Seulaumonde

sam-montage

Seulaumonde de Damien Dutrait 

La création d’un spectacle prend du temps et nécessite des étapes pour tester un texte auprès de professionnels, et s’assurer d’être sur la bonne voie. Avant de se lancer dans un travail de plateau, souvent les troupes ou collectifs de théâtre proposent maintenant des séances de travail, publiques ou semi-publiques.
Comme avec cette lecture faite par la compagnie antillaise du Théâtre des deux saisons, et par Nelson Rafaell Madel qui a plusieurs fois présenté au Monfort une excellente adaptation d’Andromaque de Jean Racine, Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector qui est mort (voir Le Théâtre du Blog) avec Paul N’Guyen. Adaptation rajeunie et vivifiante qui a ensuite été jouée au festival d’Avignon, à la Chapelle du Verbe Incarné, où les deux comédiens jouaient aussi dans P’tite Souillure de Koffi Kwahulé.
Ici, le personnage de Seulaumonde nous parle depuis l’au-delà, et s’adresse à son père, à sa mère, et, plus accessoirement, à l’être aimé. La mort se faisant pressante, le récit en est chamboulé: fort en émotions, saccadé. Tout y passe: regrets, non-dits, ratés, peurs, dégoût de la langue de bœuf qu’il fallait avaler, enfant…
Le texte s’affranchit des conventions théâtrales, parfois même de la vraisemblance, et on peut imaginer un homme troublé par les émotions ou les médicaments. Il est beaucoup question de liens que l’on tisse entre les gens, liens qui nous rapprochent, liens familiaux, liens du souvenir, qu’il va falloir briser d’un coup sec. Et tout cela, avec la conscience aussi que, tous, face à la mort, nous sommes seuls.
Le texte, très écrit, use parfois d’une poésie évocatrice; reste, bien entendu, tout un travail théâtral pour le mettre en scène et pour aider le comédien à nous faire entrer dans son émotion et son univers mental. Certains passages, un peu secs ou artificiels à la lecture, seront sans doute magnifiés par une mise en scène qui en élargirait le spectre. Est d’ailleurs prévu un travail de vidéo et de création sonore, important pour créer une matière scénique.
Nelson Rafaell Madel s’impose grâce à une présence très forte, et ce texte, écrit pour lui, profite de ses montées en puissance et en voix. Sans fausse émotion, l’acteur, avec une belle profondeur, nous entraîne avec talent dans un univers entre vie et mort, entre réalité et ailleurs.
Après cette lecture, nous sommes impatient de découvrir la mise en scène de ce texte !

Julien Barsan

Lecture donnée au Monfort, Paris XVe les 5 et 6 février.


Archive pour 15 février, 2015

soirée Nicolas Paul, Pierre Rigal, Benjamin Millepied, Edouard Lock

Soirée Nicolas Paul, Pierre Rigal, Benjamin Millepied, Edouard Lock

  Andreauria002Cette soirée inégale, qui rend compte de plusieurs types de danse proposés aux artistes de l’Opéra, a rendu perplexe une partie du public. Répliques de Nicolas Paul, sur une musique difficile signée György Ligeti, bénéficie d’une belle scénographie de Paul Andreu qui sépare la scène par des rideaux transparents, avec, semble-t-il,  quelques dessins d’art primitif.  A jardin, un  énorme galet est le témoin d’une danse minimaliste qui occupe l’espace…avec un certain ennui, durant  vingt-trois minutes.
Salut de Pierre Rigal, création pour seize danseurs, est plus stimulante et débute sous des applaudissements enregistrés, avec une succession de saluts. Roy Genty a imaginé des tutus noirs ou blancs avec bustiers, plus rigides qu’habituellement, et des vestes noires et blanches  dans le même tissu, une fine mousse rigide.
Après plusieurs saluts, ce damier bien organisé va se disloquer, à mesure que se couche un immense soleil blanc, et que se fait entendre la musique de Joan Cambon. Ces costumes, éloignés de leur utilisation originale, sont ici de véritables éléments scénographiques et créent des figures surréalistes; les interprètes sont emportés, individuellement ou par groupe, dans une ronde en apparence mal organisée mais qui obéit à ses propres règles. Des images apparaissent, comme un banc de poissons ou une galaxie humaine. Ce Salut de trente-huit minutes impressionne par la cohérence de l’ensemble et par sa qualité esthétique.
Together Alone, un duo chorégraphié par Benjamin Millepied, courte mais subtile création, est dansée, en jeans et tee-shirt, par Aurélie Dupont et Marc Moreau qui a remplacé, à la première, Hervé Moreau, blessé.
Le dernier ballet, AndréAuria d’Edouard Lock, avait, à sa création en 2002, marqué notre mémoire, par sa rigueur et son esthétique, et est toujours aussi impressionnante, malgré quelques longueurs, grâce aussi à un excellent travail sur la lumière mettant en valeur aujourd’hui Alice Renavand et Stéphane Bullion. En quarante-trois minutes, cette pièce, rythmée par une musique pour deux pianos de David Lang, fait se confondre le masculin et le féminin.
C’est donc une soirée contrastée à tous les sens du terme, qui prouve la remarquable adaptabilité des danseurs de l’Opéra.

Jean Couturier

Opéra de Paris jusqu’au 20 février.

Sony Congo

Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi de Bernard Magnier, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

 

Sony Congo 1_0Qui lit aujourd’hui les romans de Sony Labou Tansi ? Qui met en scène son théâtre ? Vingt ans après sa mort, l’une des grandes voix du Congo, dans la lignée d’un Maxime N’Debeka ou d’un Emmanuel Dongala, mérite d’être réentendue.
Bernard Magnier, qui fut son ami, a imaginé une biographie théâtralisée, portée par Hassane Kassi Kouyaté, conteur et comédien, qui assure la mise en scène et  en est le narrateur-présentateur, et Marcel Mankita qui se glisse dans la peau de l’écrivain congolais.
Un habile montage permet de passer du récit des faits, gestes et réalisations de Sony Labou Tansi, à ses écrits. Hassane Kassi Kouyaté évoque sa vie, analyse son écriture et situe son œuvre dans le contexte congolais. Son chaleureux enthousiasme prépare le terrain à la reconstitution de scènes de théâtre, à l’audition d’extraits d’interviews, de poème, et  textes de fiction ou intimes.
Face à son exubérant comparse, Marcel Mankita épouse la modestie de son personnage et fait sonner sa langue truculente : «Nous sommes les locataires de la langue française»,  dit celui qu’on a nommé le Rabelais noir, le Mohamed Ali de la plume. Avec Sony Labou Tansi, l’humour est au rendez-vous: «Je suis écrivain et nègre, cela s’impose à moi. Mais je ne serai jamais le nègre de quelqu’un», ironise-t-il, et, sur son lit de mort, il écrira encore. «Je mourrai vivant» sont les derniers mots d’un ultime poème.
Extraits de spectacles mis en scène par Sony Labou Tansi avec sa compagnie le Rocado Zoulou Théâtre,  et fragments de lettres projetés donnent un aspect documentaire au spectacle sur fond discret de musique  africaine. Ce portait, un peu didactique, tient de l’exercice d’admiration, mais, très bien joué, fait revivre  une œuvre, et ressuscite, non sans émotion, le temps d’une soirée, la vie bien remplie d’un poète.

 

Mireille Davidovici

 au Tarmac, jusqu’au 14 février et en tournée en Afrique et en France.

 

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