Histoire d’une vie

Histoire d’une vie, de Michèle Tauber, d’après le livre éponyme d’Aharon Appelfeld, traduction de l’hébreu par Valérie Zenatti,  adaptation de Jean-Luc Vincent et Bernard Lévy, mise en scène de Bernard Lévy

     Histoire d'une vie..Pierre-Yves ManciniAharon Appelfeld naît en 1932 à Czernowitz en Bucovine  (aujourd’hui Tchernovtsy, située en Ukraine), dans une famille juive assimilée. De langue et de culture maternelles allemandes, il entend ses grands-parents parler  yiddish et comprend le ruthène, un dialecte ukrainien, et le roumain. En 1938, ces langues portent à jamais lui l’univers des sensations intimes, la finesse des sentiments, le refuge d’une mémoire et le réservoir d’une œuvre universelle.
L’enfant, sauvé in extremis pendant  la seconde guerre mondiale, a oublié les noms de lieux, les dates, mais se souvient des gestes et situations qui surgissent encore obscurément de sa mémoire
; il fait l’expérience du ghetto, des camps et de l’errance dans les forêts d’Ukraine. Il entend toujours le cri de sa mère assassinée, puis se remémore l’itinéraire infligé à la colonne de prisonniers sur les routes couvertes  de neige fondue. Lui et son père qui lui tient la main sont deux ombres que maltraitent les soldats roumains et ukrainiens.
Histoire d’une vie (1999), premier livre autobiographique d’Aharon Appelfeld, auteur de nouvelles et de romans, paraît en France en 2004, et obtient le Prix Médicis étranger :  «Ces pages sont la description d’une lutte… une lutte dans laquelle toutes les composantes de mon âme prennent part : le souvenir de la maison, les parents, le paysage pastoral des Carpates, les grands-parents et les multiples lumières qui abreuvaient alors mon âme. Après eux, vient la guerre, tout ce qu’elle a détruit, et les cicatrices qu’elle a laissées. Enfin les longues années en Israël : le travail de la terre, la langue, les tourments de l’adolescence, l’université et l’écriture. »
La guerre finie, l’enfant ne s’exprimera plus dans la moindre langue, gardant pour lui  son identité juive  et  sa langue maternelle allemande, et marmonnant en ruthène. Quand il arrive en Palestine en 1946, son  journal intime est un agrégat d’allemand, yiddish, hébreu et  ruthène : « Ce verbiage n’était pas l’expression de quelque chose mais plutôt d’un état d’âme. »
Le nouvel arrivant apprend l’hébreu, la langue des ordres et des soldats: un apprentissage ardu, une expérience de «l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme. » Les mots ne dégagent nulle chaleur ni association,   «comme s’ils étaient nés du sable qui nous entourait de toutes parts. » A l’université de Jérusalem, Aharon Appelfeld choisit d’étudier le yiddish de ses grands-parents et de sa petite enfance : il renoue ainsi avec lui-même,  car il lui faut réinventer un langage, après avoir connu la perte d’identité, la peur, la faim, la soif, le sentiment d’abandon et l’évidence de la mort alentour.
Comme seul salut, la contemplation de la nature – un arbre plein de pommes, le cours d’un ruisseau, des images qui le hantent et dont l’écriture se ressaisit : «La suspicion à l’égard des mots, je l’ai rapportée de là-bas. L’enchaînement fluide des mots me rend soupçonneux. Je préfère le bégaiement. Dans le bégaiement, j’entends la friction et le trouble, l’effort investi pour débarrasser les mots de leurs scories, la volonté d’offrir quelque chose d’intérieur. »
À travers la scénographie soignée de Giulio Lichtner: une chambre claire, une boîte mentale dont les murs sont des écrans pour des images vidéo de forêt ou de pages d’écriture. La subtile direction d’acteurs de Bernard Lévy installe sur le plateau, la haute stature de Thierry Bosc, très  à l’aise  dans cet état de conscience ainsi matérialisé.

Le comédien, voix rauque et profonde, fait retour sur ce personnage révélé, à la fois proche de lui mais aussi ironique. Il a l’art de faire entendre la force rude d’un témoignage mais aussi la modernité royale d’une parole que traversent le doute, l’hésitation et le silence, délivrant un monde à la  fois universel et intime.

