussi de l’énigme absolue, du mystère que reste femme pour un homme.. « Lui, écrit Henri James dans sa nouvelle, aucune passion ne l’avait jamais touché (…) Il avait vu hors de sa propre existence et non appris par le dedans, la façon dont une femme est pleurée quand elle a été aimée pour elle-même ».

  Et ce texte, parfois énigmatique, dans la mise en scène par Céline Pauthe, cela donne quoi ? A début, on est séduit par ces deux personnages hors normes, qui se retrouvent par hasard dans ce salon et se parlent dans une faible lumière. Catherine Bertram, c’est Valérie Dréville, qui a une belle présence, et c’est John Arnold qui joue Jean Marcher, mais il est lui moins sûr de lui, moins convaincant, du moins le soir où nous l’avons vu, et il vaudrait mieux qu’il évite de taper sur les fins de phrase.
Est-ce cette lumière sépulcrale et ce rythme sans cesse cassé par l’arrivée ponctuelle et bien artificielle (comme les fleurs qu’il apportent)  des accessoiristes? Mais le temps ici s’écoule bien lentement, et on est un peu las de cette méditation sur l’amour qui, surtout, quand on relit  la formidable nouvelle d’Henry James, semble ici assez répétitive. C’est sans doute, on l’aura compris, un parti-pris de mise en scène mais avec un esthétisme assumé de la froideur et de la lenteur qui est un peu la marque de fabrique de Célie Pauthe.
 maladie_2_0Arrive ensuite sans coupure aucune, La Maladie de la mort, où Célie Pauthe introduit un personnage, une femme (Valérie Dréville) qui récite les didascalies à la deuxième personne du pluriel, alors que l’homme (John Arnold) a rendez-vous avec une jeune femme (Mélodie Richard, excellente, avec une belle gestuelle dans ce rôle pas facile, puisque souvent muet) qui a choisi de lui vendre son corps, et qui se déshabille lentement, puis se met nue dans le lit.
Il essaye de l’interroger sur sa « maladie ». Pourquoi ne peut-il aimer? Pourquoi ne peut-il être aimé? L
a jeune femme lui assène quelques vérités avec un certain cynisme, alors qu’il veut lui raconter l’histoire d’un enfant, dont  il ne se souvient pas vraiment…
  Mais on ne voit pas bien le dénominateur commun entre ces deux textes, de style et d’expression très différents,  sinon qu’ils ont  été, l’un adapté et l’autre écrit par Marguerite  Duras, et qu’il s’agit d’une histoire de couple. Au moins, la présence de Mélodie Richard apporte-t-elle un peu d’air dans cette seconde partie qui suit et sans coupure aucune,  la première, comme s’il s’agissait d’une seule et même pièce.
 La  mise en scène de Célie Pauthe, très réussie  sur le plan pictural, avec des lumières formidables signées Sébastien Michaud, est souvent trop statique, si bien que le spectacle ronronne dans la première partie, et quitte à passer pour un vieux con, nous persistons et signons: Alfredo Arias comme Jacques Lassalle avaient mieux réussi leur coup; plus de trente ans après, et ce n’est pas un effet petite madeleine, le souvenir du couple mythique Delphine Seyrig/Sami Frey (49 et 47 ans à l’époque) reste intact; il fonctionnait beaucoup mieux que celui de Valérie Dréville/John Arnold, presque du même âge.
    Bref, un spectacle bien réalisé certes mais qui, trop long, a quelque chose de démonstratif et donc peine à convaincre. L’articulation entre ces deux textes ne se voit pas bien; en faire un ensemble parait assez  conventionnel et est sans doute à ranger sur l’étagère des fausses bonnes idées. “La maladie de la mort, dit Célie Pauthe, pourrait avoir lieu dans les quelques fractions de secondes du cerveau de John Marcher à la fin de l’épilogue, comme la radiographie d’une expérience psychique que le théâtre rendrait réelle, une sorte d’ultime épreuve”. Soit! Mais on reste sceptique: lier en effet ces pièces ne semble guère présenter d’intérêt.
  Nous avons donc été un peu déçus; restent, en tout cas, l’indéniable précision de la mise en scène et la grande beauté des images. Donc, à vous de voir…

 Philippe du Vignal

 La Bête dans la jungle préfère l’esthétique de l’implicite, du non-dit, du secret définitivement clos (on ne nomme pas les aspects privés de toute vie, ses pensées profondes, ses sentiments vrais, ses rêves: une époque révolue!). La  deuxième pièce (1982), livre à la lumière les aveux crus des intimités.  L’énigme du désir et de l’amour à vivre reste intacte, et s’intensifie d’autant à l’écoute de la parole singulièrement poétique de Marguerite Duras : « Un autre soir, par distraction, vous lui donnez de la jouissance, et elle crie. Vous lui dites de ne pas crier. Elle dit qu’elle ne criera plus. Elle ne crie plus. »
Et il est bien douloureux de constater que la force des apparences ne peut rien contre la vérité et que finalement le faux-semblant peut tenir lieu d’expérience vécue. Ainsi, parle Catherine Bertram, nièce désargentée d’une châtelaine fortunée, qui, dans une soirée, il y a dix ans, avait parlé à John Marcher: il  lui avait alors confié l’effroi qui le hante toujours : l’attente mystérieuse de cette fameuse bête dans la jungle, et deviendra un ami proche de cette hôtesse délicate,

  Ni déclaration, ni acte d’amour : la femme agit pourtant en consolatrice, et reste auprès de l’homme à guetter l’horreur attendue, la fin peut-être de cet amour qui s’ignore chez John, et de la vie, à travers la mort de Catherine. Chez Henry James, les femmes confidentes, dans leur offrande inutile, ne peuvent jamais apaiser ni tourments ni quêtes passionnées des hommes. Mais la fidèle Catherine condamnée par la maladie, déclare derrière sa porte fermée: «Si je le pouvais, je vivrais encore pour vous, mais je ne le peux plus. » Valérie Dréville et John Arnold, incarnent ici de  beaux personnages de théâtre.
 La deuxième pièce  souffre de la luminosité existentielle de la première et de cet immense décor. John Arnold endosse ici, désespérément mais avec force, la figure de l’homme en procès, Valérie Dréville interprète les didascalies, et Mélodie Richard est la jeune fille experte, dans sa nudité innocente, qui se prostitue plusieurs nuits à la demande de l’homme. On  pense au film sans concession de Guillaume Nicloux L’Enlèvement de Michel Houellebecq (2013), où l’écrivain se fait séquestrer et demande à payer une jeune femme. Vision plus subversive,  loin du romantisme un peu désuet de Marguerite Duras qui écrivait : «Au hasard de (s)on sexe dressé dans la nuit qui appelle où se mettre, où se débarrasser des pleurs qui le remplissent.»
Pourtant, ici le charme de Célie Pauthe agit, quand à la fin, passe en vidéo, entre ciel nuageux et mer bleue, un bateau gigantesque, sous les cris des mouettes blanches.

