Slums

Slums, mise en scène de Thierry Bédard

Slums_-c_Thierry_Burlot En anglais: bidonville, taudis, le mot a une sonorité musicale. Thierry Bédard, selon le philosophe Jean-Paul Curnier, pense que « la tâche du théâtre est de rendre visible ce qui gouverne nos existences d’aujourd’hui »; il  offre au public des créations singulières, comme du « théâtre-musique », fortes, sans compromis et éloignées de toute séduction facile.
Ses spectacles sont toujours prégnants d’une parole politique et sociale, urgente et poétique, même si « tout le monde s’en fout »  dit Thierry Bédard, et chacune de ses créations, aussi différente soit-elle, est un cri tragique.
Tout dans la mise en scène permet au  public d’entrer peu à peu, mais de façon de plus en plus brutale, profonde et sans relâche dans le vif du sujet : dans des conditions atroces, un milliard d’êtres humains survit aujourd’hui dans les slums.
Parole à part entière dans la dramaturgie et l’esthétique de Thierry Bédard, la musique occupe ici une place prépondérante, dialogue et répond au discours, violent, brûlant de vérité du sociologue et historien Mike Davis, l’auteur de Planet of Slums;  la musique est bien  l’autre personnage-interprète, à côté des acteurs qui s’emparent des mots, et une véritable relation inter-personnages prend ici forme.
Maîtrise et sensibilité à fleur de peau: Mélanie Menu, remarquable comédienne et chanteuse, apporte toute l’indispensable ampleur théâtrale pour toucher le spectateur et le déranger.
La menace que représentent les slums, dit Thierry Bédard, est certainement le problème le plus important et le plus explosif de ce siècle qui commence». Ce spectacle est aussi un acte politique et théâtral: il fait partie (mais ce sera le dernier) d’un cycle de recherches théâtrales regroupées sous le nom  de  Notoire La Menace.

  On est touché par cette forme de théâtre essentielle, si brûlante d’actualité, si poétique et si dérangeante,  et on souhaiterait en voir plus souvent ! A ne pas rater.  

 Elisabeth Naud

Théâtre-Studio d’Alfortville jusqu’au 14 février. T: 01 43 76 86 56 et à Château-Arnoux-Saint-Aubin le 17 février; le 28 avril 2015 à L’Arc scène conventionnée de  Rezé (44).


Archive pour 14 février, 2015

Une liaison contemporaine

Une Liaison contemporaine, installation immersive numérique de Carole Thibaut

Carole Thibaut nous invite à un voyage de quelques heures oniriques, à la galerie des Métallos plongée dans la pénombre. Nous sommes accueillis par une jeune femme qui distribue un petit livret noir de  trente-sept pages, relatant le long voyage en train,  de Paris à Rome, d’un homme qui quitte sa femme pour celle qu’il y  a rencontré.
Des fauteuils accueillants, et sur une table, des livres d’amour nous attendent, puis nous allons vers un labyrinthe transparent où sont projetés photos et extraits de films, dont ceux de Charlot et beaucoup d’autres. nous pouvons nous allonger dans des fauteuils confortables, mettre des écouteurs  pour écouter une voix douce nous raconter ce long voyage amoureux, érotique et doux, prélude à une séparation sans doute inéluctable, puisqu’il s’agit d’une rencontre fortuite.
On s’endort parfois sans culpabilité, mais on peut se lever, parcourir à nouveau ce petit labyrinthe, et sortir pour consulter les livres à l’entrée. Nous nous immergeons dans un monde bien réel, et pourtant virtuel qui nous fait revivre des émotions oubliées.
Une belle aventure de notre temps. On peut aussi à la sortie écrire des messages, lettres manuscrites, SMS, – messages sur Facebook ou Twitter dans un salon de correspondance, où certains seront épinglés ou projetés.


Edith Rappoport

Maison des Métallos jusqu’au 22 février T: 01 47 00 25 20

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Dominique Blanc lit Annie Ernaux

Dominique Blanc lit Annie Ernaux

 Les lectures font partie de la vie théâtrale, et nous font découvrir de nouveaux talents, des textes inconnus, mais  ont souvent pour objectif, le simple plaisir de donner à entendre des œuvres au public. « Les Années est une autobiographie romanesque qui a l’élégance de ne jamais dire «moi» ou «je». C’est notre mémoire collective à tous : à partager avec bonheur et intensité ! » écrit Dominique Blanc qui donne le coup d’envoi à une série des lectures au Théâtre de l’Atelier.
  Une bonne idée pour commencer la soirée, avant d’assister à Anna Christie d’Eugene O’Neill, mise en scène par Jean-Louis Martinelli (voir Le Théâtre du blog).  Dominique Blanc a choisi de prêter sa voix et son talent à Annie Ernaux, une écrivaine discrète mais qui, livre après livre, puise dans sa vie, dans sa mémoire, pour élaborer « une autobiographie qui se confonde avec la vie du lecteur ».
  Le texte s’ouvre sur des souvenirs d’enfance : repas familiaux dans les années cinquante à Yvetot, conversations sur la guerre, vacances à Sotteville-sur-mer, collège puis lycée à Rouen, mariage et vie d’enseignante en région parisienne … Pour finir sur la solitude d’une femme divorcée, vivant avec son chat noir et blanc, dans une grande maison à Cergy-Pontoise désertée par les enfants, au seuil de la vieillesse : «Elle se sent immobile dans un monde qui court».
Une remontée dans le temps, avec un récit distancié, que Dominique Blanc nous fait savourer quand elle
  nous entraîne avec énergie sur ce parcours sensible, fait de menus détails, odeurs, paysages, ambiances… Et peuplé d’objets emblématiques des époques traversées. Mais, dans cette lecture, aucun temps mort où pourrait se glisser un brin de nostalgie.
C’est en disant «nous» ou «on», qu’Annie Ernaux égrène ses souvenirs, invitant ainsi chacun à y reconnaître son propre vécu. Les Années se prête bien à une lecture devant un public: ici s’invente une forme nouvelle d’autobiographie, impersonnelle et collective.

