Les Eaux lourdes

Les Eaux Lourdes de Christian Siméon, mise en scène de Thierry Falvisaner

 

Les Eaux lourdes, c’est la vieille histoire de Médée la criminelle et de Jason, revisitée par Christian Siméon, qui l’a située pendant la dernière guerre en France. Pierre et Mara s’aiment, de façon violente et passionnée, ont un fils  et quand la guerre arrive, Pierre s’engage dans le réseau résistant Corinthe. A la Libération, il part longtemps à la recherche de François, son meilleur ami qui a été déporté en Allemagne, mais quand il revient, les liens avec Mara  sont un peu distendus. Alors, il la quitte sans savoir qu’elle est à nouveau enceinte; elle, par vengeance et désespoir, tue leur fils.
Vingt-cinq ans plus tard, Mara vit avec son second fils, Ian, et Alix, une jeune femme. Elle aime toujours Pierre à  et lui écrit chaque jour une lettre.  Mais sans succès. C’est Alix qui va les porter. Mais aujourd’hui la lettre est adressée à François, l’ami résistant. L’histoire se met alors à bégayer : Pierre est parti avec Alix, et Mara, désespérée va encore tuer leur second fils….
  C’est à partir des souvenirs de son enfance, quand ses parents lui parlaient de la guerre, de la Résistance, de cette période trouble et peu glorieuse de l’Histoire française, où les familles souvent dispersées se sont ensuite déchirées, à coup parfois de dénonciations aux Allemands, que Christian Siméon a écrit cette pièce qui parle aussi, et avec un certain bonheur « de ces passions pathologiques et mortifères qui sont par essence indestructibles.” C’est une histoire qui parle de l’amour. C’est une histoire qui parle de la Résistance, dit l’auteur,  C’est l’histoire d’une machination, d’une décomposition, l’histoire d’une femme qui a aimé un homme jusqu’à tuer ses fils. Les duels au long cours n’ont jamais de vainqueurs”.
 Et c’est encore plus vrai  quand les histoires personnelles interfèrent avec la “grande Histoire”. Avec son cortège de non-dits, de secrets volontairement mal gardés, de mystères pas toujours élucidés, et parfois suivis de brutales révélations, qui ont longtemps pourri la vie des Français, comme cette femme dans la banlieue de Paris qui élevait seule et pauvrement sa petite fille, et dont le mari fait prisonnier avait disparu sans laisser de traces. Mais voilà, un voisin, le croise dix ans plus tard dans la rue d’un village allemand… Ou ce médecin parisien,  toujours disponible et généreux,  apprécié de tout le monde, et dont le fils parti en Allemagne à la recherche de sa fiancée juive disparue, apprendra plus tard que c’est son brave père qui l’avait dénoncée aux nazis. Il ne le supporta évidemment pas et alla au front pour  se faire tuer.  Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé,  dit l’Evangile… mais il y a quand même de redoutables salauds qui se révèlent justement dans les périodes difficiles.
Le texte ne manque pas de qualités d’écriture, même quand il frise de près le mélo, et même aussi s’il n’est pas toujours explicite pour les jeunes gens de vingt ans et les moins jeunes, quand il évoque les hauts lieux de torture parisiens de l’époque. (Peu de gens le savent mais une des salles de l’hôtel particulier de la rue Saint-Dominique, où était installée la Direction des spectacles  avait aussi abrité ce genre d’endroits sinistres!)
La pièce a été jouée au dernier festival d’Avignon: « saisissant, grand moment de théâtre, mise en scène impeccable, formidable leçon de théâtre”, etc… a-t-on pu écrire avec quelque naïveté.  

   Désolé, mais cette mise en scène n’a rien ici de bien convaincant: pourquoi ce gros juke-box où parfois un des personnages va faire surgir une musique, en appuyant soi-disant sur une touche? Pourquoi ce grand écran où l’on voit, filmé en très très gros plan, le visage d’Elisabeth Mazev (Mara) assise à une petite table de maquillage, pourquoi surtout faire crier sans cesse les comédiens, alors qu’ils sont à deux mètres à peine du public? Ce qui est bête,  et surtout insupportable.Bref, la direction d’acteurs est aux abonnés absents, ce qui est particulièrement embêtant ici.
Du coup, toutes les nuances du texte disparaissent et Elisabeth Mazev (Mara), excellente comédienne au demeurant, peine, comme ses camarades, à imposer son personnage, même si elle a, et plus que les autres, une formidable présence.
Un comédien débutant apprend vite cette évidence: crier sur un plateau, sauf à titre exceptionnel,  ne sert à rien. Du coup, on n’a plus guère envie d’écouter le texte et de regarder un spectacle qui mérite sans doute mieux que ce traitement approximatif dont vous pouvez vous dispenser.
Enfin si cela vous tente… mais n’allez pas râler ensuite. Conseil d’ami: allez plutôt voir un étage en dessous Argent, dette et music-hall (voir Le Théâtre du Blog) .

Philippe du Vignal

Théâtre Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris. T : 01 45 44 57 34 , du mardi au samedi à 19h. T : 01 45 44 57 34.  jusqu’au 4 avril.
www.lucernaire.fr

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