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Colline Paris jusqu’au 22 mars.

 


Archive pour février, 2015

Les Voyages fantastiques

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Les Voyages fantastiques, de Jules Verne à Méliès, texte et mise  en scène de Ned Grujic

 

Ces voyages fantastiques sont nés d’une fusion écrite et réalisée par Ned Grujic. Soit trois des voyages imaginés par Jules Verne (1828-1905) dans ses fameux romans: De la Terre à la lune, Voyage au centre de la terre et Vingt mille lieues sous les mers, et les studios de Georges Méliès (1861-1938) qui avait appris le métier de mécanicien  et se perfectionna en anglais à Londres où il fut vendeur au rayon corset d’un magasin, il en profitera pour y apprendre la prestidigitation. Trois choses des plus utiles pour son avenir. En effet revenu à Paris, il rachète en 1888, le théâtre de Robert Houdin, le célèbre illusionniste et y présente des spectacles qui finissent par des projections de photos peintes sur verre qui connaissent vite le succès.
Il crée l’Académie de Prestidigitation, devenue en 1893, premier syndicat des Illusionnistes de France, et deux ans plus tard, invité à une répétition privée de la fameuse première projection publique du Cinématographe inventée par les frères Lumière, à l’hôtel Scribe boulevard des Capucines, il comprend tout de suite ce qu’il peut faire avec une telle machine. Et il va réaliser de 1896 à 1914, dans ses studios à Montreuil que nous avons visités, environ 600 films de 1 à 40 minutes, (surtout féerie, science-fiction et récits historiques) qui passionnèrent les surréalistes.
Avec un sens inouï du trucage et des effets spéciaux qu’il reprend de la photographie comme la sur-impression, les fondus enchaînés, l’arrêt caméra qui permet de modifier personnages et accessoires, mais aussi des trompe-l’œil pour les décors qu’il peint lui-même à plat. 

  Georges Méliès est toujours à la frontière entre théâtre et cinéma, et ses films seront vus dans le monde entier mais disparaîtront, quand, ruiné par des procès aux Etats-Unis, il revendit ses studios ; son œuvre  renaîtra grâce à Léon Druhot de Ciné-Journal et à l’inlassable et mythique Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque.
  On retrouve donc ici Georges Méliès, son épouse et sa petite équipe de tournage qui préparent, jouent aussi trois petits films inspirés par les célèbres voyages imaginés par Jules Verne. Magie et trucages sont bien entendu au rendez-vous, mais il y a aussi nombres d’accessoires et des toiles peintes, marionnettes, ombres chinoises, appareils à bulles. Sans énormes moyens techniques mais avec des portes ouvertes sur un rêve de cinéma en train de se fabriquer: bien vu! Les acteurs jouent sans parler pendant les tournages, dans le style jeu très expressionniste du cinéma muet, avec musiques d’ambiance signées Jean-Sébastien Bach, Piotr Tchaïkovky, Claude Debussy, Camille Saint-Saens, Igor Stravinsky et Eric Satie.
   C’est assez malin, et loin de toute prétention ; Ned Grujic (créateur du Petit Poilu illustré, très beau spectacle sur la guerre de 14-18, voir Le Théâtre du Blog) dirige bien ses acteurs/chanteurs, et a conçu une mise en scène précise, avec très réussis: une scénographie de Danièle Rozier, des costumes  de Karine Delaunay, des effets spéciaux dus à Christophe Oliver Dupuy, et une captation par rétroprojection d’images en direct pour figurer les décors des petits films.
 Dans un bel aller et retour entre naïveté et réalisme distancié, et sans pédagogie appuyée. Deux petites réserves : un peu longuettes, ces séquences gagneraient à subir un coup de ciseaux et les comédiens quand ils parlent, ont tendance à en rajouter quelques louches, tapent parfois sur les fins de phrase, ce qui n’est vraiment pas nécessaire…
  Le charme de cette création tout public, à la fois intelligente et qui ne triche jamais, (et où les plus jeunes sont considérés comme de spectateurs adultes), tient à ce qu’il peut être vu avec plaisir par les enfants qui, visiblement, y prennent un grand plaisir, même s’ils ne comprennent pas tout de cet univers d’il y a déjà un siècle, où on tournait les films avec un appareil à manivelle et des grandes bobines de pellicule ! Mais aussi par leurs parents qui apprécient la construction de ces séquences, à la fois artisanales et théâtralement efficaces. Donc loin, très loin des tablettes électroniques, et pourtant parfois si près : Georges Méliès était un grand poète, et ses films furent copiés/collés sans scrupule par les réalisateurs américains. Pas très adroit en affaires, il s’est retrouvé ruiné, et tint avec son épouse une petite boutique de friandises dans l’ancienne gare Montparnasse détruite en 1966…
 Ces Voyages fantastiques se jouent à la périphérie de Paris, dans un quartier qui n’en est pas un, coincé entre boulevards extérieur et périphérique,  mais ils méritent largement le voyage.

Philippe du Vignal

Espace Paris-Plaine 13 rue du Général Guillaumat 75015 Paris jusqu’au 28 février, et en tournée. Métro Porte de Versailles, bus PC ou tramway.
www. Les trottoirs.com

 

 

La petite Sirène

 

La petite Sirène de  Julien Köberich,  d’après  Hans  Christian Andersen, mise en scène collective, La briganderie