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Atelier,  1 place Charles Dullin 75018 Paris. T. : 01 46 06 49 24  theatreatelier@theatre-atelier.com jusqu’au 15 février;  du 17 février au 1er mars, Jean-François Balmer lit Un Candide à sa fenêtre de Régis Debray et du 3 au 15 mars, Samy Frey lit Entretiens avec Jean-Paul Sartre (août-septembre 1974) de Simone de Beauvoir, une lecture-feuilleton en douze épisodes.

Les Années est publié chez Gallimard (2008)

http://www.dailymotion.com/video/x2d3stn 



 

 

Anna Christie

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Anna Christie d’Eugene O’Neill, adaptation de Jean-Claude Carrière mise en scène de Jean-Louis Martinelli

 

Dans une gargote du port de New York, Marty (Charlotte Maury-Sentier) écluse une dernière bière, quand Chris Christopherson fait une entrée vacillante. Ex-maître d’équipage en haute mer, il traîne à présent une existence d’ivrogne sur une barge à charbon qui ravitaille les navires en escale.
«C’est pas l’homme qui prend la mer/C’est la mer qui prend l’homme», la chanson de Renaud pourrait servir d’exergue à Anna Christie. La mer, «une vieille saleté du diable», selon Chris, a la force du destin dans ce drame. Eugène O’Neill l’a fréquentée de près, cette mer, quand, fuyant un mariage forcé et abandonnant un fils, il devint marin; il a croisé la faune des ports, et, de bar en bar, a sombré dans l’alcool.
Dans Anna Christie, c’est elle, la mer, qui a éloigné Chris de sa femme, lui a pris ses deux fils, lui a fait placer la petite Anna dans une ferme du Minnesota. Quand, sous les traits de la lumineuse Mélanie Thierry, Anna, devenue une jeune femme, ressurgit, c’est un rayon de soleil qui éclaire la vie du vieux loup de mer, et il ne voit pas en elle la putain qu’elle est devenue, malgré sa dégaine sans équivoque pour le spectateur.
Mais la mer lui joue encore un de ses tours de salope en faisant échouer Mat Burke, non loin de son rafiot :«La mer, il a fallu qu’elle t’amène cet Irlandais avec le brouillard», peste-t-il, se mordant les doigts d’avoir repêché le naufragé. Ce dernier croit rêver en voyant la belle Anna : «Je croyais que tu étais une sirène sortie de l’océan pour me tourmenter», déclare-t-il à la jeune fille, ne croyant pas si bien dire.
La pièce qu’Eugène O’Neill avait écrite en 1922, d’après une première version intitulée Chris Christopherson,  était un peu tombée dans l’oubli, malgré un prix Pulitzer, et plusieurs adaptations au cinéma, dont l’une, réalisée en 1930, avec Greta Garbo dans le rôle-titre. Elle a pourtant gardé sa force et mérite d’être vue, surtout dans la mise en scène rigoureuse de Jean-Louis Martinelli.
L’adaptation de Jean-Claude Carrière, (quatre au lieu des neuf personnages de la pièce), laisse de côté l’anecdotique pour se polariser sur les relations entre eux. Avec des dialogues laconiques : ces laissés pour compte de la vie ont peu de mots pour exprimer leurs affects, et n’ont que l’alcool pour refuge. La langue rude et brutale de l’auteur  a pris un coup de vieux dans cette version scénique, mais les acteurs, tous excellents, donnent le change..
Mélanie Thierry aborde son personnage de fille perdue avec d’infinies nuances et une distance blasée: Anna retrouve un éclat d’enfance quand elle se sent lavée de sa souillure par le brouillard et l’air du large. Quand le drame bat son plein,  l’actrice ne cède pas au mélo, et après Baby Doll, son talent se confirme. Le jeu des autres interprètes est tout aussi retenu : Féodor Atkine incarne avec tendresse un vieux type un peu naïf, un « homme de la mer » à la dérive. Le bouillant Stanley Weber, hissé en scène au bout d’un cordage, tel un Tarzan marin, confère à son Mat Burke, une candeur de grand gamin.
La mer, le port de New York, son brouillard, un bistrot… La scénographie de Gilles Taschet les évoque, sans tomber dans les clichés, ni dans le réalisme des films noirs des années trente. Le décor, efficace et d’une élégante simplicité, exploite la profondeur du plateau, avec des toiles peintes glissant l’une sur l’autre, une amarre qui tombe des cintres, un panneau qui descend pour figurer une cloison…
A voir pour le jeu des acteurs, l’intelligence de la mise en scène, et aussi pour ne pas oublier le théâtre d’Eugene O’Neill, père de la dramaturgie américaine et prix Nobel de littérature en 1936.

 Mireille Davidovici

 Théâtre de l’Atelier, place Charles Dullin 75018 Paris T.: 01 46 06 49 24 ; theatreatelier@theatre-atelier.com

 

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