Terre rouge

 Terre Rouge d’Aristide Tarnagda, mise en scène de Marie-Pierre Bésanger

terrerouge_patrickfabre_1Lui est un homme de théâtre du Burkina Faso ; on l’avait vu ici,  comédien dans  Une saison au Congo  d’Aimé Césaire au T.N. P. Il a reçu commande d’un texte sur la terre, dans le cadre d’un projet pluridisciplinaire autour des notions de pays et de paysage, en Corrèze et au Burkina-Faso. Deux pays  a priori bien différents.  Mais Marie-Pierre Bésanger qui le met en scène, est installée à Tulle.
Ce monologue a été créé et a fait une tournée en Limousin, en 2012. Accompagné de la musique, un peu trop présente, de deux musiciens  qui veulent vivre au rythme du texte, et d’une bande-son suggérant les bruits du paysage, Aristide Tarnagda s’impose avec force. Pour dire la terre rouge de son enfance, au Burkina-Faso, il scande son texte, comme pourrait le faire un griot. Magnifiée par ses souvenirs, c’est la terre de l’insouciance, de l’innocence et des jeux,  celle de tous les possibles. Le narrateur et son frère jouent au foot, en rêvant d’ en être un jour les vedettes. Lorsque l’enfant se blesse, le grand frère le soigne en couvrant ses plaies avec la poussière rouge, miraculeuse panacée, terre  cicatricielle.
Et puis, il y a la rupture: d’abord l’exil à Paris de son frère qui  s’est désincarné, qui n’est plus que mots sur une lettre,  ou paroles au téléphone. Loin de sa terre, il s’étiole dangereusement entre maladie et chômage. Ensuite, le narrateur découvre que sa terre n’est plus à lui : son propre gouvernement et les pays étrangers l’exploitent et  seuls  lui restent les mots pour en dénoncer le démantèlement et la dépossession.
Ce monologue, simple, bien rythmé, dit, avec lyrisme, les maux de l’Afrique et le désespoir de ceux qui refusent les mirages de l’exil, et qui voudraient sauver leur pays pour y vivre comme leurs pères y avaient vécu: avec dignité.

Elyane Gérôme

Spectacle vu au T. N. P.  de  Villeurbanne;  en tournée  le 31 mai à Cergy-Pontoise.

 

 


Archive pour 4 février, 2015

Un Fils de notre temps

Un fils de notre temps,  d’après Odön von Horvath, mis en scène de  Simon Delétang.

un fils de notre tempsOdön von Horvath écrit en 1938, Un fils de notre temps, un roman, dont le premier titre est Un soldat du Reich mais ce fut sa dernière œuvre! Il meurt, le 1er juin de cette année-là, écrasé par la chute d’une branche de marronnier, un soir d’orage, non loin du Théâtre Marigny, à Paris, .
Né en Croatie mais de nationalité hongroise, éduqué en Allemagne, écrivant en allemand, il est représentatif de ces citoyens de la Mittel Europa d’entre les deux guerres, et fait partie de ces brillants  intellectuels qui assistent, impuissants, à la montée du nazisme, à la destruction des valeurs d’une société qu’ils avaient contribué à façonner.

À trente-sept ans, il laisse des poèmes, dix-sept pièces de théâtre, et trois romans, où il affronte la bêtise et la médiocrité de la petite et moyenne bourgeoisie qui fera le lit du nazisme. En 1933, le régime nazi fait  brûler ses livres dans des autodafés, et le déclare  » auteur dégénéré »…
 Un fils de notre de notre temps trouve évidemment des échos aujourd’hui. Enfant perdu d’une société qui ne l’accueille pas: « Quand je suis sorti de l’école, je suis devenu chômeur », le jeune homme s’engage dans l’armée,  afin, croit-il, «de ne plus avoir faim et de devenir quelqu’un ». Ce terrible contre-sens le conduira à sa propre perte !
 Simon Delétang a traduit le texte de l’adaptation pour le théâtre qu’avait réalisée Gunthram Brattia en Autriche. Avec la rigueur qu’on lui connaît, il dissèque un processus de destruction et nous donne à voir un très beau spectacle.
Le plateau est limité, au fond, par un mur vitré qui reflète toute la scène et donne l’illusion d’un vaste espace. Sur un sol blanc de neige (la neige d’un hiver symbolique qui gèle tout), il y a des alignements bien nets de bottes, ce  qui pourrait aussi être la vision prémonitoire de tombes. C’est le temps de l’univers structuré de l’armée qui donne un sens à la vie  de ce jeune homme devenu soldat.