 12084_0  L’écrivain danois Hans Christian Andersen (1805-1875) a beaucoup écrit : romans, pièces de théâtre (qui ne sont guère connues), poésies et surtout, à partir de 1843, cent cinquante-six contes qui le rendirent célèbre dans son pays, puis dans le monde entier! Il fréquenta, au cours de nombreux voyages, des écrivains comme Charles Dickens, Honoré de Balzac, Alphonse de Lamartine, Henri Heine…). 
 Ces contes furent traduits en quelque soixante langues, dont, bien sûr, le français. Souvent autobiographiques, comme Le Vilain petit canard, Le stoïque Soldat de plomb, ou le célébrissisime La petite fille aux allumettes, inspiré par la vie de sa grand-mère enfant, qu’on avait envoyée mendier, et qui avait passé toute une journée sous un pont sans manger. Conte qui  inspira nombre de metteurs en scène comme Jean Renoir, Aki Kaurimäski,
Et  La Petite sirène  qui fut l’objet de huit adaptations au cinéma! U
ne petite sirène qui vivait sous la mer auprès de son père, le roi de la mer, sa grand-mère et ses cinq sœurs. A quinze ans, autorisée à nager jusqu’à la surface pour  voir le monde extérieur, elle aperçoit un navire avec un beau prince de son âge. Mais il y eut une tempête, et il tombe à l’eau. Elle le ramène, inconscient, au rivage où une jeune femme surgit; la sirène s’éclipse, et le prince, enfin réveillé, la voit et et pense que c’est elle l’a sauvé.
  La grand-mère de la petite sirène lui dit que les hommes vivaient moins longtemps que les sirènes mais qu’ils avaient une âme éternelle. Ce qu’elle voulut aussi avoir. Pour cela, lui dit-elle, tu dois te faire aimer et épouser un homme; elle alla trouver alors la sorcière des mers qui lui remit un philtre pour transformer sa queue de poisson en jambes d’être humain.
  Mais la sorcière exige alors de la sirène qu’elle lui donne sa voix magnifique et lui coupe la langue. La petite sirène but le philtre et ressent une terrible douleur. Quand elle se réveille, le prince, amoureux d’elle, la conduisit au palais mais ne peut oublier la jeune fille qui, croyait-il, l’avait sauvé. Un jour, obligé par ses parents d’épouser une princesse, il dit à la petite sirène qu’il préférerait se marier avec elle mais qu’il se devait d’aller rencontrer cette jeune fille qui, croit-il, qui l’avait trouvé sur le rivage, et  annonce leur mariage.
  Désespérée, la petite sirène voit alors ses sœurs à la surface de la mer. « Si tu frappais le prince avec ce couteau, lui dirent-elles, tu redeviendrais sirène et pourrais vivre avec nous. »  Mais la petite sirène  ne se résout pas à tuer le prince, se jette dans la mer mais, au lieu de se transformer en écume, « invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l’époux, puis monta avec les autres enfants de l’air sur un nuage rose qui s’éleva dans le ciel… »
   Merveilleux conte, mais qui évidemment, résiste mal à l’épreuve d’un petit plateau. Julien Köberich annonce tout de suite la couleur : avec Chloé Genet, ils vont jouer les sept personnages principaux ! A coup de masques-cagoules, de perruques et costumes vite enfilés par l’un, derrière une mer figurée par un châssis de toiles, pendant que l’autre se lance dans un petit monologue/récit pour faire passer le temps… Les masques sont  plutôt réussis mais l’adaptation bien médiocre! Cerise sur le gâteau, ces petites scènes mal reliées entre elles sont souvent surjouées, comme s’il était obligatoire de criailler et de minauder, quand on s’adresse à un public d’enfants, en majorité de cinq à sept ans qui regardent sans rien dire, trop petits pour envoyer des SMS, mais dont les parents semblent déçus, sans doute conscients qu’on devrait leur donner le meilleur, et non cette petite bouillie aussi indigeste qu’ennuyeuse de cinquante minutes qu’heureusement, rassurons-les, leurs pauvres enfants oublieront très vite.
  Le théâtre Essaïon s’honorerait en ne programmant pas ce genre de chose vraiment approximative, dont on ne voit pas bien ce que l’on pourrait sauver. En tout cas, à éviter absolument pour vos enfants comme pour vous…

Philippe du Vignal 

Théâtre Essaïon, 6, Rue Pierre au Lard 75004 Paris jusqu’au 1er avril.

http://www.labriganderie.fr/index.html?site=la-briganderie

 

 

Argent, dette et music-hall

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Argent, dette et music-Hall création collective de Stefano Amori, Nigel Hollidge et Armel Petitpas, direction musicale de Daniel Glet

Sur le plateau, à jardin,un portant avec de nombreux costumes et quelques  accessoires, et à cour un piano, muni de son pianiste en habit; et dans le fond, un rideau ouvrant de tissu doré comme l’or de la finance dont les trois comédiens et leur pianiste vont nous conter les origines et l’épopée avec quelques sketches mais surtout  avec des chansons.
L’argent, c’est dire la monnaie qui a commencé à exister, pour  des achats de nourriture, sous formes de cailloux, de coquillages et même de plumes, puis a continué sous forme de tablettes écrites, puis de métal précieux  comme l’argent et l’or, puis, pour que cela soit plus pratique, de morceaux de papier, sortes de chèques, dont la banquier garantissait l’absolue conversion possible en or, puis dans un dernier avatar, sous forme très fréquente de lignes sur un écran d’ordinateur.
« Pour traquer le dieu argent, disent les trois auteurs de cette infernale saga, nous avons suivi deux pistes : le documentaire L’Argent dette du canadien Paul Grignon, un film d’animation, salué qui explique très bien les mécanismes du système bancaire et L’irrésistible ascension de l’argent de l’économiste anglais Niall Ferguson  qui démontre que l’histoire de la finance est l’un des rouages essentiels de l’Histoire.
Sans banques, en effet, pas d’emprunts ni de commerce ni de Bourses, donc pas d’enrichissement, donc pas de financement de guerres, ni non plus de palais et œuvres d’art à Florence,Venise, Amsterdam, Paris et maintenant  New York, ou Pékin.  « Mais pourquoi la morale de la dette semble-t-elle supérieure à toutes autres formes de morale, s’interroge David Graeber, anthropologue et économiste américain,  et la Bible elle-même souligne que la dette, n’a au fond rien de sacré et une loi juive très ancienne de l’époque de Moïse stipulait que toutes les dettes seraient automatiquement annulées tous les sept ans… L’abandon des créances et on le voit une très vieille idée… »
Mais banque = dette, celle des particuliers, comme celles des collectivités et des Etats, et cela fonctionne très bien, du moins tant que la confiance, maître mot dans cette affaire de gros sous, continue à régner; les banquiers avaient vite compris que, puisque personne ne venant chercher son or en même temps, il était facile de prêter en billets sans avoir comme avant, l’équivalent en or…
Oui, mais car il y a bien entendu un mais, et la leçon socio-économique est rude: tôt ou tard,  et les gouvernement sont impuissants à maîtriser les choses et c’est tout un pays qui en prend alors un sacré coup, quand les emprunteurs  ne peuvent rembourser leurs prêts comme aux Etats-Unis; c’est ce que montrent bien les succulents dessins du brillant petit film de Paul Gregon, (allez voir sur Internet, c’est à la fois gratuit, clair et détaillé).
Ce qui est, dans ce spectacle, formidablement expliqué par Nigel Hollidge, qui dialogue, en ventriloquie, avec une petite marionnette qui joue le banquier. Mais aussi par ses complices Antonio Interlandi et Armel Petitpas, lui souvent en smoking, elle, en robe du soir pailletée ou autres. Tous les trois absolument impeccables quand ils chantent, soit seuls soit en chœur, des chansons de music-hall comme Je cherche un millionnaire, d’Arthur Freed et Arthur Brown (1938), La Fortune de Pierre Alberty(1932), La Crise est finie (1934) de Waxman, Colpe et Jean Renoir mais aussi Le Fric des Frères Jacques (1968), ou La Vache à mille francs de Jacques Brel et Jean Poiret.
Pas de temps mort, les chansons et sketches s’enchaînent avec précision, même si l’explication des multiples aventures de l’argent-roi tourne court. Qu’importe après tout, puisque l’essentiel de cabaret/music-hall réside dans ces chansons que le public ravi, connaît ou découvre avec joie pendant quelque 80 minutes.
Une petite réserve pour la route? Oui, il y a une fausse fin et ce qui suit: le théâtre dans le théâtre (vieille  maladie incurable de la scène contemporaine qui frappe les anciens comme les jeunes) avec, les coulisses et le plateau vu côté acteurs qui rangent leurs costumes et  accessoires, avant de venir saluer en tenue de tous les jours. Ce qui n’offre pas grand intérêt; donc, les trois complices feraient bien de revoir les choses.
Sinon, en ces temps de morosité, Argent, dette et music-hall est un spectacle sans prétention et qui fait vraiment du bien, donc ne vous en privez pas.

