Et balancez mes cendres

Et balancez mes cendres sur Mickey,  texte (traduction de Christilla Vasserot) et mise en scène de Rodrigo Garcia

 604517-france-spain-theatre-500x332Le spectacle,  créé au festival d’Avignon en 2007, avait été accueilli comme une provocation. On se souvient, du scandale suscité, notamment par la séquence de la femme tondue et par celle où, en tenue d’Adam, les acteurs copulent : le sexe de Michel de Montaigne pénètre le crâne de Jean-Jacques Rousseau, et la tête de ce dernier,  le postérieur de l’auteur des Essais… Par précaution, il est aujourd’hui interdit au moins de seize ans.
Avec le temps, Et balancez mes cendres sur Mickey se reçoit tout autrement. Le public a pris du recul et la pensée de l’auteur s’entend de façon différente. Comme si l’un et l’autre avaient mûri. Après l’attentat contre Charlie Hebdo, ici le culot et la cruauté des images et situations apparaissent, au diapason des dessins de Luz, Tignous, Charb ou Wolinsky, comme des caricatures irrévérencieuses mais fort justes. Et à la décapante ironie.
«Des textes et des actions en parallèle, c’est comme ça que la pièce a été conçue», explique Rodrigo Garcia. Les trois acteurs délivrent, en espagnol, une parole parcimonieuse, quoique ressassante, organisée par thèmes et  sous-titrée en français.
Comme souvent, il épingle l’abêtissement des gens, leur acculturation, la mondialisation,  les modes de vie qui s’uniformisent, l’hyper-consommation, les nouvelles technologies, la nature transformée en parcs de loisir, la marchandisation… Le lac, si beau vu d’avion, devient, à l’atterrissage, un endroit de cauchemar, aux rives bétonnées, surveillées par des gardiens et envahies de gilets de sauvetage : «Les amants ne vont plus s’ébattre sur les bords du lac, et les poissons, affolés, s’enfuient…». Il tire la sonnette d’alarme : nous fonçons, tête baissée, dans la modernité, sans mesurer l’étendue du désastre.
Plus performeurs que comédiens, les interprètes composent avec talent des tableaux vivants. Leurs gestes, explicites, se donnent comme tels, sans métaphore, et ne redoublent pas le texte. Ils s’engagent sans concession, et sans  être protégées par une fiction. Ils se mettent nus, se couvrent de miel et pain de mie, plongent dans une cuve d’argile; après avoir tenté, en préambule, l’exercice périlleux de mettre le feu au théâtre, puis de noyer des souris, ils pataugent à la fin, dans un bourbier, en compagnie de grenouilles… Quelques esprits chagrins de la Société Protectrice des Animaux protestent dans la salle!
C’est en terrain glissant que s’aventure ici Rodrigo Garcia: entre rire et déploration; entre jeu enfantin et gravité philosophique. Ici, l’équilibre est trouvé. Mais non sans risque, comme il le rappelle à la fin de la pièce : «J’ai pensé qu’il vaudrait mieux un peu d’air pur, pas cet air qui rafraîchit ou qui nous réchauffe. Et au lieu de sortir respirer l’air pur, je suis sorti me dissoudre dans l’espace noir des effluves de la nuit, silencieusement accompagné, et je me suis  dissous dans une flânerie solitaire et noire, où des souffles noirs me réduisaient à ma nature. Dans la forêt qui est dans mes yeux, les branches et la boue conservent leur aptitude à faire peur. Sans sursauts, une vie n’est pas dignement vécue. Dans tes yeux, un son dans la nuit m’ébranle puis m’apaise. Dans tes yeux, j’ai entendu le son d’une vague noire, une nuit près de la mer, et, comme un enfant, je me suis agrippé à ton pull.»
Un spectacle à voir ou à revoir pour ne pas mourir idiot.

 Mireille Davidovici

 Théâtre de la Commune, 2 rue Edouard Poisson, Aubervilliers ; T.: 01 48 33 16 16 jusqu’au 15 février.

Le texte de la pièce est publié aux Solitaires Intempestifs. Rencontre avec Rodrigo Garcia à l’Institut national d’histoire de l’art, 6 rue des Petits Champs Paris T: 01 47 03 89 00, le 9 février.

 

 


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