la Pelle du large

 

La Pelle du Large d’après L’Odyssée d’Homère, mise en scène de  Philippe Genty

la-pelle1Imaginez Ulysse en tire-bouchon aux bras articulés, et ses compagnons de fortune en papillotes aux robes multicolores! Tout ce petit monde navigue d’aventure en aventure, sur un rideau de douche bleu, qui parfois se déchaîne en plis houleux. Les objets trouvés dans une cuisine sont bien commodes pour  incarner les personnages de la plus vieille histoire du monde: batteur à œufs, bassine, gants de vaisselles, éponges et autres ustensiles, ingrédients, fruits et légumes… Tout un petit peuple va s’animer entre les mains agiles des comédiens. (Les mains sont par ailleurs le motif d’une exposition de sculptures de Philippe Genty dans le hall du théâtre).
Et vogue le navire : une pelle, un balai à manche court, un éventail y suffisent, manipulés par les trois acteurs qui se disputent à la fois le rôle d’Ulysse et l’avantage de porter ainsi une passoire sur la tête ; n’est-il pas le chef et le héros ? Mais, par ailleurs,  il y a de quoi faire : les aventures s’enchaînent de Charybde en Scylla. Ils seront Circé au cœur d’artichaut, le Cyclope rond comme une barrique,  un des moutons à la gueule de tomate, la mousseuse Calypso, l’évanescente Pénélope et ses prétendants, et tous les autres, sortis de l’univers homérique.

  L’inventivité de Philippe Genty, comme d’habitude, n’a pas de bornes (voir Zigmund Follies dans  Le Théâtre du blog).  Avec des interprètes qui excellent autant dans la manipulation que dans le jeu scénique, il magnifie les plus humbles objets en leur insufflant une personnalité. Non content de pousser à bout l’imaginaire, il  a aussi écrit  aussi un texte savoureux et ludique où le geste rejoint la parole, où les mots se concrétisent en images. 
Pour ouvrir une bouteille à la mer, il faut un tire-bouchon : notre Ulysse est bien équipé pour le faire; nus, les marins-papillottes deviennent caramel, guimauve et chocolat ; pour construire un pont sans avoir d’argent, il suffit de «faire la manche» et, aussitôt, deux vestes prêtent les leurs, permettant ainsi au héros de franchir le sinistre fleuve Érèbe,  aux confins des Enfers…
Cette trivialité des objets utilisés n’entame en rien les qualités esthétiques du spectacle ; le comique du texte et du jeu, frisant souvent celui du clown, ne tombe jamais dans la vulgarité facile. Sous une voilure bien modeste, certes, mais sans trahir l’original, le spectacle revisite un chef-d’œuvre, pour le plaisir des petits et des grands. Une réussite  à ne pas manquer.

 

Mireille Davidovici

Joué au Grand Parquet en mars,  et ensuite en tournée. À lire aussi : l’autobiographie de Philippe Genty: Paysages intérieurs,  (Actes-Sud), (voir Le Théâtre du blog)

 


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