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire,  53 rue Notre-Dame-des-champs 75006 Paris

Festival de lectures de théâtre contemporain

  Prise directe, Festival de lectures de théâtre contemporain (deuxième édition)

 

   C’est un festival initié par  le Théâtre du Prisme, avec quelque douze auteurs de théâtre (Roumanie, Moldavie, Québec, Grande-Bretagne, France) et autant de spectacles, en dix lieux, autour de, et à Lille, avec uniquement des mises en espace de textes  dramatiques, le plus souvent entre documentaire, théâtre et fausse/vraie conférence, et lectures.Et avec un prix unique pour deux courts spectacles de 45 à 60 minutes, comprenant une légère restauration entre les deux.
Entre entre autres, une performance/lecture musicale d’Alexandra Badéa, Samuel Gallet et Benjamin Collier, à l’Espace Culture/Université de Lille;  Comment va le monde? conception d’Arnaud Anckaert, Didier Cousin et Capucine Lange  à La Rose des vents  de  Villeneuve d’Ascq (voir Le Théâtre du Blog)... Et ce soir-là, au Garage de Roubaix, Défaut de fabrication de l’auteur suisse Jérôme Richer.  Sur scène, rien qu’une table avec toile cirée, deux chaises en stratifié, et les meubles d’une  pauvre cuisine d’HLM… simplement décrits par les didascalies énoncées au débit de la représentation. Lui, la bonne quarantaine, est ouvrier dans une usine proche, elle,  femme de ménage chez des particuliers. Pas bien riches mais pas non plus misérables. Mais pour s’en sortir, ils ont pris l’habitude de compter, comme on dit…
  Ils vivent toujours ensemble mais sans grand amour, comme par habitude, après plus de trente ans de mariage. Lui, le corps meurtri par le travail à la chaîne et les mains  abimées par les produits chimiques, noie son mal-être dans  des canettes de bière; elle, regarde la télé, seule fenêtre ouverte sur le monde. Mais en fait, ils supportent tous les deux assez mal leur solitude et leur existence sans but; c’est semble-t-il, le dénominateur commun de ces deux esquintés de la vie: leur fils a disparu et leur fille leur doit un argent qu’ils n’osent pas lui réclamer…
 Ce soir-là,  il rentre de son  travail plus tôt que prévu. Sans véritable raison. Il se sentait fatigué, dit-il, vraiment fatigué. Ils vont vite se disputer mais comme d’autres fois, ni plus ni moins. C’est peut-être la seule vraie relation encore entre eux. Mais il finit par ne plus la supporter et l’étrangle…
  Jérôme Richer sait bien dire le quotidien  de ces laissés-pour compte de la société industrielle, et même si la fin est des plus maladroites, quand la femme morte se met de nouveau à parler…  La mise en espace de Jacques Descorde est d’une rigueur exemplaire et il a très bien dirigé Florence Decourcelle et Hervé Lemeunier, comédiens de la compagnie de l’Oiseau-Mouche, troupe permanente avec vingt-trois comédiens, en situation d’ handicap mental, et qui, depuis 1981, a créé trente-cinq spectacles de théâtre et de danse qu’elle a joués en France, mais aussi en Italie, Allemagne, Suisse, Espagne, Canada ou Pérou…
Les deux comédiens ont une diction et une gestion impeccable et sont impressionnants de force et de vérité.  Vraiment de la belle ouvrage auquel le public très local a fait une belle ovation.
Dans la deuxième partie, cette fois à La Condition Publique de Roubaix, une ancienne usine de textile, Chaîne de montage (2011) de la dramaturge québécoise Suzanne Lebeau, 68 ans. Auteure d’une vingtaine de  pièces, elle est encore mal connue en France, même si Le Bruit des os qui craquent, créée à Vitry-sur-Seine,  a ensuite été jouée à la Comédie-Française.
IMG_3766.Chaîne de montage est une pièce récente, créée par le Carrousel et le théâtre de Quatr’Sous, à Montréal en octobre dernier, dans une mise en scène de Gervais Gaudreault. C’est un monologue qui rappelle l’exploitation de milliers de très jeunes femmes fabriquant à la chaîne des pièces détachées dans des usines à Ciudad Juárez dans l’Etat mexicain de Chihuahua, 1.300.000 habitants, tout près du mur anti-émigrés construit par les Etats-Unis.
Très vulnérables, elles sont souvent soumises à des trafiquants notoires de drogue et/ou à des hommes politiques corrompus,  sur fond de violence sexuelle, avec la complicité silencieuse de la police et de la justice mexicaine.

