L’Art du Théâtre

L’Art du Théâtre de Pascal Rambert, mise en scène de Julien Bouffier

art_du_theatre_-_logePascal Rambert est un des personnages du théâtre public les plus en vue ces derniers temps,  avec Clôture de l’amour, Avignon à vie ou dernièrement Répétition.  
L’Art du Théâtre a été écrit à la suite d’une controverse, quand Jan Fabre était artiste associé au festival d’Avignon 2005 dont la programmation avait été critiquée, à cause de l’absence de textes.
Pascal Rambert y avait présenté After/Before,  et la légende veut qu’une comédienne qui y assistait, se soit levée pour manifester sa désapprobation  à un spectacle qui passait mal, c’est le moins que l’on puisse dire…

  Cet Art du Théâtre a été écrit en réaction à cette bronca; un acteur  explique  à son chien ce que doit être un grand acteur, ce qu’il est persuadé d’être. Un manifeste qui vire assez vite à la leçon,  sur un ton très péremptoire, et qui fait le procès de ceux qu’il appelle souvent les «acteurs habituels».
Pascal Rambert dénonce le ici système et n’oublie pas d’être aussi un peu libidineux envers les jeunes comédiens et comédiennes  (surtout !)  prêts à beaucoup pour avancer.
Alex Selmane incarne cet acteur/professeur, accompagné par Alex Jacob, guitariste, qui joue aussi ce chien, premier spectateur de cette leçon qui commence donc par aboyer.
Tous les deux sur une plate-forme, dont les dessous sont filmés: les images, simultanément projetées sur un grand écran rectangulaire tout en longueur. Le comédien va et vient entre ces dessous et le plateau, et se fait recouvrir de charbon de bois.
  Julien Bouffier accentue encore le côté antipathique et donneur de leçon du personnage. Dommage! Il y avait quand même des choses justes à dire, qui pouvaient alimenter un débat sur le théâtre d’aujourd’hui. Mais cette litanie ne nous laisse pas le loisir de penser autrement. Du coup, on ne sait pas vraiment ce que l’on voit et entend : un théâtre à thèse, ou  un texte où pointe l’aigreur et l’insolence d’un homme dégoûté par son milieu ?
   L’Art du Théâtre montre seulement la colère et le sentiment de supériorité du personnage qui nous prend pour des élèves venus recevoir une bonne leçon de théâtre. Ce spectacle fait partie de ces interrogations d’artistes qui ont trouvé un prolongement au plateau (voir La Conférence de Christophe Pellet dans Le Théâtre du Blog) mais  aura du mal à toucher un véritable public.
Dommage pour les comédiens qui ne ménagent pas leurs efforts : Alex Selmane apparaît assez vite comme aigri et désagréable, et Alex Jacob  a une présence animale intéressante et joue une musique toute en nerfs et en pulsations…

Julien Barsan

  Nous confirmons! Et cette reprise au Studio-Théâtre de Vitry n’a rien de bien convaincant. Un grand écran retransmet le jeu d’Alex Selmane, filmé quelques mètres plus loin, accompagné de quelques solos de guitare électrique! Ce petit spectacle aussi prétentieux que narcissique qui fait vite flop, tient d’une mauavise dissertation récitée à l’intention de khâgneux venus parfaire leurs connaissances sur la scène d’aujourd’hui… Et on reste sur sa faim.
Cet Art du théâtre, à la scénographie bien compliquée, là où une chaise et quelques pendrillons aurait largement suffi, participe de la performance, à la fois théâtrale et musicale mais ne fonctionne qu’à de très rares moments entre le guitariste et l’acteur.
Quant aux deux sacs de charbon de bois dispersé sur le praticable  qui dispense gratuitement une belle poussière noire, il faut se pincer très fort pour penser que cela peut servir à quelque chose.
Bref, une sorte de petit ovni qu’on oubliera très vite et que  Daniel Jeanneteau, le directeur du Studio-Théâtre dont la programmation est toujours intéressante, aurait pu épargner à ses amis…

Philippe du Vignal

Le spectacle est programmé pour la saison 2015-2016 au Théâtre du Périscope à Nîmes  et au Studio-Théâtre  à Vitry-sur-Seine.

 


Archive pour 23 avril, 2015

Play House de Martin Crimp

Play House de Martin Crimp, traduction de Rémy Barché et Caroline Chaniolleau, mise en scène de Rémy Barché

 On connaît bien maintenant chez nous l’œuvre théâtrale de cet écrivain anglais que l’on présente souvent comme le descendant d’Harold Pinter. Mireille Davidovici  vous avait parlé de ce spectacle couplé avec  La Ville du même auteur ( voir Le Théâtre du Blog) en novembre dernier, et qui est aujourd’hui repris au Théâtre de Belleville, avec les mêmes acteurs et dans la même mise en scène.
  Comme dit notre consœur et amie: “En treize courts sketches : Se brosser les dents, Nettoyer le réfrigérateur, Appareil mobile numéro 1Post-coïtum, etc… ce sont des  instantanés de la vie d’un très jeune couple entre les quatre murs de leur nouvel appartement où quelque chose de pourri, de moisi, s’insinue, à l’image de leur réfrigérateur qu’ils récurent énergiquement. Les miasmes de l’extérieur, les blessures intimes, et les lourds non-dits contrecarrent leur amour”.  
  Rémy Barché sait mettre en scène les délires d’un grand amour qui doit aussi être vécu au quotidien, ce qui est moins facile, et la rapidité de jeu, qu’impose cette série de treize sketches, empêche les situations et donc l’ennui de s’installer. Le metteur en scène dirige avec efficacité Myrtille Bordier et Tom Politano, deux jeunes acteurs  sympathiques  et qui font très correctement le boulot.
Mais c’est le texte de Martin Crimp qui, pour nous, pose question: le thème du grand amour usé par la routine de la vie,  même quand on est encore jeune et beau comme Katrina et Simon, (qui seront les Clair et Cristopher moins jeunes et moins beaux dix ans plus tard dans La Ville) n’est pas très nouveau,  et rien à faire, on n’accroche pas vraiment . Même si on ne s’ennuie pas durant ces cinquante minutes.

“ J’ai une relation d’amour-haine avec le théâtre conventionnel, dit Martin Crimp. Je détruis la pièce à mesure que je la construis. L’étrangeté gagne aussi parce que je me laisse tirer par le fil de l’inconscient”. Tout se passe en effet si Martin Crimp (dont ce n’est pas, et de loin, la meilleure pièce) s’amusait comme un petit fou à faire monter en neige une scène pour la casser quelques minutes après. Et, au bout du cinquième sketch de ce Playhouse, cela commence à ressembler à un procédé un peu facile.
  Quand la pièce était présentée avec La Ville été écrite peu de temps après,  elle pouvait avoir un véritable sens. Comme le reconnait le metteur en scène: “Bien que chacune d’entre elles soit indépendante et autonome, les deux pièces dialoguent intensément”. Mais Playhouse,  présentée seule, qui tient de ce que l’on appelait autrefois un lever de rideau, n’est quand même ni assez dense ni assez forte pour que l’on  vous conseille de grimper jusqu’à Belleville pour cinquante minutes… A moins d’être absolument fanatique du théâtre de Martin Crimp! Donc à vous de voir.

Philippe du Vignal

Théâtre de Belleville  94 rue du Faubourg du Temple jusqu’au 26 juin. T: 01 48 08 72 34

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