Véronique Hotte

Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff, du 10 au 19 mars. T: 01 55 48 91 00      


Archive pour 12 mars, 2015

Histoire d’une vie

Histoire d’une vie, de Michèle Tauber, d’après le livre éponyme d’Aharon Appelfeld, traduction de l’hébreu par Valérie Zenatti,  adaptation de Jean-Luc Vincent et Bernard Lévy, mise en scène de Bernard Lévy

     Histoire d'une vie..Pierre-Yves ManciniAharon Appelfeld naît en 1932 à Czernowitz en Bucovine  (aujourd’hui Tchernovtsy, située en Ukraine), dans une famille juive assimilée. De langue et de culture maternelles allemandes, il entend ses grands-parents parler  yiddish et comprend le ruthène, un dialecte ukrainien, et le roumain. En 1938, ces langues portent à jamais lui l’univers des sensations intimes, la finesse des sentiments, le refuge d’une mémoire et le réservoir d’une œuvre universelle.
L’enfant, sauvé in extremis pendant  la seconde guerre mondiale, a oublié les noms de lieux, les dates, mais se souvient des gestes et situations qui surgissent encore obscurément de sa mémoire
; il fait l’expérience du ghetto, des camps et de l’errance dans les forêts d’Ukraine. Il entend toujours le cri de sa mère assassinée, puis se remémore l’itinéraire infligé à la colonne de prisonniers sur les routes couvertes  de neige fondue. Lui et son père qui lui tient la main sont deux ombres que maltraitent les soldats roumains et ukrainiens.
Histoire d’une vie (1999), premier livre autobiographique d’Aharon Appelfeld, auteur de nouvelles et de romans, paraît en France en 2004, et obtient le Prix Médicis étranger :  «Ces pages sont la description d’une lutte… une lutte dans laquelle toutes les composantes de mon âme prennent part : le souvenir de la maison, les parents, le paysage pastoral des Carpates, les grands-parents et les multiples lumières qui abreuvaient alors mon âme. Après eux, vient la guerre, tout ce qu’elle a détruit, et les cicatrices qu’elle a laissées. Enfin les longues années en Israël : le travail de la terre, la langue, les tourments de l’adolescence, l’université et l’écriture. »
La guerre finie, l’enfant ne s’exprimera plus dans la moindre langue, gardant pour lui  son identité juive  et  sa langue maternelle allemande, et marmonnant en ruthène. Quand il arrive en Palestine en 1946, son  journal intime est un agrégat d’allemand, yiddish, hébreu et  ruthène : « Ce verbiage n’était pas l’expression de quelque chose mais plutôt d’un état d’âme. »
Le nouvel arrivant apprend l’hébreu, la langue des ordres et des soldats: un apprentissage ardu, une expérience de «l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme. » Les mots ne dégagent nulle chaleur ni association,   «comme s’ils étaient nés du sable qui nous entourait de toutes parts. » A l’université de Jérusalem, Aharon Appelfeld choisit d’étudier le yiddish de ses grands-parents et de sa petite enfance : il renoue ainsi avec lui-même,  car il lui faut réinventer un langage, après avoir connu la perte d’identité, la peur, la faim, la soif, le sentiment d’abandon et l’évidence de la mort alentour.
Comme seul salut, la contemplation de la nature – un arbre plein de pommes, le cours d’un ruisseau, des images qui le hantent et dont l’écriture se ressaisit : «La suspicion à l’égard des mots, je l’ai rapportée de là-bas. L’enchaînement fluide des mots me rend soupçonneux. Je préfère le bégaiement. Dans le bégaiement, j’entends la friction et le trouble, l’effort investi pour débarrasser les mots de leurs scories, la volonté d’offrir quelque chose d’intérieur. »
À travers la scénographie soignée de Giulio Lichtner: une chambre claire, une boîte mentale dont les murs sont des écrans pour des images vidéo de forêt ou de pages d’écriture. La subtile direction d’acteurs de Bernard Lévy installe sur le plateau, la haute stature de Thierry Bosc, très  à l’aise  dans cet état de conscience ainsi matérialisé.

Le comédien, voix rauque et profonde, fait retour sur ce personnage révélé, à la fois proche de lui mais aussi ironique. Il a l’art de faire entendre la force rude d’un témoignage mais aussi la modernité royale d’une parole que traversent le doute, l’hésitation et le silence, délivrant un monde à la  fois universel et intime.

Véronique Hotte

Théâtre 71, Scène nationale de Malakoff, du 10 au 19 mars. T: 01 55 48 91 00      

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