Espèces d’espaces

Espèces d’espaces de Georges Perec, mise en scène d’Anne-Marie Lazarini

 

Espèces-despaces-Marion-Duhamel-2«Vivre, c’est passer d’un espace à l’autre sans se cogner », remarque Georges Perec. Depuis la page blanche, lieu de l’écriture, de la typographie, Espèces d’espaces explore nos espaces quotidiens, emboîtés les uns dans les autres,  le lit, la chambre, l’appartement, la rue, le quartier, la ville, le pays, la Terre… En topographe, l’auteur, de son œil acéré, dissèque les éléments qui composent notre environnement quotidien, avec une logique autre mais imparable. Tel Alice au Pays des merveilles, il nous entraîne dans un parcours vertigineux, nous fait voir le monde différemment.
Anne-Marie Lazarini s’est emparé de ce livre en géographe, témoin la «carte de l’océan» d’uniforme, tirée de La Chasse au Snark, projetée au sol. En clin d’œil à Lewis Carroll. Elle réussit à en dégager la théâtralité intrinsèque. Trois comédiens se partagent le texte :  il s’instaure entre eux une sorte de dialogue,et  ils nous conduisent pas à pas dans un labyrinthe qui s’élargit à l’infini, jusqu’à éclater en petites balles, mappemondes miniatures.
La scénographie, simple et astucieuse, donne à l’écriture  de Georges Perec toute sa concrétude: au fond, figurant la page blanche, un écran sur lequel s’inscrivent des lettres, des mots, des lignes, des paragraphes, des portraits, de petits films ; au sol sont projetés des plans, des cartes; des maquettes, des dessins, des découpages délimitent les aires de jeu… Car c’est bien à un jeu oulipien qu’on s’adonne ici.

On peut regretter un parti-pris par trop illustratif mais, dans l’ensemble, le spectacle restitue l’esprit facétieux de l’auteur, tel que son portrait au regard malicieux l’exprime. Il dévoile aussi combien sa rage d’écrire masque une ancienne, lointaine et prégnante nostalgie. « C’est parce qu’il n’existe pas que l’espace devient question. »(…) « L’espace est un doute, il faut que j’en fasse la conquête », plaisante Georges Perec. Pour lui, né hors-sol, transplanté, l’écriture est une manière de s’enraciner ; elle est, comme la vie, une question d’espace :  « Écrire  c’est essayer de faire survivre quelque chose, laisser quelque part quelques signes. »

En l’ayant décryptée pour nous, Anne-Marie Lazarini et son équipe suscitent aussi l’envie de se replonger dans l’œuvre de Georges Perec. Espèces d’espaces, publié en 1974 (Éditions Galilée), peut se lire comme un prélude à La Vie mode d’emploi ( Hachette,1978) car il en expose le colossal projet. Il est aussi la matrice de bien d’autres ouvrages : Tentatives d’épuisement d’un lieu parisien (Bourgois,1975) ou Perec/grinations (Zulma 1999)…

 

Mireille Davidovici

 

Jusqu’au 26 avril

Plusieurs rendez-vous prolongent le spectacle :

25 mars Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? par Stéphane Fievet

2 avril Films de et autour de Georges Perec

16 avril Intérieur de et par Thomas Clerc

Théâtre Artistic Athévains,  45 rue Richard Lenoir 75011, T. 01 43 56 38 32 

 


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