George Kaplan

George Kaplan texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

   63974-george_kaplan_1_bertrand_faureCette pièce, qui n’en est pas vraiment une, tient plutôt d’une sorte de mini-trilogie en trois volets. Au début, réunis autour d’une grande table rectangulaire couverte d’une toile cirée jaune pâle à carreaux, trois hommes et deux femmes parlent beaucoup, sans arrêt ou presque, en buvant des bières. Mais ils ne sont visiblement pas d’accord, quant à la poursuite de leurs activités.
 On comprend vite que ce sont des activistes soigneusement planqués, comme le  confirmera une vidéo où on les voit réunis autour de cette même table, dans l’ancienne et très charmante cuisine d’une vieille maison de la campagne française. Un commando de gendarmes cagoulés et fortement armés viendra d’ailleurs les arrêter un par un, de façon très musclée, quand ils sortiront dans le jardin.
Deuxième épisode: on n’est plus à la campagne mais sans doute à Paris, où le temps que dure la vidéo, les cinq comédiens ont pu changer de costume. On est dans une salle de réunion des plus banales, où, suite à un commande, une équipe de jeunes scénaristes et dialoguistes sont à la recherche d’un concept pour concevoir une série télé. Les discussions laborieuses, conduites par une jeune dirigeante dynamique et très sûre d’elle, vont bon train mais le résultat ne se laisse pas vraiment entrevoir. Caricature, bien sûr, d’un milieu avec ses codes et ses personnages stéréotypés, et quelquefois assez drôle, du moins quand on est de la paroisse… 
  Dernier volet: autour de cette même table encore, mais cette fois dotée d’un plateau lumineux, quelques membres d’un gouvernement occidental, tous impeccablement vêtus de costumes/cravates, ou robes noirs. Moment décisif: ils réfléchissent, à coup de cafés, aux meilleures méthodes pour lutter contre un très grave danger terroriste qui menace la sécurité intérieure de leur pays.
Mais on est entre le premier et le second degré: subitement est projetée l’image d’une poule qui picore dans une belle prairie verte mais en fait, très dangereuse et qu’il faut abattre d’urgence, et un organigramme où on peut voir qu’Alfred Hitchkock participe aussi, en compagnie d’artistes célèbres comme Marcel Duchamp, à ce complot international de grande envergure…

  Dénominateur commun et seule véritable lien entre ces trois volets de cette mini-trilogie: un certain George Kaplan, qui ressurgit ici de façon quasi-obessionnelle, nom porté entre autres par de nombreux universitaires  et un gangster américains,  un grand rabbin et  une réalisatrice française, et surtout par un personnage fantôme de La Mort aux trousses d’Alfred Hitchkock qui a fasciné Frédéric Sonntag.
« A partir de ce personnage, dit-il, a donc commencé à mûrir le projet d’une pièce au centre de laquelle se trouverait un certain George Kaplan, sans qu’il soit jamais incarné, sans qu’il soit jamais aperçu (…) Comme dans le film, George Kaplan serait ce point aveugle à partir duquel  se construirait toute la pièce”. C
’est aussi l’occasion, on le comprend vite, pour Frédéric  Sonntag, de mener une réflexion sur  le mythe, le réel et les fictions qu’on peut en tirer, mais aussi sur la géopolitique, et les façon de manier l’opinion dans un grand pays.
  Et cela donne quoi? Parfois le meilleur, et trop souvent, le vraiment pas bon et singulièrement ennuyeux comme un cours de fac mal foutu. Le meilleur? D’abord une remarquable direction d’acteurs : Lisa Sans, Feleur Sulmont, Alexandre Cardin, Florent Guyot, Jérémie Sonntag réussissent à être tous crédibles, avec une étonnante unité de jeu. Et les vidéos de Thomas Rathier, qui sont d’une force et d’une précision exemplaire comme, à la fin,  cette fusillade dans un hall de société qui fait froid dans le dos.
  Le pas bon du tout: les dialogues bavards de Frédéric Sonntag, où il semble se faire surtout plaisir à lui-même, mais qui sont bien peu efficaces. Et quand il fait part de ses intentions, cela devient assez prétentieux: “une identité fictive à laquelle on essaye de donner un semblant de réalité et qui finit par en recouvrir une, par le plus grand des hasards, trouvait une résonance particulière avec certains de mes thèmes et de mes préoccupations concernant les espaces de friction et de confusion entre réel et fiction, la définition des identités et leurs limites, ainsi que leur potentielle perméabilité.”
 Tous aux abris! D’autant plus que sur le plateau, sa mise en scène, par ailleurs précise et bien rythmée, n’arrive pas à soulever un texte vite et mal écrit.”Et les scénarios  qui balancent sans cesse entre fiction et humour n’ont rien de crédible, sans doute d’abord et surtout, à cause de ce dénominateur commun de George Kaplan, qui n’en est pas vraiment un! Peut-être une bonne idée sur le papier mais qui n’arrive à prendre corps sur un plateau. Et le second degré  quelque peu laborieux que Frédéric Sonntag essaye d’y infiltrer, n’arrive pas à faire passer la pilule.
Résultat: rien de bien passionnant dans ce texte trop long, soporifique, sauvé (mais à quelques rares moments seulement du troisième volet) par cette bande d’acteurs, à qui Frédéric Sonntag peut dire merci. Sans eux, le spectacle serait encore plus inconsistant…
  Mais les nombreux  lycéens qui s’ennuyaient comme nous, avaient eux trouvé la parade: ils s’étaient sagement endormis épaule contre épaule ou envoyaient des SMS… Et ils n’ont pas, ou très peu, applaudi. Cherchez l’erreur! Va-t-on au théâtre pour voir des acteurs, sauf si on en cherche, quand, du moins, on est metteur en scène ou réalisateur télé mais le public, lui, dans tout cela?

 Philippe du Vignal

 Le spectacle a été créé du 10 au 14 février au Théâtre Paris-Villette et sera joué en tournée.

 


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