Don Juan revient de guerre

Don Juan revient de guerre, texte d’Ödön von Horváth, traduction de René Zahnd et Hélène Mauler, mise en scène de Jacques Osinski

 

p206021_2Don Juan n’est plus ce qu’il était, quand il revient de guerre – la Grande Guerre  – dans une Allemagne qui, sur le plan politique et social, est effondrée, et dont l’inflation est sans issue.
Le pays connaît l’état humiliant de ceux qui, vaincus, ont encore à verser une dette de guerre, coincés dès lors entre petits trafics, marché noir et donc enrichissement rapide des profiteurs. Ainsi, à la vision dégradée d’un Etat,  correspondent les années folles de 1919 à 1923, une période d’ivresse où chacun tente de s’aveugler, ou, au contraire, de se trouver librement, initiant certains avant-gardismes prophétiques. C’est à cette époque qu’Ödön von Horváth, trois ans avant d’être tué en 1938 par la chute d’une branche sur les Champs-Elysées, inscrit ce drame.
Entre jours blafards et fêtes nocturnes, le citoyen, bourgeois, ouvrier ou sans emploi,  et les femmes, aussi, tentent d’oublier une misère noire quotidienne. Dom Juan, lui, soldat lassé de l’expérience militaire – une déception personnelle et collective -, revient dans un monde bouleversé par la crise où les hommes sont absents: tués au front, ou morts de la grippe espagnole.
Ödön von Horváth, Hongrois de langue allemande, défini par les nazis comme «auteur dégénéré», réfugié d’abord à Vienne, revient sur le passé d’un pays fourvoyé. Écrite pour un protagoniste masculin et trente-cinq rôles féminins, cette pièce chorale laisse apparaître une figure qui n’est qu’une ombre, une marionnette  de héros déchu,  au milieu de présences féminines, gagnées par une volonté absolue de vivre. Refusant les règles d’un monde désormais révolu, ce sont les femmes qui prennent les affaires en main, mais pas Don Juan qui pensait être devenu un autre. L’ancien séducteur espérait retrouver celle qu’il avait abandonnée avant la guerre.
Fantasme, rêve d’un gamin qui restera à jamais immature, mensonge qu’on se fait à soi-même, afin de survivre, en reprenant petitement assise sur des bases plus solides… Mais ce souhait se heurte à la réalité de la Mort à laquelle Don Juan le désinvolte ne s’est pas préparé. Entre-temps, cet infidèle retombe dans ses faiblesses anciennes, multipliant les conquêtes, se laissant séduire, alors qu’il n’est, dans l’âme, qu’un vaincu terrassé.
Jacques Osinski a su  recréer avec esprit ces temps moribonds. Si ce n’est la grand-mère âcre et autoritaire de la disparue (Jean-Claude Frissung), la fille cadette (Agathe Le Bourdonnec) de la logeuse (Caroline Chaniolleau), Don Juan, l’homme à femmes, ne rencontre que des victimes qui tombent sous son charme: soubrettes, serveuses, filles légères, villageoises, dames distinguées ou indignes. Noémie Develay-Ressiguier, Delphine Hecquet et Alice Le Srat  assument tous ces  personnages.
Mais, aussi nombreuses soient toutes ces femmes, le chemin mènera l’égoïste à  une mort incontournable, touché à son tour par les trahisons de l’existence. Don Juan est incarné par Alexandre Steiger, à l’étrangeté hésitante.
Christophe Ouvrard a imaginé une scénographie avec des lieux privés comme la chambre du malade hospitalisé, l’appartement de la logeuse et  le salon de la grand-mère, ou bien des endroits  publics:  un  café,  un cabaret, ou un chemin neigeux la nuit dans une forêt:  Don Juan est hagard, pris de vitesse dans un monde qui évolue à présent sans lui.

