Pouilles

Pouilles, texte et conception d’Amedeo Fago, traduction de Patrick Sommier

 Pouilles Amedeo fago Photo Alain Richard 2015-thumb-500x699-56604 Ils sont douze sur la photo d’anniversaire : le grand-père, son épouse et leurs dix enfants dont le père d’Amedeo Fago. C’est à partir de cette photo, datée d’octobre 1917, qu’il a entrepris une vaste recherche dans les archives des Fago, et il ouvre ici, pour nous, son album de famille.
Dans un coin du plateau, un bureau au décor vieillot, encombré de paperasses. À sa petite table de travail, Amedeo Fago, sans mot dire, écrit, consulte des livres et des lettres jaunies, recolle patiemment une soupière en miettes, tandis que, sa voix off, en français, commente, de manière un peu monocorde, films et photographies projetés sur un large écran en fond de  scène.
En préambule, nous le découvrons, au cimetière de Tarente, devant le caveau familial, en ruines. A l’instar de cette ville des Pouilles, autrefois « élégante et tranquille qui s’étire sur deux mers », devenue une ville industrielle gravement polluée par la plus grande aciérie d’Europe.

Sur les traces de ses ancêtres, il remonte l’histoire de trois générations, et traverse deux guerres. Petit à petit, les personnages de cette saga familiale prennent vie grâce  au récit de leur descendant, et aux des documents (photos, extraits de correspondances et journaux intimes, actualités de la guerre).
Dans une deuxième partie, grâce à des trucages vidéo complexes, les oncles et tantes du narrateur quittent l’un après l’autre la photo originelle, et s’incarnent dans de petits films, sur un écran de tulle tendu à mi-plateau, dont la transparence leur confère des allures fantomatiques. Ombres mouvantes et parlantes, ils viennent raconter leur parcours personnel,  à l’heure des soixante-treize ans du patriarche.
Plus tard, le père d’Amedeo Fago sort littéralement de la photo et du film pour rencontrer son rejeton en chair et en os, sous les traits de Giulio Pampiglione. Trentenaire, il apprend, incrédule, par la bouche d’un fils sexagénaire, quel sera son destin (carrière professionnelle, veuvage, remariage…)  et  le sombre avenir de l’Europe (Mussolini, le fascisme, le seconde guerre mondiale…).

Par cette distorsion spatio-chronologique, le spectateur se trouve alors entraîné dans une vertigineuse spirale de temps. C’est la séquence plus réussie et la plus émouvante de ce documentaire qui, après un démarrage assez laborieux, se mue progressivement en théâtre.
Le spectacle «si personnel et si résolument italien» trouve, au fil de son déroulement, des résonnances en chacun de nous. Selon le fameux adage de Michel Torga : «L’universel c’est le local, moins les murs».

 Mireille Davidovici

 Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis.  T. : 01 48 13 70 00 jusqu’au 13 mars . Pouilles donne le coup d’envoi du Festival Standard Idéal, programmé depuis dix ans par la MC 93 de Bobigny qui, en travaux,  ne rouvrira qu’en 2017. Il se déroule cette année hors les murs.
Le festival propose donc dans différents théâtres, quatorze spectacles ,de mars à juillet, dont ceux de Lev Dodine, de l’École du Théâtre d’art de Moscou ou de Zeng Jinping.  T. 01 41 60 72 72 ;   www.mc 93.com

 


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