En 1993, on retrouve  le corps d’une jeune fille violée et assassinée. Affaire jamais élucidée et donc classée comme  d’autres cas similaires. Depuis  cette date, plus de trois cents jeunes, voire très jeunes,  femmes ont été enlevées, torturées,violées et assassinées; toutes issues de milieu pauvre, presque toujours ouvrières, menues, brunes aux les cheveux longs.
Ces femmes n’ont évidemment aucun droit, aucun avenir digne de ce nom et gagnent juste de quoi se nourrir. A fabriquer encore et toujours des pièces détachées, dix heures par jour, dans des conditions atroces. Enquêtes bâclées, justice impuissante: aucun coupable retrouvé,  sauf un. Un procureur, caricature de la justice, déclare même qu’elles l’on bien cherché. Quand elles disparaissent, on retrouve rarement leur corps, enterrés dans le désert brûlant tout proche de Juárez, et maintenant, dissous dans l’acide. On n’arrête pas le progrès !
Le constat de Suzanne Lebeau est sans appel et impitoyable, avec un style d’une rare efficacité dramatique; elle a des mots cinglants pour raconter cette histoire qui se passe à des milliers de kilomètres de chez nous. Et qui nous concerne pourtant de près… Ces jeunes ouvrières en effet  véritables esclaves contemporains produisent à la chaîne, avec une obligation de rendement maximum et dans une chaleur exténuante, des millions de pièces détachées, indispensables aux moteurs et mécanismes  industriels, pour nous Occidentaux qui en  bénéficions à bas prix,. Ceux-là même des wagons de métro ou de RER où nous  montons quotidiennement,  sont fabriquées par les usines de la multi-nationale Bombardier basée à Montréal, comme ceux aussi qui équipent notre réfrigérateur Electrolux…
Et les exemples abondent d’autres grandes firmes qui n’ont aucun état d’âme à verser des salaires de misère à ces ouvrières sans aucune défense. Avec la bénédiction, martèle Suzanne Lebeau, d’un patronat des plus machistes et d’un Etat mexicain qui lui est totalement soumis pour des raisons économiques.

  Ce monologue, bien et sobrement mis en scène par Arnaud Anckaert, est défendu par Corinne Masiero avec une intelligence et un art du second degré assez éblouissants. Corinne Masiero ? Mais, si bien sûr, elle avait joué en 98 dans La Vie rêvée des Anges, dans plusieurs séries télé, mais aussi dans Persécution de Patrice Chéreau; elle fut la révélation de Louise Wimmer (2012), premier film de Cyril Mennegun, qui lui valut le César de la meilleure actrice, il y a deux ans.
Assise à une petite table, face public, elle lit ou, très professionnelle, elle fait plutôt semblant de lire la pièce, dont elle a le texte bien en bouche.  Avec une diction parfaite, elle a un air détaché et une distance qui fait résonner encore plus fort le texte de Suzanne Lebeau.
Il y a de temps en temps,pour aérer un peu les choses, si l’on peut dire, des projections de photos de Juárez, tout proche du désert, aux bidonvilles écrasés par le soleil la journée, et soumis au froid glacial la nuit. Deux musiciens encadrent Corinne Masiero, sans que l’on en ressente très bien la nécessité de leur présence sur le plateau. Peu importe: Arnaud Anckaert réussit à faire passer, avec beaucoup d’efficacité, le message de Suzanne Lebeau. Mais il n’a pas les droits pour créer cette pièce qui sera mise en scène à la rentrée dans la région parisienne. Dommage.

  En tout cas, ce festival dirigé par Capucine Lange et lui, est l’occasion d’un formidable rendez-vous de la population de Lille/Roubaix/Tourcoing avec la littérature dramatique contemporaine. Et les salles sont pleines. Cela fait du bien, (ce n’est pas si fréquent, surtout pour des lectures) et mérite d’être souligné.

Philippe du Vignal

Le Festival Prise directe s’est déroulé du 7 au 14 février. Défaut de fabrication et Chaîne de montage  sont publiées aux Éditions Théâtrales. 14 €.

www.theatreduprisme.com

www.editionstheatrales.fr

 

En route Kaddish

En route Kaddish, conception et mise en scène de David Geselson.

p187910_1Toute sa vie, Yehouda Ben Porat a poursuivi le rêve d’un État d’Israël idéal et a aimé une femme avec laquelle il ne vivra pas. Parti de Lituanie pour la Palestine en 1934, il s’engagea dans la Brigade juive de l’armée anglaise, puis participa à la guerre d’indépendance d’Israël. Mais il déserte et part pour les États-Unis, puis revient fonder l’Institut de recherche sur l’histoire d’Israël en 1971.
David Geselson, son petit-fils, comédien, dont c’est la première mise en scène, s’est emparé de cette saga, pour raconter aussi son histoire, entre réel et mythologie familiale. « Mon principal moteur, dit-il, a été l’écriture. Le désir d’écrire pour le plateau, de penser l’espace, de produire des images… Et ce qui a finalement concrétisé mon désir, c’est le besoin impérieux de dire quelque chose. J’avais une histoire à écrire, à raconter. J’ai voulu monter des nouvelles d’Haruki Murakami et je suis parti à Tokyo pour y travailler. Mais à mon retour, j’ai appris que je n’aurai pas les droits pour l’adaptation. Alors j’ai commencé à écrire mes propres nouvelles, à raconter mes tribulations japonaises. Et est apparue la figure de mon grand-père Yehouda. J’ai entrepris alors de raconter son histoire. Et pas seulement son histoire vraie… »
En fait c’est aussi pour David Geselson, l’occasion pour lui, de questionner ses origines, et de rechercher les racines du conflit entre Israël et Palestine, pour mieux éclairer le présent. Dans une  démarche qui fait sans cesse le grand écart entre le passé/avenir de son grand-père et son avenir à lui. Il a demandé aussi à Elios Noël  de jouer le rôle de son grand-père et à Lisa Navarro de trouver une scénographie où le texte puisse faire l’aller et retour entre fiction et réalité, soit deux espaces de jeu dont l’un avec un bureau, et aussi un petit écran pour la projection de paysages.
David Geselson joue ici son double, un jeune trentenaire, un acteur qui raconte la saga de son grand-père. C’est lui et pas seulement lui; Elios Noël interprète le personnage d’Yehouda Ben Pora qui a quelque chose à voir avec ce fameux grand-père de légende mais pas seulement. Il y a ensuite comme un second volet, une discussion entre lui et David sur la question du territoire d’Israël, où ils n’occultent pas la complexité  de ce dossier  qui pourrit la vie de ce nouvel Etat depuis des décennies.
David Geselson, est en désaccord-et il le dit  clairement ici-avec le gouvernement de Benjamin Netanyahou: pour lui, depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1994, et l’échec des accords de paix à Oslo, la politique israélienne, qui tient à la fois du meurtre et du suicide moral, détruit les espoirs des jeunes Palestiniens d’avoir un État libre et souverain, mais aussi l’avenir des jeunes Israéliens en rendant leur État plus en plus illégitime…
Le parallèle, que fait David Geselson entre le grand amour qu’a vécu son grand-père, et son impossible histoire d’amour à lui qui l’a poussé à aller jusqu’au Japon, est moins évident. Mais il y a, dans la mise en scène de ce spectacle/mise en abyme personnelle, sans doute un peu trop bavard, une  vraie sincérité.
Donc, à suivre…

Philippe du Vignal

Spectacle créé au Théâtre de Vanves du 14 au 18 décembre dernier; Théâtre de La Bastille  76, rue de la Roquette 75011 Paris. T:  01 43 57 42 14,  du 2 au 6 mars et du 15 au 22 mars à 19 H 30, et le dimanche  à 15 h. Relâche le 17 mars.
En 2016: Nouveau Théâtre de Montreuil, du 17 mars au dimanche 3 avril à 20h, le 3 avril à 17h (relâche les 20, 26, 27 et 28 mars).