 Véronique Hotte

 Athénée Théâtre Louis Jouvet, du 2 au 18 avril. T : 01 53 05 19 19

 


Archive pour 6 avril, 2015

Don Juan revient de guerre

Don Juan revient de guerre, texte d’Ödön von Horváth, traduction de René Zahnd et Hélène Mauler, mise en scène de Jacques Osinski

 

p206021_2Don Juan n’est plus ce qu’il était, quand il revient de guerre – la Grande Guerre  – dans une Allemagne qui, sur le plan politique et social, est effondrée, et dont l’inflation est sans issue.
Le pays connaît l’état humiliant de ceux qui, vaincus, ont encore à verser une dette de guerre, coincés dès lors entre petits trafics, marché noir et donc enrichissement rapide des profiteurs. Ainsi, à la vision dégradée d’un Etat,  correspondent les années folles de 1919 à 1923, une période d’ivresse où chacun tente de s’aveugler, ou, au contraire, de se trouver librement, initiant certains avant-gardismes prophétiques. C’est à cette époque qu’Ödön von Horváth, trois ans avant d’être tué en 1938 par la chute d’une branche sur les Champs-Elysées, inscrit ce drame.
Entre jours blafards et fêtes nocturnes, le citoyen, bourgeois, ouvrier ou sans emploi,  et les femmes, aussi, tentent d’oublier une misère noire quotidienne. Dom Juan, lui, soldat lassé de l’expérience militaire – une déception personnelle et collective -, revient dans un monde bouleversé par la crise où les hommes sont absents: tués au front, ou morts de la grippe espagnole.
Ödön von Horváth, Hongrois de langue allemande, défini par les nazis comme «auteur dégénéré», réfugié d’abord à Vienne, revient sur le passé d’un pays fourvoyé. Écrite pour un protagoniste masculin et trente-cinq rôles féminins, cette pièce chorale laisse apparaître une figure qui n’est qu’une ombre, une marionnette  de héros déchu,  au milieu de présences féminines, gagnées par une volonté absolue de vivre. Refusant les règles d’un monde désormais révolu, ce sont les femmes qui prennent les affaires en main, mais pas Don Juan qui pensait être devenu un autre. L’ancien séducteur espérait retrouver celle qu’il avait abandonnée avant la guerre.
Fantasme, rêve d’un gamin qui restera à jamais immature, mensonge qu’on se fait à soi-même, afin de survivre, en reprenant petitement assise sur des bases plus solides… Mais ce souhait se heurte à la réalité de la Mort à laquelle Don Juan le désinvolte ne s’est pas préparé. Entre-temps, cet infidèle retombe dans ses faiblesses anciennes, multipliant les conquêtes, se laissant séduire, alors qu’il n’est, dans l’âme, qu’un vaincu terrassé.
Jacques Osinski a su  recréer avec esprit ces temps moribonds. Si ce n’est la grand-mère âcre et autoritaire de la disparue (Jean-Claude Frissung), la fille cadette (Agathe Le Bourdonnec) de la logeuse (Caroline Chaniolleau), Don Juan, l’homme à femmes, ne rencontre que des victimes qui tombent sous son charme: soubrettes, serveuses, filles légères, villageoises, dames distinguées ou indignes. Noémie Develay-Ressiguier, Delphine Hecquet et Alice Le Srat  assument tous ces  personnages.
Mais, aussi nombreuses soient toutes ces femmes, le chemin mènera l’égoïste à  une mort incontournable, touché à son tour par les trahisons de l’existence. Don Juan est incarné par Alexandre Steiger, à l’étrangeté hésitante.
Christophe Ouvrard a imaginé une scénographie avec des lieux privés comme la chambre du malade hospitalisé, l’appartement de la logeuse et  le salon de la grand-mère, ou bien des endroits  publics:  un  café,  un cabaret, ou un chemin neigeux la nuit dans une forêt:  Don Juan est hagard, pris de vitesse dans un monde qui évolue à présent sans lui.

 Véronique Hotte

 Athénée Théâtre Louis Jouvet, du 2 au 18 avril. T : 01 53 05 19 19

 

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