  Après le combat et la confrontation avec la mort, arrive le début du chaos, et  tout est sens dessus-dessous. Il n’y aura pas de reconstruction mais une descente aux enfers qui passe par un meurtre, puis par la mort du personnage pris dans les glaces d’un monde qui lui est devenu insupportable. Thibault Vinçon, omni-présent, incarne ici cet anti-héros avec justesse, sans pathos et fait ici un remarquable travail d’acteur.
Chaque scène, soulignée par la musique, met le personnage dans une situation donnée, et fait du public,  un chercheur qui  scruterait les réactions d’un cobaye. Constat dérangeant: la pièce est d’une redoutable actualité. On aimerait tant que l’Histoire ne bégaye pas….

  Bel exemple de décentralisation régionale, ce spectacle tourne dans les centres dramatiques qui l’ont coproduit, donc, s’il passe près de chez vous, n’hésitez pas.

Elyane Gérôme

Spectacle créé au Théâtre des Célestins de Lyon;  du 4 au 8 février à la Comédie de Saint-Etienne ; les 13 et 14 février, à la Comédie de Reims; les  25 et 26 février, à la Comédie de Valence; du  10  au 14 mars au Centre dramatique national de Dijon ; les 1er et 2 avril au Théâtre Charles Dullin de  Chambéry,  et le 8 avril, au  Théâtre de Bourg-en-Bresse.

Patriotic Hypermarket

Patriotic Hypermarket de Milena Bogavac et Jeton Neziraj, lecture dirigée par Dominique Dolmieu, présentée dans le cadre des Mardis midi des Ecrivains associés du Théâtre

 

  Sur cet hypermarché, «l’amour de la patrie est l’article le plus vendu», avec hymnes, drapeaux,  bases militaires, guides pratiques d’épuration ethnique, charniers… Un chœur énumère les ingrédients de la guerre, introduisant les vingt-sept courts tableaux qui composent cette fresque historico-politique de la guerre au Kosovo, écrite par deux auteurs dramatiques, l’un serbe, l’autre albanaise.
Chacun dans sa langue, Milena Bogavac, en serbe et Jeton Neziraj, en albanais, ont utilisé les témoignages recueillis dans les deux camps qui se sont affrontés au Kosovo  de  1989 à 99. Une quarantaine de personnes ont raconté ce qu’elles y avaient vécu, et comment elles envisageaient l’avenir.
La pièce, en forme de patchwork, fait entendre leurs récits, dans les deux langues. Avec, comme personnages, des anonymes, des gens de tous les milieux, pris dans les rets de l’Histoire. Un paysan voit ses bœufs égorgés parce qu’ils sont l’un noir et  l’autre roux ; un homme démontre par a+b, que tous les Albanais sont des sauvages, des bandits, des assassins ; une femme serbe prend le risque de sauver ses voisins albanais par conviction. Une jeune Serbe décide d’aller travailler au Kosovo, pour y « chercher la vérité ».
C’est à un rythme haletant que les scènes se succèdent, disant la haine, la peur, décrivant aussi la solidarité et l’entraide. Et, en fin de compte, la paix et la réconciliation qui peinent à s’installer.
Cette pièce qui s’inscrit dans le courant du théâtre documentaire, tout en ménageant des moments d’émotion,  vise surtout l’efficacité. Le projet même de l’écrire à quatre mains, témoigne d’une volonté d’éradiquer l’hostilité  entre chacune des communautés.
Malgré le drame de ces vies brisées, le sang versé et les plaies encore béantes, leurs auteurs n’ont pas renoncé à l’humour. Souvent féroce : «Tu es un terroriste : tu es albanais! », dit un policier à un acteur de renom qui a pourtant incarné au cinéma un partisan yougoslave. «Il fait bon vivre au Kosovo, quand on ne vit pas au Kossovo», plaisante un homme. Autre scène terrible mais désopilante, la déclaration d’amour de deux combattants à leurs fusils, assimilés à leur sexe.
Le spectacle a été créé avec succès en 2011 à Belgrade, avec des acteurs de la ville, mais aussi de Pristina, Skopje, Tirana, et a été repris à Pristina.

Mireille Davidovici

Une lecture de cette pièce aura de nouveau lieu le 27 mars, dans le cadre du festival L’Europe des Théâtres  du 20 au 29 mars, à la Maison d’Europe et d’Orient, 3 passage Hennel 75012. T. :  01 40 24 00 55.
www.sildav.org
Le texte, traduit de l’albanais et du serbe par Arben Bajraktaraj et Karine Samardžija, est à paraître aux éditions l’Espace d’un instant.

 

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