Boesman et Lena

Boesman et Léna d’Athol Fugard, texte français d’Isabelle Famchon, adaptation et mise en scène de Philippe Adrien

 

  IMG_6644Analysant le succès national et international de la pièce de cet écrivain afrikaner, Georges-Marie Lory  écrit dans L’Afrique littéraire et artistique, qu’il s’agit à la fois d’un drame banal sud-africain mais aussi universel et de la fascination quant à la fuite du temps. Ancré socialement et politiquement dans l’apartheid, l’art de ce théâtre réside dans ces dialogues à deux, comme si chacun entrait en conversation avec une autre part de lui-même.
Chassés d’un bidonville par les bulldozers de l’homme blanc, Boesman et Léna, un couple de métis africains qu’on appelle des  « bruns », errent jusqu’à un terrain vague où  ils vont construire un abri toujours provisoire.
Le couple dort dans la boue et la saleté, et chaque jour, ils vont s’adonner à un petit  commerce misérable de bouteilles vides, restes des beuveries des blancs.
Outa, dont le nom signifie «vieux type », un Bantou donc un noir, arrive sur leur territoire et va bouleverser leur relation.
Léna croit possible le dialogue mais Boesman, lui, ne comprend pas, et se montre jaloux, haineux. Placés dans une situation invivable, ils deviennent à la fois bourreaux et victimes.
Le drame révèle un constat terrible: la perte définitive des vraies valeurs de la civilisation africaine: la solidarité avec l’étranger démuni, et le respect des vieillards. «Pour Sud-Africains qu’ils soient, Boesman et Léna sont parmi nous. Le soleil et l’apartheid en moins, notre Europe malmène aussi les laissés pour compte de l’opulence. Et le racisme dont ils sont victimes, n’est pas mort. »
La scénographie et les costumes d’Erwan Creff donnent à voir avec justesse un marais, un non-lieu abandonné sur les bords d’une rivière dont on entend le murmure chantant. Et la ligne d’un horizon lointain dans un ciel lumineux qui accueille la majesté d’un soleil levant ou couchant, avec sur le plateau nu, des morceaux de bois, des feuilles de tôle que transporte l’homme du bush pour construire à nouveau un refuge de pacotille.
Léna apparaît, pieds nus, avec des yeux qui ne voient rien, sauf le sol juste devant elle, marchant «comme une somnambule, le visage ratatiné et tordu par la misère, par le ressentiment, par les regrets».  Nathalie Vayrac a l’apparence d’une errante égarée, prise de pitié et de compassion pour l’étranger mais simule et surjoue sans révéler rien de profond. Il lui manque en fait une liberté de jeu,  comme celle de Christian Jullien, qui incarne avec beaucoup de vérité, un Boesman, maussade et agressif. Tadié Tuéné (Outa), lui, mime plutôt bien les borborygmes d’une langue inconnue.
Malgré les intonations plaintives de Léna, la mise en scène de Philippe Adrien s’avère pertinente.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 12 avril. T: 01 43 28 36 36

 Le texte est publié aux éditions Opal.

 

 

 


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