Une nuit à la présidence

 

Une Nuit à la Présidence, écriture et mise scène de Jean-Louis Martinelli à partir d’improvisations avec les comédiens.

unenuitala présidence©PascalVictor  La pièce se déroule dans un lieu unique, un salon de réception du palais d’un Président africain,  qui reçoit M. Nick, le représentant français d’une multi-nationale, joué par le seul comédien blanc du spectacle.
Jean-Louis Martinelli, qui va régulièrement au Burkina Faso pour travailler avec des artistes, a conçu avec eux « cette farce politico économique », dans la spontanéité de l’improvisation.
Ils se sont inspirés du film d’Abderrahmane Sissako, Bamako,  où les habitants d’un quartier populaire jouent à faire le procès du F.M.I. et des multinationales, entraînés par Aminata Traoré, véritable pasionaria, alors ministre de la culture du gouvernement malien.
C’est elle qui a guidé Jean-Louis Martinelli pour écrire sa pièce. Elle déclarait avec fougue : «La démocratie libérale venue de l’Occident, nous n’en voulons plus…. nous avons été les bons élèves du F.M.I., les bons élèves d’un libéralisme dont nous n’avions pas les moyens !»  Cela  commence par une scène éminemment savoureuse entre le Président et la première Dame, (excellente Blandine Yameogo), plus vraie que nature, qui a recruté pour animer cette soirée un groupe de comédiens/musiciens/chanteurs et leur donne la possibilité d’évoquer les problèmes de leur quotidien devant le Président coupé des réalités de « son »peuple.
Mené par Bil Aka Kora, le groupe se constitue en véritable chœur à l’antique qui, avec ses chansons, dialogue avec les personnages, et  développe certaines de leurs paroles. Le Président n’a qu’un objectif : vendre une partie des mines d’or de son pays à M. Nick afin de créer un peu de travail, mais surtout pour s’enrichir et subventionner la campagne électorale pour sa réélection.
A partir de là, la pièce évoque une partie des maux de l’Afrique: corruption des politiques, népotisme, appétit des multinationales, néo-colonialisme de l’Europe et celui, plus insidieux de la Chine, dette, banques qui arrivent encore à s’enrichir sur les plus pauvres…. Habilement mené, jamais didactique: ce cabaret politique, d’inspiration brechtienne,  est joué par  d’excellents interprètes et  la dimension comique permet de faire passer les propos les plus graves.
Avec l’entrée d’Odile Sankara, (la sœur de Thomas Sankara, un indépendantiste burkinabé assassiné en 1987) qui incarne la Ministre, intègre, de la Culture, le ton change : voix dissonante de l’Afrique, elle s’attaque de façon frontale au représentant de l’Europe. Face-à-face final virulent : d’un côté, humanisme et honnêteté, et de l’autre, cynisme triomphant du capitalisme. La pièce laisse alors entrevoir qu’avec une nouvelle classe politique, enfin débarrassée des mauvaises habitudes néo-colonialistes, la démocratie pourrait se construire, en donnant aux citoyens un véritable contrôle sur leur pays.
Le théâtre a aussi pour fonction de décrire les travers d’un monde et éventuellement, d’appeler à les corriger…

 Elyane Gérôme

Spectacle vu au Théâtre National Populaire à Villeurbanne

 


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