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Les larmes amères de Petra von Kant

Les Larmes amères de Petra von Kant de Rainer Werner Fassbinder, texte français d’après la traduction de Mathieu Bertholet, mise en scène de Thierry de Peretti

 

_sdb8314 En 1971, R.W. Fassbinder écrit Les Larmes amères de Petra von Kant en 1971, qui deviendra un an après un film-culte plus tard, représentatif d’un esprit post-soixante-huitard subversif, avec l’inoubliable Hannah Schygulla et Margit Carstensen.
Thierry de Peretti monte aujourd’hui la pièce de façon plutôt cinématographique, en mettant en lumière la figure centrale et irradiante de Petra von Kant, qu’interprète avec authenticité Valeria Bruni Tedeschi à la voix de rocaille.
Petra, une célèbre créatrice de mode, veuve d’un premier mari et divorcée du deuxième, habite avec Marlene (Lolita Chammah), sa styliste et assistante qu’elle se plaît, à la fois absente et présente, à maltraiter et à humilier comme une esclave. Quand sa fille lui demande les raisons de ce comportement indigne, Petra rétorque : «Parce qu’elle ne mérite pas mieux et parce qu’elle aime ça, tu comprends ?»
Cette maîtresse-femme s’éprend ensuite de Karin (Zoé Schellenberg), une belle jeune femme d’origine ouvrière, à qui elle propose de partager son appartement et de l’appuyer pour qu’elle se lance dans le mannequinat… Dévastée par la passion, Petra tisse avec soin un rêve d’amour, sans homme ni barrière de classe, projet voué à l’échec dont la  fête-anniversaire ratée de  Marlene sera le révélateur, douloureux et libératoire en même temps.
À travers cette expérience initiatrice malheureuse, Petra accède à la vérité de soi et de l’autre et reconnaît enfin l’existence de son assistante qu’elle a a si souvent maltraitée : «J’ai à te demander pardon pour beaucoup de choses, Marlène. À l’avenir, nous collaborerons vraiment, tu auras le plaisir qui te revient. Il faut que tu puisses être heureuse».
Rainer Werner Fassbinder traite des relations humaines et amoureuses, d’abord avec des considérations politiques, sociales et sexuelles, et mais aussi comme toujours chez lui, avec un regard cynique. Ici l’intimité fraie sourdement avec le politique, les rapports de domination et soumission. Si Karin, socialement inférieure mais libre, s’en va, Petra la dominatrice s’effondre, elle qui aspire seulement, en figure fortunée, à posséder le monde,  et l’autre.
Rudy Sabounghi laisse descendre artistement sur la scène une tenture, et une copie de la fameuse tapisserie de La Dame à la Licorne. Un grand miroir rectangulaire renversé laisse le spectateur surprendre les recoins privés de l’appartement rougeoyant de Petra, dont le cabinet de toilettes ouvert est comme la métaphore du dévoilement des intimités qu’impose cette maîtresse tyrannique. Il y a aussi, à cour, un portant de vêtements colorés sur le plateau et à jardin, un piano, au centre, un canapé, une table basse avec bouteilles vides.
Les entrées par-terre; les entrées et sorties des personnages se font entre  salle et plateau.
Avec une musique, tout au long de la représentation, en vagues plus ou moins fortes, «l’une des années 70 de Rainer Werner Fassbinder, dit le metteur en scène, une autre contemporaine, une autre encore de chants en  allemand, et une dernière avec des airs d’opéra, du baroque, et des choses bizarres ».
Dans le rôle-titre, Valeria Bruni Tedeschi, tendue à l’extrême, la parole heurtée et la cigarette aux lèvres, comme une figure meurtrie  chez John Cassavetes, est tout à fait convaincante. Autour d’elle, les autres personnages féminins  existent à peine, malgré la belle sensualité vulgaire et nonchalante de Zoé Schellenberg qui joue Karin, en jeans très ajustés. Kate Moran est l’amie désinvolte et indifférente, et Lolita Chammah incarne une Marlène silencieuse, étrange et imprévisible.
Mais l’ensemble reste approximatif! Thierry de Peretti se contente d’illustrer de façon réaliste l’œuvre de Rainer Werner Fassbinder, à travers notamment de beaux baisers de cinéma… qui ne font pourtant jamais théâtre. Malgré  la présence de Valeria Bruni Tedeschi, il manque ici une confrontation à la fois tranquille et cruelle entre les êtres et dont on devrait beaucoup mieux saisir les enjeux de leur survie.

 Véronique Hotte

 Théâtre de L’Oeuvre, 55 rue de Clichy 75009 Paris à 21h,  jusqu’au 22 avril.

 

