Ancien malade des hôpitaux de Paris

 Ancien malade des hôpitaux de Paris-Monologue gesticulatoire, de Daniel Pennac, mise en scène de Benjamin Guillard

 

ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS Photo libre de droit Saladin Debout (c)Emmanuel NobletOlivier Saladin, ancien acteur de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff, prend ici un spectateur à témoin: « Je me souviens de ce qui s’est passé exactement, il y a vingt ans à l’hôpital, un anniversaire, il faut que je vous raconte ce temps d’internat. J’étais un jeune con en somme. Je n’avais pas encore creusé mes fondations que je me prenais déjà pour ma statue.»
La nouvelle de Daniel Pennac est aussi une pantomime; chaque phrase correspondant à un geste technique approximatif, et chaque séquence à une mise en lumière finale du diagnostic, après que le cas ait été savamment déplié avec humour, mimé dans le délire, joué de manière burlesque.
L’interne s’invente ici un destin professionnel prometteur, à la façon de son père-et ceci de génération en génération-que symbolise l’acquisition d’une carte de visite significative, imaginée en rêve de manière obsessionnelle, un pass symbolique qu’il voit rehaussé de titres pompeux, gravés en relief, marque élégante de réussite tapageuse, et de reconnaissance identitaire.
Et de décliner celle de Saliège, un des mandarins, qu’il va côtoyer, le temps d’une garde de nuit infernale : « Docteur Paul Saliège, major de l’Internat des Hôpitaux de Paris, professeur agrégé, Urologie, Reins, Vessie, Prostate, Accessoires ».

Ou bien, il brandit abstraitement la carte de Nicole Aymard : «Moi, Nicole Aymard, cardiologue».  Et déclenche un rire irrésistible.
La garde de Gérard Galvan, aux urgences de nuit,  tourne  au
 cauchemar, avec un patient atypique qui a  de nombreux symptômes non référencés et déroutants. Symptômes apparaissant puis disparaissant les uns après les autres, comme par magie, et laissant chacun des grands pontes appelés à la rescousse, médusés et impuissants, malgré leurs compétences ronflantes.
Gérard Galvan, faisant allusion à Angelin, spécialiste  de chirurgie viscérale, dit au patient dont il espère la survie (pour lui-même et son avenir professionnel) : « Va pas mourir, toi, surtout, te déboyaute pas en cours de route. Angelin  va te sortir de là, c’est un cador de la viscérale, il a tendance à se prendre pour sa carte de visite…(Juste en face de l’Élysée)… Mais c’est le roi du mou, je te le jure ! Accroche-toi, je cours pour toi… »
Résonne par instants, un style à la Louis-Ferdinand Céline, dans un langage crû et ordurier, évocation d’une panique personnelle qui atteint l’universel, expression aussi d’une capacité profonde à s’émouvoir.
Et de faire glisser le brancard dans les couloirs de l’hôpital. Et d’évoquer encore les pets libérateurs, selon un ordonnancement savant du champ lexical des instruments  à vent : déflagration, clairon, hautbois, flûte, fifre, tandis que le drap posé sur le malade s’envole comme une montgolfière.
Soudain, le patient pris d’une crise furibonde incontrôlable, échappe aux médecins comme un poisson, en «un bond de carpe». Mais l’urologue plonge comme un rugbyman et lui immobilise les jambes et le pneumologue lui saisit la tête pour qu’il ne se la fracasse pas sur le sol. Gérard Calvan, lui,  « chope ses poignets pour échapper à ses ongles, qu’il a plantés dans ses propres paumes.» Enfin l’urgentiste plante sa seringue «dans le mille».
Comment mieux décrire cet événement rocambolesque ? Le clown Olivier Saladin, en jeune interne ahuri, mime aussi  la démarche altière et la voix suffisante de ses  patrons auto-admiratifs. La folie joyeuse de la course du lit  dans les labyrinthes hospitaliers, tourne au numéro d’enfer.
Un moment pleinement thérapeutique… et savoureux.

Véronique Hotte

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On confirme! Olivier Saladin fait ici preuve d’une véritable virtuosité comique et il est tout à fait crédible dans son rôle de jeune médecin qu’il n’est plus, et qui raconte ses folles nuits de garde quand il n’avait pas encore les cheveux blancs. Le plus étonnant sans doute dans ce solo, remarquable leçon de théâtre, c’est l’équilibre jamais en défaut entre une gestuelle calée au millimètre et une façon de conter les choses, précise, radicale, à la diction impeccable.
Olivier Saladin, immense acteur, emmène les spectateurs là où il veut. Aucune facilité, aucune vulgarité dans cette caricature où il est très à l’aise, bien dirigé par
Benjamin Guillard avec une grande maîtrise. Aucune erreur, aucun dérapage dans ce Médecin malgré lui, porté à la scène. La fin de la nouvelle est assez peu crédible, et tombe à plat : le praticien hospitalier, dégoûté se reconvertit en garagiste mais bon… cela ne dure que quelques minutes, heureusement !
  Sinon, c’est vraiment un grand bonheur de retrouver ici Olivier Saladin, quelques jours avant (coïncidence!) Yolande Moreau, personnage principal de Voyage en Chine, le film de Zoltán Mayer dont on vous reparlera, et quelques semaines après François Morel, lui aussi en solo, au Théâtre du Rond-Point (voir Le Théâtre du Blog). Ces fabuleux acteurs jouaient tous les trois dans le légendaire Lapin-Chasseur de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps, qui avaient vu juste, quand ils les avaient engagés, il y a déjà vingt-cinq ans …

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Atelier à Paris, à partir du 21 mars, relâches exceptionnelles les 12 et 13 mai. T : 01 46 06 49 24
Le texte est publié dans la collection Folio (n° 5873) Gallimard.


*Le spectacle est repris du mardi au samedi à 21h, et le dimanche à 15h, à partir du 23 février jusqu’au 20 mars inclus.

 

 

 

 

 


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