La Mate de Flore Lefebre des Noëttes

La Mate,  texte , conception et jeu de Flore Lefebvre des Noëttes

  L’auteur reprend ici son texte après en avoir fait de nombreuses lectures (voir Le Théâtre du Blog). Pendant un peu plus d’une heure, seule en scène, elle va convoquer les personnages illustres qui ont peuplé son enfance. Le sous-titre du spectacle: Première partie ou l’enfance laisse espérer un retour de la comédienne avec cette histoire rocambolesque.
  Elle raconte avoir ressenti le besoin d’écrire sur son enfance au décès de sa mère: «Les souvenirs se libèrent, pour la première fois, je prends la plume et j’écris l’histoire de notre famille si singulière. Les mots font image et les images font écriture. Des petits tableaux naissent avec précision. C’est l’occasion pour moi de rire beaucoup. Je reconstruis une nouvelle histoire familiale en renversant le tragique en fable comique brossée à la Honoré Daumier, inspirée de mes lectures récurrentes du Combray de Marcel Proust.
L’idée me vient d’en faire théâtre. J’en lis d’abord des morceaux choisis à une amie comédienne, puis à des copains, et encore à des cercles de plus en plus larges dans des appartements et salles de répétitions, une trentaine de fois. Ainsi le chemin que j’avais fait vers moi-même, le spectateur le faisait vers lui-même et se libérait à son tour par les mots. Aller à la rencontre des gens et les amener au théâtre par le rire et l’universel, est une expérience enrichissante pour chacun».

L’histoire qu’elle nous raconte, mêle tendresse, humour et extravagance, il y a aussi des souffrances et des vexations qui sont le lot des familles nombreuses, surtout quand elles sont menées à la baguette par la mère surnommée la mate : «Si nous voulions survivre, il fallait abattre le Pate et la Mate, ou fuir très loin et faire sa vie tout seul.»
  Flore Lefebvre des Noëttes arrive sur scène avec un grand livre dont elle va extraire des photos,  et  nous présenter  son  père, le « pate », lieutenant-colonel, médecin militaire tombé fou l’année de sa naissance. Maniaco dépressif, il enchaîne les phases: homme cultivé, il devient quelqu’un de «bête, vulgaire, porno et raciste». On ne peut s’empêcher de rire, quand elle nous le décrit sifflant les joues creusées parce qu’il n’avait pas mis son dentier.
 La Mate, qui traverse ce récit, est un personnage plus complexe : c’est une petite bonne femme ronde  en jupe, les cheveux teints et empestant le parfum.  Avec de nombreuses  bagues qu’elle perdait régulièrement dans les éviers. Comme Pablo Picasso, elle eut aussi sa période bleue! s’habillant de boubous bleus, colliers de lapis-lazuli et perles bleus. Autour des parents, une dizaine d’enfants à «mater»,  mais on ne savait jamais vraiment combien: le nombre variait souvent entre ceux qui étaient décédés, ceux qui avaient pris le même prénom que ceux décédés (comme Elisabeth II ),  ou  les autres qui, dès 18 ans révolus,  avaient quitté le nid.
  On voit cette grande famille évoluer, dans son appartement parisien avenue Saint-Mandrin, entourée de dignitaires militaires, ceux qui avaient tapé dans l’œil de la Mate qui arrosait ses géraniums à moitié nue, à l’affut du général Galaire,  ou ceux qui avaient la préférence de Flore, chez qui elle s’offrait souvent un deuxième service de diner.
   Il y a aussi les vacances à la mer, à St Michel-Chef-Chef, et l’expédition ferroviaire pour y parvenir, la maison en bord de mer, les maillots en laine qui, une fois mouillés, montrent plus qu’ils ne cachent … Et la torture des nuits où il fallait aller dormir sans se rincer, la peau brûlée par le soleil et pleine d’un sable qui crissait à chaque mouvement dans le lit ! Ces anecdotes nous rappellent tous quelque chose de ce qu’est une famille, mais  sont aussi parfois tellement extravagantes qu’on peine à y croire !
  Flore Lefebvre des Noëttes donne vie à tous ces personnages avec de petites touches : un œil mi-clos, une mimique, un petit déhanché  nous font tout de suite savoir avec qui nous sommes. Le texte est bien écrit, subtil, et on perçoit bien l’amour qu’elle éprouve pour cette famille (on ne choisit pas sa famille mais on l’aime, parce que c’est la sienne !)
Chaque anecdote, chaque épisode se conclut juste quand il faut, aucun fil de trop n’est tiré, aucune métaphore n’est filée, on est souvent cueilli par la chute, nous laissant attendri et riant, tandis qu’elle enchaîne déjà sur autre chose, comme la vie qui passe si vite !
 Avec un jeu teinté de burlesque, elle s’autorise des clowneries qui collent bien avec l’esprit parfois absurde qu’elle insuffle à son spectacle. Des chansons de Jean Ferrat, Michel Polnareff, Christophe, Sœur Sourire et  de Colette Magny (un très beau Melocoton) sont diffusées ou chantées par Flore Lefebvre des Noëttes.
C’est une malle aux trésors qu’elle nous ouvre  et on aurait tort de s’en priver; on ne sait plus trop si l’humidité de nos yeux est  faite de rire ou d’émotion; en tout cas,  elle nous offre un moment de théâtre généreux et modeste qui met du baume au cœur. Merci !

Julien Barsan.
Le texte de la pièce est publié aux Solitaires Intempestifs.

Février 2015 :
– Création du spectacle du 4 au 6 à la Comédie de Picardie à Amiens
– Du 9 au 13, tournée « Hors les murs » du Théâtre du Nord, CDN
– Du 17 au 20 à la Comédie De l’Est, CDN de Colmar

Avril 2015 :
– Du 8 au 10 à Chatenay-Malabry et Anthony, La Piscine
– Les 15 et 16 au Théâtre Montansier de Versailles

Mai 2015 :
– Du 11 au 13 au CDN de Besançon
– 6 représentations courant mai/juin dans le cadre du festival des caves de Besançon, en partenariat avec le CDN.

Juillet 2015 :
Festival d’Avignon- Du 4 au 26 juillet au Théâtre des Halles, Chapelle Sainte-Claire à 20H

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