Con comme la lune

Con comme la lune,  d’après Jean L’Anselme

Après les avoir accueillis l’an dernier avec Ex Nihilo (voir Le Théâtre du Blog), l’Atelier du Plateau reçoit de nouveau Corinne Frimas, et l’altiste Guillaume Roy. Avec un texte d’un poète contemporain, Jean L’Anselme, (1899-2011), qui a eu un parcours atypique : sportif de haut niveau, résistant, instituteur et, pendant quarante ans, au Service du livre, au ministère des Affaires Étrangères.
  Mais c’est sa rencontre avec Jean Dubuffet qui va orienter son œuvre. L’Art rut le bouscule et marque sa poésie d’une fantaisie et d’un humour inégalables. Jean L’Anselme a une  écriture intelligente, à la fois irrévérencieuse et rusée, mais ne  franchit jamais le Rubicon de la poésie bête, bien qu’il se reconnaisse « chercheur en art con » ! Son art poétique?«Si vous voulez échapper, disait-il, au convenu, aux convenances, au compassé, aux complaisances, au compliqué, aux conventions, au conformisme, aux contraintes, écrivez « con »!
  Les poèmes du spectacle sont surtout issus du recueil Con comme la lune, paru en 2008. Parmi ses nombreux livres: La Danse macabre (1950), Du Vers dépoli au vers cathédrale (1962), L’Anselme à tous vents (1984), Pensées et proverbes de Maxime Dicton …
Corinne Frimas s’invente ici un personnage de conférencière chic et déjantée, un peu comme une baronne de Rothschild devenue foldingue. Guillaume Roy, arrive, lui, tel qu’il est:  charisme, belle voix, crâne poli et sourire qui frise. Après un premier morceau d’alto, Corinne Frimas lit quelques aphorismes du poète qui posent le décor : « La poésie, on ne sait pas ce que c’est, mais on la reconnaît quand on la rencontre ». Ou «La poésie, c’est mon cousin Anicet. Sa mère disait toujours de lui en levant les yeux : «C’est un poème», en prenant le ciel à témoin et sa tête entre ses mains».
Les poèmes s’alternent et s’entremêlent, accompagnés, ou séparés par la musique de l’alto qui, parfois propose des sonorités particulières: cordes frappées, tournées, rythmes marqués sur le bois… Corinne Frimas semble incarner les poèmes, comme si elle les lisait pour la première fois, et sait trouver le ton juste et précis. Sans décor ni lumière particulière, dans un angle de l’Atelier du Plateau, où les murs patinés ressemblent à un ciel d’estampe japonaise.
Jamais dans l’exubérance, elle traîne une douce folie qui ne prend jamais le pas sur une bonne diction des poèmes qu’elle nous fait entendre parfaitement. C’est sans doute  pour la garantir qu’elle s’abreuve régulièrement au petit flacon d’une grande marque de boisson alcoolisée, à qui elle rend hommage dans un court poème à lire à haute voix ! On rit car on perd nos fils »/ soupire la mère Picon qui trouvait ça très triste/d’entendre parler si con. »
Oui, la poésie contemporaine peut aussi être joyeuse et servir de cadre à un spectacle dont on sort avec le sourire et avec l’irrépressible envie de faire des jeux de mots à tout bout de phrase ! Ces petits plaisirs de la langue française sont rares et précieux, surtout quand une comédienne célèbre un poète trop peu connu et donne envie de se plonger dans son œuvre.
Ce Con comme la lune, d’une heure, a été aussi joué dans des appartements mais devrait trouver sa place dans des programmations, où la poésie reste souvent trop marginale.
Allons, un dernier poème vantant le don d’organes : « Je donne ma main à ma sœur kinésithérapeute,/ je donne mes tripes à Caen, /mon cœur aux restos, /mes reins sûrs aux caniveaux. /Je donne ma tête de lard à l’art, /je donne mon foie aux morues, /mes yeux à Michèle Morgan, /mes dents à Adam /et ma langue au chat d’Ève.
Je donne mon sang impur aux microsillons. /Je donne mon cul à ma chance qui en a besoin. /Je donne mes jambes à mon cou /et mes bras autour du tien. /Je donne mon dernier souffle au bouche-à-bouche,
/e donne mon pied à ma maîtresse, /je donne mon âme. Adieu. /Et ce qui reste aux chiens. /Ou Comment économiser /Un enterrement ».

 Julien Barsan

Vu à l’Atelier du Plateau le 17 février; à Cernier (Suisse),  les 7 et 8 juillet.

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Saisir d’Henri Michaux

Saisir 2 de Michaux Photo Alain Richard

Saisir, texte d’Henri Michaux, adaptation et mise en scène de Sarah Oppenheim

  Sarah Oppenheim, après Le Paysan de Paris d’Aragon puis La Voix dans le débarras de Raymond Federman, présentés à la Maison de la Culture de Bobigny, poursuit ici sa recherche d’une écriture scénique participant à la fois du graphisme, d’une gestuelle élaborée et de la musique, et où l’image est prépondérante. Dans la lignée directe de Bob Wilson mais aussi d’Alwyn Nikolaïs Merce Cunningham et  Trisha Brown. Il y a pire comme  influences…
  Au début, sur la scène tendue de noire, dans une faible lumière, il y a, à jardin, Benjamin Havas au violoncelle et, à  cour, Yann Collette lit des fragments du texte d’Henri Michaux, le grand poète d’origine belge, décédé, il y a déjà trente-et-un ans à Paris. Rigueur et  grande précision de la mise en scène de Sarah Oppenheim, quand l’actrice Fany Mary joue a, comme seule partenaire, une corde blanche d’une bonne vingtaine de mètres qui  dégouline régulièrement des cintres, et vient  s’enrouler au sol sur elle-même, puis disparaît encore d’elle-même, comme un serpent sous le rideau noir en fond du plateau. Le mécanisme est simple mais le résultat visuel est d’une étonnante magie  quand l’objet acquiert ainsi vie et autonomie.
Il y a aussi un autre fil en mouvement, cette fois remarquablement dessiné en projection puis ponctué de taches rouges sur un tulle noir par Louise Dumas, pendant que Yann Colette dit Henri Michaux. Puis une grande flaque d’eau où la danseuse barbote et fait joujou (c’est alors moins convaincant).
  Mais il y a cette image fascinante, difficile à décrire, comme ce serpent/membrane blanc entrant à cour et  que Fanny Mary va apprivoiser, pour finalement l’ouvrir, y glisser ses bras, et s’en servir pour en constituer un très beau graphisme. Et, à la toute fin, surtout ce moment où la danseuse frappant sur des panneaux en tôle plate  accrochés en fond  de scène, puis les grattant l’une après l’autre, pour obtenir de formidables graphismes,  rappelant bien entendu ceux que réalisa le poète en 1948, quand  il publia publie Meidosems, ses premières lithos; il  avait quarante-neuf ans, mais  n’avait cessé de s’intéresser à la peinture dès les années 20.
Et encore, cette dernière et belle image: lancé sur l’eau par Fanny Mary, un petit bateau en papier plié rouge qui sera bientôt noyé par un jet de sable blanc qui tombe des cintres et  éclairé par un pinceau lumineux.

  Saisir de Michaux Photo Alain Richard Février 2015L’écriture scénique de Sarah Oppenheim est très rigoureuse et d’une grande qualité plastique; en 55 minutes, elle arrive à nous emmener parfois sur les sentiers parcourus par Henri Michaux, qui aura conjugué la plus grande partie de sa vie, pratiques du dessin et de l’écriture.
Ici, nous avons un peu de mal à concilier les informations dispensées à la fois par la musique, la gestuelle, la lumière, l’écriture plastique minimale mais de toute beauté de Louise Dumas, et enfin, les fragments du texte d’Henri Michaux. Ce qui nuit évidemment à Henri Michaux mais aussi l’unité de l’ensemble.

 Du coup, et c’est dommage, le spectacle, certes d’une grande rigueur, donne sous un habit contemporain, l’impression de quelque chose d’un peu conventionnel, d’un peu trop sage, avec un musicien sur scène, et un récitant derrière un pupitre, ce qui tient souvent plus d’un oratorio contemporain. 
  Alors que, même dans la lignée d’Henri Michaux, un spectacle surtout visuel aurait sans doute été plus fort. Bref, Sarah Oppenheim aurait pu aller plus loin, et inscrire son spectacle au croisement d’un graphisme  expressionniste des plus élaborés qui s’exprimerait à la fois par le dessin mais aussi par une pratique gestuelle des plus exigeantes où le corps deviendrait comme ici à la fin du spectacle, le médium d’une véritable création artistique en train de naître sous nos yeux. Mais où le texte, ici trop imposant, aurait presque disparu…

 Philippe du Vignal

Dans le cadre de la programmation du Standard Idéal de la MC 93, au Théâtre Le Colombier, à Bagnolet. T: 01 41 60 72 72, jusqu’au 22 février à 20h 30. 

www. MC93.com

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L’être ou pas

L’Etre ou pas de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Charles Tordjman

 

  image002 Jean-Claude Grumberg, auteur de théâtre maintes fois récompensé par des Molière, a aussi été scénariste de télévision et de cinéma, notamment avec Costa-Gavras. Il s’agit ici d’un texte déjà paru sous le titre Pour en finir avec la question juive.
Soit neuf petits dialogues entre deux voisins, jamais nommés, qui se croisent dans la cage d’escalier et se parlent pour la première fois. L’un demande abrupto à l’autre, assez ébahi: « Vous êtes juif,  je l’ai vu sur Internet ». Ce à quoi, le premier lui répond joliment:  » Ah! Bon si c’est sur Internet! ». Bref, cela commence assez mal…
Il est de culture juive mais n’est en rien pratiquant; le judaïsme, c’est la religion de ses parents et grands-parents, mais cela reste un sujet sensible pour lui, même, et il l’avoue avec quelque réticences, s’il ne sait pas grand chose du Talmud et de la Torah.

Le petit bourgeois qui l’a ainsi questionné sur une marche d’escalier n’est pas très ouvert et a des idées bien arrêtées. On ne verra jamais leurs épouses, celle du premier est de Quimper, l’autre de Bordeaux, et d’après ce qu’en dit son mari, elle est assez antisémite, et s’informe uniquement sur des sites pro-Palestiniens.
Mais l’autre voisin trouve normaux les revendications et donc les droits des Israéliens, selon lui « immémoriaux » sur les territoires palestiniens, et il ajoute : « Les rendre, dit-il, o.k.,  mais à qui ? » Mauvaise foi des deux côtés, art de retourner la question, bref, les arguments volent parfois bas!  Les deux hommes parlent aussi sur le même ton d’un grave conflit: la non-conformité de boîtes à lettres de l’escalier A, motif de guerre froide entre copropriétaires des escaliers A et B! L’autre voisin en deviendrait même parfois agressif.  En tout cas, l’idée de prendre un apéro avec leurs épouses respectives, est reportée à plus tard.
  La femme du second semble avoir pris en compte les conseils du premier qui lui a fait dire par son mari de s’initier au Talmud et à la Torah.  Elle va très vite se retrouver au bord de la conversion,  veut acheter de la viande casher, respecter le shabbat et finalement  se convertit, suite aux conseils par Internet d’un rabbin new-yorkais ! A bon entendu salut,  elle proclame même : « Un mauvais juif est pire qu’un anti juif » .
Quand les deux voisins discutent tous les deux de repas, le premier a bien du mal à faire comprendre au second très étonné, qu’il préfère le fromage de tête donc fait avec du porc, à la fameuse carpe farcie juive, et qu’il ne se refuse pas un coup à boire, au grand étonnement du second qui croyait que les juifs ne buvaient pas d’alcool !

  Le premier semble même parfois assez exaspéré mais manie luxueusement le sens de la répartie : « Avant, je veux d’abord vaincre le chômage en France, régler les problèmes sociaux et économiques en Europe, tout en liquidant la dette et la pollution. Après, promis, dans la foulée, je m’occupe du Moyen Orient, pas seulement d’Israël et des Palestiniens, mais de la Syrie, du Liban, et après, s’il me reste du peu de temps, je m’attaque à l’Afrique ».
  Comme on s’en aperçoit très vite, Jean-Claude Grumberg n’y va pas avec le dos de la cuiller, quand il s’en prend aux clichés, aux idées reçues, et à la bêtise humaine. Mais on lui pardonne: son dialogue est ici, des plus brillants, et il sait se servir des figures de style traditionnelles: ellipse,hyperbole, lieux communs au second degré, litote… Le tout sur fond d’ironie et humour décapants, bien souvent même plus que dans ses pièces très connues, et même si  souvent, comme pour se faire plaisir, il ne se refuse un mot d’auteur faon boulevard ou une facilité d’écriture.
  Et puis, il y a Pierre Arditi et Daniel Russo, tous les deux très crédibles, impeccables et bien dirigés par Charles Tordjman; l’un qui joue les cyniques hautains, désabusés avec panache, l’autre les bofs obtus mais finalement, moins sot qu’il n’y paraît, et plus ouvert… C’est vraiment une merveille d’interprétation, et pendant une heure, le public déguste et ne se prive pas de rire très souvent. Il y a bien une petite baisse de régime dans le texte vers la fin, mais sinon, ces neuf séquences se laissent déguster de bon cœur.
 Deux réserves: un escalier blanc vraiment laid, mal foutu (il ne monte pas jusqu’au bout et on voit en coulisse Pierre Arditi le redescendre!). Et le prix des places (on est dans le théâtre privé): de 40€ quand même, au parterre à 15€ mais tout en haut… Mais pour Daniel Russo et Pierre Arditi ensemble, et par les temps qui courent, que ne ferait-on pas, si cela vous fait du bien?

Philippe du Vignal

Théâtre Antoine,14 Boulevard de Strasbourg, 75010 Paris.  T: 01 42 08 77 71, jusqu’au 27 mars.
Pour en finir avec la question juive est édité chez Actes Sud qui a  publié la plupart des pièces de Jean-Claude Grumberg.

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